Résumons-nous la semaine a été désastreuse

Résumons-nous, la semaine a été désastreuse d’après Chroniques de La Montagne d’Alexandre Vialatte, adaptation de Jacques Nichet, mise en scène de Charles Tordjman.

Résumons-nous la semaine a été désastreuse vialatteLe temps passe trop vite et nous n’avions pas encore eu le temps de vous parler de ce formidable spectacle- surtout ne le ratez pas-qui a a été créé au printemps  dernier au Théâtre Vidy-Lausanne;
Intelligemment adapté des Chroniques (environ mille) qu’Alexandre Vialatte (1901-1971), Auvergnat de souche,   écrivit
à partir de  1952 jusqu’à sa mort pour La Montagne,  le grand quotidien d’Auvergne.
Nous ne les avions découvertes qu’en 66 dans le Cantal quand notre  vieille voisine et amie nous refilait le journal de la veille, une fois rapidement lu, qui avait aussi des petites annonces  parfois  savoureuses du genre: « A vendre: robe de mariée n’ayant  servi qu’une fois ».
Charles Tordjman a mis en scène cette série d’extraits avec beaucoup d’humour et de savoir-faire. Rien ou pas grand-chose sur le plateau mais la présence de trois acteurs hors-pair qui, très bien dirigés,  se réjouissent à l’évidence, de donner corps à ces petits textes, parfois proches d’Alphonse Allais et écrits à la virgule près, et très ciselés. Mieux vaut oublier la scéno avec une espèce de petite grue inutile:  pas grave…
L’essentiel est ailleurs: Christine Murillo, Dominique Pinon et Julie Pilod sont excellents. Dans des personnages hors-norme, déjantés, les comédiens-diction et gestuelle impeccable-sont très à l’aise. Avec  un jeu, précis, qui correspond tout à fait au style comme à la pensée de Vialatte, romancier, journaliste mais aussi et surtout germaniste et  traducteur de Kafka, Nietzsche, Goethe, Brecht, Thomas Mann.. « C’est,  comme le dit très bien Tordjman, un théâtre comme une promenade, une flânerie en philosophie, en morale et en humour d’une rare délicatesse »

Vialatte adorait s’en prendre au conformisme ambiant, à cette soif de confort qui faisait croire à ses contemporains que c’étaient les recettes du bonheur… Il y avait chez lui une sagesse de vieux paysan qui ne n’en laisse pas conter et qui a surtout  quelques bêtes noires: le confort, la soif stupide de modernité et la bêtise humaine camouflée.
Il avait vécu avec horreur la défaite de 40 et avait dû être hospitalisé dans un hôpital psychiatrique. C’est dire qu’il n’avait plus guère d’illusions sur l’humanité: « On brise tout parce qu’on veut faire du neuf. On a donc l’illusion de pouvoir tout remplacer ». « L’homme serait un roseau pensant. Disons un roseau pensif… Ou même songeur… Disons un salsifis songeur. »
Mais Vialatte avait continué  tout de même, malgré la mort de sa femme, à savourer  la vie. Pensant peut-être à  Eschyle dans Les Perses: « Vieillards, jouissez chaque jour des joies que la vie  vous apporte car l’argent ne sert à rien chez les morts ». 

Et c’est bien d’avoir donné à entendre au théâtre un choix de ces Chroniques: Vialatte, même si son nom ne dit  rien aux jeunes générations, est resté un prodigieux conteur, quelque cinquante ans après ses Chroniques, depuis réunies et éditées: il aime raconter des histoires sur  la guerre,  la vie quotidienne, les animaux ou le dernier film qu’il a aimé, et propose même des solutions pour  s’accommoder de vacances pluvieuses…
Pas tendre, le Vialatte!  Et sans aucun doute  mordant, voire cynique  mais jamais amer, et généreux  malgré une lucidité impitoyable:  » L’homme moderne est devenu granuleux. » ou:  » Le poids de la question dépend de la densité de celui qui la pose ».
Et ses Chroniques se terminaient par le célèbre : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ».  Sans aucune connotation politique, ce qui ne serait plus guère possible aujourd’hui…
En ces temps de morosité et de désespérance, cela fait du bien de retrouver l’humour cinglant d’Alexandre Vialatte! On ressort de là,  comme plus intelligent et tout ragaillardi.
Allez, une dernière pour la route: « « Manger de l’ail; ça rajeunit l’organisme et ça éloigne les importuns ».

Philippe du Vignal

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Métro : Aubervilliers-Pantin-Quatre-Chemins. T: 01 48 33 16 16. Et  le 3 décembre  au Théâtre Jean-Arp à Clamart; les 6 et 7 décembre  aux Escales de Clermont-Ferrand; du 17 au 20 décembre  au Théâtre de la Manufacture, C.D.N. de Nancy. Le 17 janvier à la Scène nationale de Sète.  Et Les 28 et 29 janvier  au Grand Théâtre de Luxembourg. Enfin, du 4 au 7 février  à la Comédie de Picardie.

www.theatredelacommune.com



 


Un commentaire

  1. Beautymist dit :

    Bonjour,

    et merci pour cette chronique qui fait connaître Vialatte aud djeun’s (et aux autres). Votre article donne vraiment envie d’aller voir trois formidables acteurs incarner sur scène ces féroces (autant que tendres) « Chroniques.

    Dommage que pour présenter des textes « écrits à la virgule près », votre article, lui, ne soit pas « très ciselé », surtout le premier paragraphe. Mais tout cela est comme cette « espèce de petite grue inutile » : pas grave !

    ;-)

    BM

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