Hughie d’Eugene O’Neill

Hughie d’Eugene O’Neill, traduction de  Louis-Charles Sirjacq, mise en scène de  Jean-Yves Ruf.

Hughie d'Eugene O'Neill 85b4898Cela se passe à New York, dans un hall d’hôtel minable, aux lumières blafardes, qui a dû avoir des beaux jours mais d’une laideur et d’une tristesse absolue. Le nouveau gardien de nuit  est là, seul, terriblement seul debout  derrière son comptoir. Arrive Erié Smith, un client de l’hôtel qui se dit joueur professionnel, et qui, insomniaque et alcoolique, bavardait souvent et longtemps la nuit avec Hughie, le précédent gardien mort il y a peu.
Erié est assez vantard et lui dit qu’Hughie admirait beaucoup la vie soi-disant luxueuse qu’il menait, toujours accompagné de créatures de rêve. En fait, Eiré a surtout besoin d’un interlocuteur, Hughie ou un autre pour étancher sa soif de bavardage  dans une nuit trop longue pour lui. Mais le nouveau  gardien, garde son calme et  fait semblant de l’écouter mais ne parle pas beaucoup,  juste pour évoquer une obsession:  détruire la ville. Mais Erié, assez minable,  continue  à  vouloir le persuader, sans trop y croire lui-même qu’il est un génie du jeu et qu’il a une vie merveilleuse.
C’est une sorte de presque monologue, écrit en 1928,  où  Eugene O’Neill (né en 1883 dans un hôtel de Broadway  (il n’y pas de hasard!)  et mort en 1953) se réfugie dans l’écriture comme  dans  ses pièces célèbres: Le Long Voyage vers la nuit, surtout,  et Une Lune pour les déshérités. Il a quarante cinq ans et tente d’exorciser  ses démons: la solitude, le mal-être sur fond d’alcoolisme permanent et une famille- ascendants et descendants compris-qui lui a pourri la vie… Père pauvre comédien  courant les tournées, mère morphinomane, incapable de se remettre de la mort de son deuxième bébé, et tous les deux morts ensuite avec  son frère en trois ans,  et plus tard,  son fils à 40 ans  et sa fille droguée qui se suicideront… Et son autre fille qu’il ne voudra jamais revoir parce qu’elle avait épousé Charlie Chaplin  qui aurait pu être son père! N’en jetez plus!
La pièce a de quoi fasciner un acteur; aux Etats-Unis, il y eut Al Pacino et de nombreux autres, et en France, Laurent Terzieff qui l’avait brillamment  joué au Lucernaire en 2007); ici , c’est Gilles Cohen,  bon acteur de théâtre mais aussi de cinéma qui a demandé à Jean-Yves Ruf de le mettre en scène.
Et cela donne quoi? Incontestablement, Gilles Cohen a beaucoup réfléchi à la façon dont on pouvait imposer ce personnage en quelque soixante minutes et il est vraiment  Erié, à la fois, cabot, colérique et roublard, pas sûr de lui  et cherchant à se lier d’amitié avec ce pauvre bougre rivé pour la nuit à son comptoir, son seul gagne-pain. Et finalement assez  pathétique…
Ce soir de première, Cohen avait une tendance à bouler son texte, si bien qu’on l’entendait souvent mal, et c’est dommage. Jacques Tresse, lui, est tout à fait remarquable dans le rôle  presque muet-donc pas facile-du gardien de nuit, et écoute cette loque d’Erié avec un visage qui dit la lassitude, le dégoût, le mépris  mais peut-être parfois une certaine compassion que lui inspire ce curieux et bavard oiseau de nuit. Vraiment du grand art.

Mais on se demande bien pourquoi Jean-Yves Ruf  a voulu donner un côté très statique à sa mise en scène-les deux acteurs ne bougent presque pas-et a demandé à la  scénographe Laure Pichat  de concevoir un décor qui écrase ce faux dialogue; c’est plastiquement réussi, on pense, bien sûr, aux bars d’Edward Hopper mais cela ne fonctionne pas bien avec le texte d’O'Neill.
Par ailleurs, le charmant théâtre à l’italienne de Chalon n’est pas si petit que cela et n’est sans doute pas le lieu idéal pour jouer Hughie; en effet, on est loin des personnages! La pièce était beaucoup plus à l’aise dans une petite salle comme celle du Lucernaire.
Tout cela peut être revu et corrigé. Le texte d’O'Neill le mérite amplement. A suivre.

 Philippe du Vignal

Spectacle créé à l’Espace des arts de Chalon le  15 octobre et sera joué  du 19 et 20 novembre Théâtre de la Renaissance, Oullins-Grand Lyon. Et du 26 au 30 novembre au Théâtre Dijon-Bourgogne et enfin du 4 au 22 décembre  au Théâtre Vidy – Lausanne.


Archive pour 24 octobre, 2013

Amalia respire profondément

Amalia respire profondément d’Alina Nelega,  traduit du roumain par Mirella Patureau, mise en scène de Bobi Pricop.

 

C’est la 31ème saison du Théâtre des Déchargeurs!  Installé par une bande de copains dans des entrepôts désaffectés au rez-de chaussée d’un hôtel particulier du XVll ème siècle classé. après le déménagement des Halles à Rungis. Les locaux sont petits, mais le théâtre a  pourtant deux scènes en constante activité, été comme hiver.
Secret de sa survie: une programmation originale, axée sur des textes d’auteurs contemporains et sur la nouvelle chanson française mais aussi le mixage de jeunes artistes avec des équipes plus confirmées qui dynamise les échanges et renouvelle le public.
Un atelier-théâtre accueille aussi de jeunes professionnels,  favorisant ainsi la transmission. Nombres d’auteurs et d’artistes sont passés par là : Jean-Luc Lagarce, Olivier Py, Pierre Notte, Vincent Delerme, Christophe Honoré, Alex Beaupin… Entre autres partenariats, les Déchargeurs font partie de la convention théâtrale européenne. Grâce à quoi, le théâtre accueille en ce moment une pièce roumaine, jouée et mise en scène par une équipe roumaine.
  Amalia respire profondément est l’histoire d’une petite fille fruste qui naît et grandit dans un pays où règne une régime liberticide. Elle raconte avec naïveté les événements de sa vie qui se confond avec celle de son pays. Amalia a appris de sa mère à respirer pour résister, dans l’espoir de devenir un jour un ange. Gamine, elle voit disparaître sa mère, son père, et Archimède, son cher cochon, tandis que sa grand-mère sombre dans l’alcool.  Ce qui ne l’’empêche pas d’aspirer à construire l’avenir radieux de la Roumanie !
Elle a seize ans : après avoir été «perquisitionnée» par des miliciens, elle se vend au plus offrant pour nourrir son petit cochon qui finira comme l’autre en ragoût, non sans avoir résisté et envoyé la babouchka et son couteau par la fenêtre. La voici à trente-cinq ans sur la tombe de son fils, abattu pour avoir voulu franchir la frontière : à moitié ivre, elle lui raconte comment elle a passé sa nuit de noces avec le garçon d’ascenseur… Et ainsi de suite, jusqu’à la maison de retraite .
Alina Nelega, figure importante du théâtre roumain,  auteure-metteuse en scène et critique, dénonce,  en huit monologues,  la dictature, l’oppression, l’embrigadement, la misère en donnant la parole à un personnage naïf, une victime qui ne se présente jamais comme telle, et dont les prières qu’elles s’adressent à Dieu ou au Parti, dévoilent les dérives et le ridicule du communisme.
La pièce joue sur plusieurs registres: satire, poésie, parodie, pamphlet, narration réaliste ou onirique, humour noir et comique de situation.
Codriana Pricopoaia, une jeune actrice roumaine, incarne le personnage avec justesse. On peut juste regretter qu’une surcharge de dramatisation gomme parfois l’ironie et l’humour de l’auteur.

 

Mireille Davidovici

 Théâtre des Déchargeurs  3 rue des Déchargeurs, Paris I er jusqu’au 23 novembre T: 01 42 36 70 56.

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Mariano Fortuny

Mariano Fortuny dans actualites fortuny

Mariano Fortuny, un homme de théâtre visionnaire.

 

 Mariano Fortuny, né à Grenade en 1871, était le fils du peintre espagnol mort à trente-six ans, Mariano Fortuny y Marsal qui appartenait à une famille d’artistes travaillant au service du roi  et de Cecilia de Madrazo.  Sa mère quitta alors Rome avec lui pour Paris;  dès son plus jeune âge, il  va grandir en fréquentant les ateliers d’Auguste Rodin, où il y découvre la sculpture. Il apprend également la peinture, sous l’influence de son oncle,  le peintre Raimundo de Madrazo, et,  à  neuf ans, réalise déjà une copie d’un tableau de Velasquez…
C’est en découvrant les ballets de l’Eden et ses coulisses, que naît
sa passion pour le théâtre. Il étudie alors l’électricité et l’optique pour l’éclairage scénique, et la  construction des maquettes de  décors  et costumes.  Il s’installera à Venise avec sa mère en  1889 au Palazzo Martinengo et se passionnera  pour  le théâtre et  l »opéra. Il découvre l’éclairage indirect et dépose en 1900 son premier brevet de «système d’illumination par la lumière indirecte » qu’il applique  la même année à l’opéra Tristan et Yseult créé à la Scala de Milan .
Par la suite, il mettra au point la célèbre coupole Fortuny. « Je construisis, dit-il, ma coupole en plâtre d’un diamètre de cinq mètres, où on projetait de la lumière indirecte et où on faisait ensuite défiler d’autres lumières colorées ; les effets de fusion, de mouvement et de variétés des teintes ne pouvaient que frapper les visiteurs».  L’ancêtre du cyclorama cher entre autres à Bob Wilson et à  de nombreux  scénographes était né. Fortuny invente aussi la première cabine de régie disposant d’une série d’interrupteurs  commandant les lumières selon les effets voulus.
Sarah Bernhardt et  Isadora Duncan sont ses plus célèbres ambassadrices, et il est admiré par le grand metteur en scène Adolphe Appia et par Gabriele d’Annunzio. Il travaille et vit au Palazzo Pesaro degli Orfei, devenu aujourd’hui  le musée Fortuny. Plissage, photographie, peinture, création et couture des costumes de théâtre, , menuiserie, gravure y avaient chacun un local.
Il rencontre à Paris en 1902,  Henriette Negrin qui  devient sa compagne  et sa collaboratrice pour  la création et la fabrication des tissus Fortuny qui le rendront  encore plus célèbre. L’héroïne de Marcel Proust dans La Prisonnière et dans Albertine disparue,  porte ainsi  des robes de Mariano Fortuny. C’est en 1907, qu’il  crée avec sa  femme les premiers tissus imprimés  pour  des vêtements  qui  furent  présentés à Berlin,  ainsi que  les châles en soie de la marque Knossos inspirés des céramiques crétoises.
En 1909, il dépose le brevet d’un appareil pour le plissage des tissus de soie puis crée Delphos, un vêtement féminin en soie  (dont le couturier Issey Miyake s’inspirera pour sa collection Pleats please en 1989).  En 1911, à l’exposition des Arts déco du Louvre,  il a un succès phénoménal avec sa collection de tissus et vêtements imprimés. La même année, il crée la société Mariano Fortuny et des boutiques vont alors s’ouvrir à Paris, Londres, Madrid,  New-York…
En 1922, il décide d’installer sa production sur l’île de la Giudecca près de Venise et d’y ouvrir une usine de fabrication. En 19 44,  il offre les décors représentant  la cité des Doges pour une pièce de Goldoni montée au Théâtre de la Fenice. Il lègue ses biens à son épouse et meurt chez lui en 1949.
En 1965, après le décès de sa femme,  la ville de Venise reçoit en héritage le Pesaro degli Orfei qui devient ainsi le musée Fortuny. Dans un des plus beaux palais vénitiens, on peut découvrir ses ateliers encore imprégnés de son esprit, ses meubles personnels, des centaines de toiles  de lui, ses dispositifs d’éclairage y compris les fameuses lampes Fortuny, des photographies, et quelques-uns des costumes de scène qu’il avait conçus.
Aujourd’hui, la direction de l’entreprise a été confiée à Giuseppe Ianno pour conserver l’exigence et l’état d’esprit de Fortuny, et son directeur artistique, Pietro Luneta, a pour mission d’en faire perdurer l’âme,  à travers des créations empreintes de l’esprit de ce visionnaire connu dans la cité des Doges sous le nom de « magicien de Venise ».

Nathalie Markovics

Fortuny.com  
Fortuny.visitmuve.it 

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