Complicités : Frida et Diego

Complicités : Frida et Diego 27.diego-y-frida-compartiendo-la-mesa-en-san-angel

 

Complicités : Frida et Diego,exposition de photos de Leo Matiz et autres photographes

Frida Kahlo et Diego Rivera, couple mythique d’artistes, figures légendaires du Mexique qui furent les témoins des événements révolutionnaires du début du XXè siècle, sont à l’honneur en ce moment à Paris, avec l’exposition de leurs œuvres picturales au Musée de l’Orangerie (Frida Kahlo et Diego Rivera, l’art en fusion) et au Centre Georges Pompidou (Frida et moi).
L’Institut Culturel du Mexique a la bonne idée de montrer des photographies du couple, issues de différentes sources, dont Leo Matiz, Hugo Brehme, et le fonds Casasola. Certaines anonymes et tirées de  journaux,  négatifs sur plaques de verre au gélatino-bromure d’argent ou sur pellicule.
Frida, au corps brisé par un accident à dix-huit ans, ce qui déclenchera sa vocation artistique, devient l’icône du féminisme et construit sa vie autour de la douleur et de la passion amoureuse. « Je ne suis pas morte et, de plus, j’ai une raison de vivre. Cette raison, c’est la peinture », dit-elle, dans des propos rapportés par Le Clézio dans Diego et Frida, et elle  réalisera plus de soixante-dix autoportraits.
Diego, lui, chef de file des peintures murales commandées par le Gouvernement mexicain issu de la Révolution, fait passer dans son œuvre ses idées progressistes, la culture indienne et la mexicanité.
Ces photos permettent de voir autrement Frida et Diego, à quelques moments de leur vie commune, l’un et/ou l’autre, sans mise en scène, et superposant leur démarche artistique et leur engagement politique : ainsi la Première exposition de Diego à l’Académie Don Carlos, en 1910, année emblématique marquant le début de la Révolution mexicaine, année de naissance choisie par Frida, (falsifiée donc par l’artiste, née en 1907) ; Colloque amoureux, en 26 ; Mariage, le 21 août 29 : « Mes parents, écrira plus tard Frida, n’étaient pas d’accord parce que Diego était communiste et parce que, disaient-ils, il ressemblait à un gras Brueghel. Ils disaient que ça serait comme le mariage d’un éléphant avec une colombe » rapporte aussi Le Clézio ; ou encore Diego dicte une lettre à Frida pour protester contre la destruction de sa fresque au Rockfeller Center, en 33. Le visage de Lénine apparaissait en effet dans la fresque L’Homme au croisement et Rivera n’avait pas obtempéré aux demandes de l’effacer, ce qui provoqua un véritable scandale médiatique.
On les voit dans leurs ateliers, elle à Cayoacán, lui à Altavista  ou encore peignant son mural La Création,  vers 1922/23. Et au cours des manifestations étudiantes de 29,  du Secours rouge en 31,  des Marches du 1er mai en 23 et des obsèques de Julio Antonio Mella, révolutionnaire cubain co-fondateur du Parti communiste et assassiné à México en 29 à  vingt-six ans,  avec  Rivera en tête du cortège ; ou encore lors de rencontres avec des personnalités, comme ce cliché Trotski et Diego Rivera quand ils ont accueilli le fondateur de la quatrième Internationale à la Casa Azul,  exilé au Mexique, en 37.
L’exposition se poursuit au premier étage de l’Institut où une salle est réservée aux photos
prises dans le charme du jardin de Cayoacán par Leo Matiz. D’origine colombienne, il s’est immergé, rolleiflex à la main, dans le Mexique des années 40 et a réalisé une série de portraits, retenant  des moments intimes de Frida et Diego, et de quelques-uns de leurs  amis. Ses tirages, sur papier baryté traité au platine,  donnent une très belle palette du noir au blanc.
On y voit la beauté de Frida,  étendue sur l’herbe ou dans les feuillages, comme une prêtresse coiffée de fleurs. Elle encore-photo non datée-mais cheveux coupés juste après leur divorce, en 39. (Ils se sont remariés un an plus tard!). On y voit un groupe d’amis dont Cristina Kahlo, la sœur de Frida dont Diego sera un temps l’amant.  Et Diego et Frida devant leur collection d’art préhispanique dont la cosmogonie habite leur œuvre. Et Diego peignant la fresque du Palacio Nacional, en 45, et la Dernière apparition publique de Frida, en 54, peu avant sa mort, un foulard sur la tête, le visage chargé de vie et de mélancolie, puis Diego un an plus tard, peignant dans son atelier. Et une vidéo du ballet Zapata qu’elle affectionnait tant et dont on lui avait offert une représentation privée, alors que la mort rôdait déjà.
Cette exposition, riche et instructive, inaugurée par l’ambassadeur du Mexique Agustín García-López Loaeza, permet de traverser des bribes de l’Histoire du Mexique, avec sa révolution en toile de fond, et vingt-cinq ans de vie commune de la vie de Frida et Diego, dans leurs Complicités, intime et artistique autant que politique, et ressentie, selon Le Clézio, comme une absolue nécessité: »Les aléas de l’existence, les mesquineries, les désillusions ne peuvent pas interrompre cette relation, non de dépendance, mais d’échange perpétuel, pareille au sang qui coule et à l’air qu’ils respirent ».

Brigitte Rémer

Instituto Cultural de México, 119 rue Vieille du Temple. 75003. Métro : Filles du Calvaire, jusqu’au 20 décembre, du lundi au vendredi, de 10h à 13h et de 14h30 à 18h, le samedi de 15h à 19h.


Archive pour 20 octobre, 2013

Complicités : Frida et Diego

Complicités : Frida et Diego 27.diego-y-frida-compartiendo-la-mesa-en-san-angel

 

Complicités : Frida et Diego,exposition de photos de Leo Matiz et autres photographes

Frida Kahlo et Diego Rivera, couple mythique d’artistes, figures légendaires du Mexique qui furent les témoins des événements révolutionnaires du début du XXè siècle, sont à l’honneur en ce moment à Paris, avec l’exposition de leurs œuvres picturales au Musée de l’Orangerie (Frida Kahlo et Diego Rivera, l’art en fusion) et au Centre Georges Pompidou (Frida et moi).
L’Institut Culturel du Mexique a la bonne idée de montrer des photographies du couple, issues de différentes sources, dont Leo Matiz, Hugo Brehme, et le fonds Casasola. Certaines anonymes et tirées de  journaux,  négatifs sur plaques de verre au gélatino-bromure d’argent ou sur pellicule.
Frida, au corps brisé par un accident à dix-huit ans, ce qui déclenchera sa vocation artistique, devient l’icône du féminisme et construit sa vie autour de la douleur et de la passion amoureuse. « Je ne suis pas morte et, de plus, j’ai une raison de vivre. Cette raison, c’est la peinture », dit-elle, dans des propos rapportés par Le Clézio dans Diego et Frida, et elle  réalisera plus de soixante-dix autoportraits.
Diego, lui, chef de file des peintures murales commandées par le Gouvernement mexicain issu de la Révolution, fait passer dans son œuvre ses idées progressistes, la culture indienne et la mexicanité.
Ces photos permettent de voir autrement Frida et Diego, à quelques moments de leur vie commune, l’un et/ou l’autre, sans mise en scène, et superposant leur démarche artistique et leur engagement politique : ainsi la Première exposition de Diego à l’Académie Don Carlos, en 1910, année emblématique marquant le début de la Révolution mexicaine, année de naissance choisie par Frida, (falsifiée donc par l’artiste, née en 1907) ; Colloque amoureux, en 26 ; Mariage, le 21 août 29 : « Mes parents, écrira plus tard Frida, n’étaient pas d’accord parce que Diego était communiste et parce que, disaient-ils, il ressemblait à un gras Brueghel. Ils disaient que ça serait comme le mariage d’un éléphant avec une colombe » rapporte aussi Le Clézio ; ou encore Diego dicte une lettre à Frida pour protester contre la destruction de sa fresque au Rockfeller Center, en 33. Le visage de Lénine apparaissait en effet dans la fresque L’Homme au croisement et Rivera n’avait pas obtempéré aux demandes de l’effacer, ce qui provoqua un véritable scandale médiatique.
On les voit dans leurs ateliers, elle à Cayoacán, lui à Altavista  ou encore peignant son mural La Création,  vers 1922/23. Et au cours des manifestations étudiantes de 29,  du Secours rouge en 31,  des Marches du 1er mai en 23 et des obsèques de Julio Antonio Mella, révolutionnaire cubain co-fondateur du Parti communiste et assassiné à México en 29 à  vingt-six ans,  avec  Rivera en tête du cortège ; ou encore lors de rencontres avec des personnalités, comme ce cliché Trotski et Diego Rivera quand ils ont accueilli le fondateur de la quatrième Internationale à la Casa Azul,  exilé au Mexique, en 37.
L’exposition se poursuit au premier étage de l’Institut où une salle est réservée aux photos
prises dans le charme du jardin de Cayoacán par Leo Matiz. D’origine colombienne, il s’est immergé, rolleiflex à la main, dans le Mexique des années 40 et a réalisé une série de portraits, retenant  des moments intimes de Frida et Diego, et de quelques-uns de leurs  amis. Ses tirages, sur papier baryté traité au platine,  donnent une très belle palette du noir au blanc.
On y voit la beauté de Frida,  étendue sur l’herbe ou dans les feuillages, comme une prêtresse coiffée de fleurs. Elle encore-photo non datée-mais cheveux coupés juste après leur divorce, en 39. (Ils se sont remariés un an plus tard!). On y voit un groupe d’amis dont Cristina Kahlo, la sœur de Frida dont Diego sera un temps l’amant.  Et Diego et Frida devant leur collection d’art préhispanique dont la cosmogonie habite leur œuvre. Et Diego peignant la fresque du Palacio Nacional, en 45, et la Dernière apparition publique de Frida, en 54, peu avant sa mort, un foulard sur la tête, le visage chargé de vie et de mélancolie, puis Diego un an plus tard, peignant dans son atelier. Et une vidéo du ballet Zapata qu’elle affectionnait tant et dont on lui avait offert une représentation privée, alors que la mort rôdait déjà.
Cette exposition, riche et instructive, inaugurée par l’ambassadeur du Mexique Agustín García-López Loaeza, permet de traverser des bribes de l’Histoire du Mexique, avec sa révolution en toile de fond, et vingt-cinq ans de vie commune de la vie de Frida et Diego, dans leurs Complicités, intime et artistique autant que politique, et ressentie, selon Le Clézio, comme une absolue nécessité: »Les aléas de l’existence, les mesquineries, les désillusions ne peuvent pas interrompre cette relation, non de dépendance, mais d’échange perpétuel, pareille au sang qui coule et à l’air qu’ils respirent ».

Brigitte Rémer

Instituto Cultural de México, 119 rue Vieille du Temple. 75003. Métro : Filles du Calvaire, jusqu’au 20 décembre, du lundi au vendredi, de 10h à 13h et de 14h30 à 18h, le samedi de 15h à 19h.

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