La grande et fabuleuse histoire du commerce

La grande et fabuleuse Histoire du commerce, une création théâtrale de Joël Pommerat. 

 

La grande et  fabuleuse histoire du commerce 93ed57ca-314d-11e1-a880-aa3373773d44Qu’est-ce que la vente ? L’échange d’un bien, d’une marchandise contre une somme d’argent. C’est l’exercice banal de ceux qui vendent ou achètent, un exercice au quotidien où s’acquièrent les qualités d’un bon commerçant. Investir du temps et de la patience pour capter le client, évaluer réciproquement le rapport des forces et des désirs, et capter sa confiance.
La Grande et Fabuleuse Histoire du Commerce 
met en scène la vente à domicile, assurée par une équipe de quatre gaillards. Rien que des hommes-leurs épouses ne sont évoquées que par les appels téléphoniques quotidiens, reçus ou donnés. Cette brigade minimale fait précisément la force de vente de l’entreprise.

Or, un jeune, sans expérience, vient d’être embauché. Ainsi, ces commerciaux virils vont volontiers « driver » le nouveau venu pour améliorer leur chiffre d’affaires. La crise guette déjà, et le commerce ne se porte pas si bien que cela. La vente idéale ne devrait pourtant durer que quatre minutes : « arrivée, boniment, étalage de la marchandise, choix de l’article, paiement de la valeur inscrite sur l’étiquette, sortie. » (Robbe-Grillet). Pas si simple…
Cette façon de faire est plutôt désuète puisqu’aujourd’hui s’impose largement la vente par téléphone,le téléachat, la vente en ligne sur internet… Savoir pratiquer l’échange et la négociation, en tout lieu. Attirer et garder ses clients exigent une confiance et une séduction à inventer et à « jouer », comme dans toute relation humaine. Être un bon commerçant revient à être un bon acteur.
Les voyageurs de commerce  chez  Pommerat, vulgaires et bavards, appartiennent à une vision nostalgique du passé, fortifiée à l’origine par l’optimisme et l’esprit d’entreprise, hors du moindre contexte de récession.Vision qui reflète  les choix et  valeurs d’une société.
Dans le premier scénario, c’est une arme de défense qui fait l’objet des éloges des vendeurs auprès de leurs clients éventuels: on peut ainsi s’opposer à la violence extérieure depuis son chez soi, d’autant que sur la télé de leur chambre d’hôtel, défilent les images inquiétantes de mai 68. Ces vendeurs ne peuvent être sur les barricades, tout à leur souci d’honorer les valeurs de l’ordre, de la soumission, du travail… et du gain.
Trente ans plus tard, deuxième scénario, les rapports de pouvoir se sont inversés : les petits coqs d’antan sont chenus et chômeurs, et c’est un jeune chef des ventes-il a le vent en poupe-qui leur donne la réplique et le mouvement joyeux et libérateur. La leçon est cinglante: le même comédien (Ludovic Molière) qui incarnait le manque d’audace et la timidité dans le premier scénario, à son tour incarne la verve, le dynamisme, l’énergie souhaités. Ces travailleurs mûrs, maintenant  à la recherche d’un emploi, (Patrick Bebi, Hervé Blanc, Eric Forterre et Jean-Claude Perrin), vantards et sûrs d’eux,
ont été retournés comme des gants: ils sont à présent apeurés, velléitaires et pessimistes.
La roue tourne, et les nantis d’hier peuvent se métamorphoser en démunis d’aujourd’hui. Une leçon vivante de sociologie, une relation à l’argent à reconsidérer…

 

Véronique Hotte

 

 Théâtre des Bouffes du Nord Paris. Tél : 01 46 07 34 50  jusqu’au 16 novembre.

 


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