Ground and Floor

Ground and Floor, texte et mise en scène de Toshiki Okada.

   Ground and Floor tosikickamelmoussakunstenfestivaldesarts21Le metteur en scène japonais Toshiki Okada joue ici des espaces qui hantent l’imaginaire universel, un refuge intérieur propre à chacun, peuplé tant de morts que de vivants, des figures chères qui ne connaissent en ce lieu intime, nulle séparation spatiale. À la différence de la résidence terrestre de notre existence quotidienne – la « réalité » – où morts et vivants ne cohabitent pas.
Ground and Floor
décline d‘un côté, un ailleurs habité par nos proches disparus – et de l’autre, l’ici de notre vie brève en compagnie d’autres proches en « survie ». Mais morts et vivants se croisent et conversent sur le plateau.Il faut dire que le jeu entre la vie et la mort, source de l’imaginaire en général, est particulièrement sensible au peuple nippon plus que bousculé et mis à mal ces dernières années, avec non seulement le tremblement de terre de Kobé en 1995 qui frappa l’archipel japonais, mais surtout le séisme de 2011 qui provoqua la catastrophe nucléaire de Fukushima. Tremblement de terre et tremblement de l’imaginaire, c’est tout un ; il a fallu pour les survivants recommencer à « exister » en faisant table rase du passé et du cortège des morts qui, disparus de la surface de la planète, n’en sont pas moins venus piétiner à la porte de la mémoire, des rêves et des souvenirs personnels pour entretenir le feu ardent des jours qui passent.
La mise en scène  relève  de la grande tradition théâtrale du nô, revue et modernisée par la jeune garde des artistes performants d’aujourd’hui et s’inscrit  dans la tradition  des arts martiaux: gestuelle codifiée, mouvements légers mais insistants, à peine esquissés, pas et déplacements comme glissés.

L’originalité de la vision de Toshiki Okada tient à ce qu’entre autres singularités pour notre regard ahuri d’Européen, la scène est  un plancher lisse et pur d’un beau bois blond que rien ne macule. Une croix courtaude, en surélévation au-dessus du plateau, porte les sur-titrages en français et en anglais. Amusement, ironie, une jeune fille facétieuse doute de la véracité de la simultanéité des sur-titrages avec la parole sonorisée en japonais.
Les comédiens surgissent du côté jardin et évoluent vers le côté cour où stagne un miroir lumineux – une soucoupe ronde en guise d’autel dédié aux morts. Une mère défunte s’adresse à sa belle-fille enceinte ; une autre fille et ses deux fils sont présents aussi.

Le jeune couple est intégré « socialement » et pense quitter la terre nipponne maudite. Le second fils qui a fait l’épreuve du chômage vient de retrouver du travail et promet à sa mère défunte de rester à ses côtés. Quant à l’autre fille, elle s’insurge contre l’attentisme de tous : isolée, elle résiste, volubile et décidée, évoquant avec raillerie son point de vue sur la société et les êtres – une  attitude post-moderne incoercible.
Les silhouettes se courbent vers la terre, à contre-courant de figures droites et figées traditionnelles – gestes chorégraphiés et illisibles, vêtements futuristes, noirs ou colorés à l’extrême, dessinés à la fois avec sobriété et panache. Il faut combattre autrement l’immobilisme face au monde, et rechercher un nouveau sens à l’existence. La gestuelle et la parole épousent avec une résonance profonde la musique du groupe Sangatsu, guitare, basse et batterie. Un voyage au pays des songes dans la proximité avec des réalités universelles communes, qu’on soit nippon ou européen.

Véronique Hotte

Ground and Floor de Toshiki Okada, du 9 au 12 octobre 2013 au Centre Pompidou.

Current Location de Toshiki Okada au T2G Gennevilliers, du 14 au 19 octobre 2013.

Current Location de Toshiki Okada au T2G Gennevilliers, du 14 au 19 octobre 2013. Festival d’Automne. Tél : 01 53 45 17 17


Archive pour octobre, 2013

Le plus heureux des trois

 Le plus heureux des trois d’Eugène Labiche et Edmond Gondinet,   mise en scène de  Didier Long.

 

Le plus heureux des trois piecegalerie.1192.thumb_Un cerf aux cornes imposantes trône sur la cheminée du salon et abrite un coucou offert au cocu par l’amant  qui est, par ailleurs, et ce n’est pas incompatible, son meilleur ami. C’est là que les infidèles cachent leur correspondance secrète qui  engendrera tous les quiproquos  de la pièce, alors que s’entremêlent les intrigues amoureuses.
La femme et l’amant trompent le mari; l’amant trompe sa maîtresse; le mari trompe sa femme avec la femme du domestique qui a trompé son mari avec l’amant; l’oncle de l’amant a trompé le mari avec la première femme de ce dernier; le domestique trompé trompe ses maîtres, etc…
Labiche conjugue au pluriel le fameux trio-chacun des huit personnages trompant les autres, au vu et au su du spectateur… spirale infernale développée à l’infini, de cocufiages posthumes à ceux encore dans l’œuf. La mécanique du rire est toujours maîtrisée et  savamment dosée dans cette œuvre écrite en 1870, quelque vingt ans après Le Chapeau de paille d’Italie,  et dix ans après Le Voyage de Monsieur Perrichon.
La mise en scène, tout en respectant la folie débridée de la pièce, ne force pas la caricature et les acteurs ont peaufiné leur personnage. Arthur Jugnot campe un amant enthousiaste,  Jean Benguigui compose un mari retors et cynique sous des airs de fausse naïveté face la femme adultère, Constance Dollé, parfaite écervelée.
Dans un décor élégant et astucieux qui se déglingue à mesure que l’action se précipite et qui  permet aux entrées et sorties incessantes une fluidité naturelle. Sous les rebondissements et les calembours en cascade, pointe une certaine gravité: les bourgeois balourds et hypocrites que le dramaturge prend plaisir à épingler n’en sont pas moins humains et assaillis de doutes; les domestiques, qui contribuent pour une bonne part aux intrigues, bien que caricaturés, ont aussi leur complexité.
La servante peu accorte fait chanter sa maîtresse et joue les voyeuses  et le couple de domestiques alsaciens,  affublés d’un accent à couper au couteau, n’est pas en reste. C’est une  vision bien noire de la société basée sur le faux-semblant, le mensonge, y compris  ceux qu’on se fait à soi-même.
Au sein de cette constellation de triangles amoureux, quel est le plus heureux des trois? Aucun, dirons-nous. Mais le public est séduit par une mise en scène sobre qui laisse entendre la virtuosité du texte.

  

Mireille Davidovici

 

Théâtre Hébertot  Paris  T: 01 43 26 20 22

Roméo et Juliette, Omar Porras

Roméo et Juliette de Shakespeare, adaptation, scénographie et mise en scène d’Omar Porras,  spectacle en japonais et en français.

Omar Porras, nous l’avions découvert  avec La Visite de la vieille dame de Durenmatt en 94. Il a maintenant à son actif de nombreux spectacles,  dont Noces de sang de Lorca,  Maître Puntila et son valet Matti  de Brecht,  L’Éveil du printemps de Wedekind etc… mais son Roméo et Juliette conçu après plusieurs années de travail au Japon est vraiment  remarquable !
  Le spectacle a été conçu et élaboré avec dix acteurs-huit japonais et  deux français-dans une scénographie épurée d’Omar Porras:  un cercle de poteaux de bois avec, au centre,  un panneau transparent. C’est  la chambre de Juliette qui s’ouvre pour laisser passer le souverain prostré sous une épaisse chevelure. Soutenu par les percussions d’Alessandro Ratocci, ce Roméo et Juliette nous tient en haleine,  et on ne décroche pas  une seconde.
Il y a une très grande force vitale, avec des tableaux grotesques inspirés du bunraku et du kabuki japonais et interprétés par des travestis joyeux. Les costumes orientaux, la musique, l’énergie hors pair de cette troupe, nous emportent dans l’univers de Shakespeare comme jamais.

Edith Rappoport

Théâtre 71 de Malakoff jusqu’au 19 octobre, mardi, vendredi à 20 h 30, mercredi, jeudi, samedi à 19 h 30, dimanche à 16 h T 01 55 48 91 00,  et en tournée, jusqu’au 19 décembre.

Aragon

Aragon, ce livre ouvert, textes de Louis Aragon, adaptation d’Alain Paris, musique de Stéphane Puc.

Au bout d’un parcours labyrinthique, on se trouve,  face à un Aragon que l’on connaît peu, Aragon le bâtard. Il a raconté, non sans humour ni sans quelque amertume, la légende de son enfance : sa mère se faisait passer pour sa sœur, lui-même pour le fils adoptif de sa grand-mère, son père, sans le « reconnaître », ne lui a révélé son nom qu’au moment de son départ pour la guerre. Sa tombe devait afficher son identité… Pas étonnant, après cela, qu’il se soit choisi un nom de prince et qu’il ait réinventé l’amour…

Alain Paris glisse avec une grande maîtrise de la prose autobiographique à la poésie et de la  poésie à la chanson. Le style précisément bâtard d’Aragon permet ces glissements : haute langue et popularité, avec un mot canaille de temps en temps. Le rythme de la phrase balance l’alexandrin, qui scande de ses hémistiches la grande chanson à la française. On reconnaît la noble grandiloquence de Léo Ferré dans le poème de la grande guerre  « Tu n’en reviendras pas, toi qui courais les filles, jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu quand j’ai déchiré ta chemise… ». Le décasyllabe de la poésie courtoise chante dans le poème d’amour: «Il n’aurait fallu, qu’un moment de plus, pour que la mort vienne »…

Alain Paris a une belle voix, ample et nuancée, presque trop grande parfois pour cette salle (qui n’est pas si petite) et il nous fait la grâce de chanter sans micro. Enfin une voix naturelle, libre, sans les parasites et les souffles du son électrifié ! … Stéphane Puc, à l’accordéon, donne un beau coup de neuf aux mélodies de Ferrat et Ferré, et apporte ainsi  une touche supplémentaire d’élégance au spectacle.

 

Christine Friedel

Théâtre de Ménilmontant, 01 46 36 98 60, jusqu’au 27 octobre.

Please, continue (Hamlet) (Montreuil)

Please, continue (Hamlet)  de Roger Bernat et Yan duyvendak.

L a salle Jean Pierre Vernant est transformée en cour d’assises.  Avec  des professionnels de la justice, des acteurs et du public.Le fait de départ est le meurtre d’un homme par l’ex-petit ami de sa fille pendant une nuit de mariage. Bien sûr, le jeune meurtrier c’est Hamlet, L’accusation c’est Ophélie et le témoin,  c’est Gertrude, mère d’Hamlet. Le drame a lieu pendant la fête de (re)mariage de Gertrude avec Claudius et le cadavre,  c’est Polonius, père d’Ophélie.
Trois acteurs sur le plateau pour incarner Hamlet, Ophélie et Gertrude, « matérialisés » par un tee-shirt jaune, enfilé par dessus leur vêtement  avec le nom de leur personnage  suivi de celui de son nom à lui ou elle entre parenthèses.
Les professionnels de justice qui se prêtent à ce jeu sont différents chaque soir. Ils n’ont pas répété, n’ont seulement reçu qu’un dossier d’instruction qui passe dans le public. Ici, les metteurs en scène ont tout fait pour que nous soyons plongés dans un procès aussi réaliste que possible, comme il aurait pu avoir  lieu si l’action datait de nos jours. Il y a d’ailleurs beaucoup d’actualisations qui enfoncent le clou : Hamlet est un  jeune homme mou, ayant arrêté l’école très jeune, consommant drogue et alcool de temps en temps (« à l’apéro quoi » comme il le dit).
Il  porte une arme sans autorisation parce que son quartier « craint un peu », et  pendant la fête du mariage où tout le monde boit beaucoup, il fait une « espèce de spectacle », un « sketch qui a mal tourné ». Puis Hamlet va discuter avec sa mère pour lui dire une fois de plus tout le mal qu’il pense de son union avec Claudius,  mais Polonius, voulant connaître les vraies raisons du malaise d’Hamlet se cache derrière un rideau pour espionner.
Malgré la complicité de Gertrude et Polonius, au premier mouvement de ce dernier derrière le rideau,  Hamlet plante son couteau dans  l’étoffe , tuant ainsi le père d’Ophélie,  croyant « planter un rat ». Le procès  décline ensuite les différentes auditions qui ont lieu après la découverte du corps. Le langage est moderne,  Ophélie,  partie civile, parle de pute, cite Hamlet lui disant qu’elle n’a plus qu’a se marier avec un
« blédard ». Bref, c’est un peu too much …!
L’intervention de l’expert psychiatre -criminologue est assez éclairante sur la psychologie d’un personnage comme Hamlet:  il est question « d’intoxication alcoolique »,  de « discernement entravé mais pas aboli », du caractère « passif dépendant » du fils de Gertrude. On tient là un moment de la pièce important et assez unique, ou comment, par le prisme de l’analyse psychiatrique et criminelle, on va dresser un portrait froid et clinique du plus grand héros du théâtre.
Là encore, pour faire moderne, on apprend qu’Hamlet consommait des anxiolytiques et des antidépresseurs  (dont la prise combinée annule les bienfaits de l’un et de l’autre, souligne l’expert !)
Deux autres moments de théâtre:  les plaidoiries des deux avocats, dont l’un annonce avec malice « on est à la cour d’assise ici et  est pas ailleurs ».  Puis huit  personnes sont tirées au sort sur la liste de réservation pour être juré,  et vont aller  délibérer. Filmés sans son pendant un entracte de 20 minutes. Le spectacle se termine sèchement sur l’énoncé du verdict, les comédiens ne saluent pas vraiment et les applaudissements sont plutôt maigres.
Au-delà de l’intention louable et malgré les 2h30 que dure le spectacle, c’est bien trop court pour que nous soyons véritablement plongés dans une ambiance judiciaire comme c’est l’objectif de départ. Un procès d’assises,  c’est toujours à un moment où un autre, et assez  effroyable, l’énoncé brut des faits, l’émotion des témoins et victimes, la froideur des pièces à conviction, les attaques menées d’avocat à avocat… Ici tout va trop vite, l’affaire est effleurée, on s’attarde sur la présence des rats, et sur la dératisation effectuée quelques mois plus tôt..
On est donc jamais dans l’émotion, quelque chose fait qu’on sait toujours qu’on est au théâtre et que, pour une fois, cela nous rassure.
 Rendre actuels l’histoire et les personnages fait sombrer le spectacle dans une simplification à outrance et des comédiens professionnels qui sont  ceux du plateau qui « jouent » le moins ! Hamlet est complètement amorphe et répond tout juste aux questions,  aucune trace de révolte ne brille dans ses yeux.
Au delà de la fausse bonne idée,  et pas nouvelle, l’alchimie n’a malheureusement pas lieu, ni pour célébrer le mythe shakespearien, ni pour montrer le métier de la justice se faire, mettant d’ailleurs les professionnels de la dite justice un peu en difficulté,  soumis qu’ils sont, pour chacune de leurs interventions, à  un temps imposé. On a l’impression à l’issue du spectacle  que tout le monde s’est bien amusé. Mais pas plus…

Julien Barsan

Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 19 octobre.

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Festival mondial de Charleville-Mézières

17ème Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes Charleville-Mézières(suite et fin).

Avec une centaine de spectacles à l’affiche du in, une vingtaine de spectacles de rue, et  un nombre exponentiel de compagnies (impossible à  chiffrer) dans le off, et à présent l’apparition d’un off du off, sans compter les expositions,  rencontres,  le cinq à sept   de  Pulchinella… les festivaliers  ont de quoi faire, voir et entendre… Courant dans tous les sens, plan de la ville à la main.
Les habitants sont mis à contribution pour les héberger (l’infrastructure hôtelière reste insuffisante)  et les renseignent. Vendeurs de gaufres, frites, crêpes et même huîtres… ne chôment pas ! Pas snob du tout ce festival…
Mais cela n’empêche pas-au contraire -le professionnalisme de la programmation, loin des clichés,  et qui  offre un large éventail de formes qui font exploser les frontières entre les arts. Le thème de cette 17 ème édition: celui du passage entre  les générations, les expériences artistiques, les cultures…

Le Chant du Bouc par la compagnie À.

Festival mondial de Charleville-Mézières aThéâtre d’objets, sans parole, cette histoire de bouc émissaire  finit mal évidemment. A droite « la parfaite ménagère » (remarquable Dorothée Saysombat) avec sa maison « Sam – Suffit » en rose, sa petite auto, son petit chien- chien…,  la tondeuse à gazon et la musique du bonheur des  années 50 / 60.
A gauche,  le « parfait homme d’affaires » avec le même attirail en …bleu. Dans deux  espaces placés sur deux tables – guéridon à roulettes. Tout va bien… jusque là,  même les chiens sympathisent…Puis arrive un troisième larron pas-du-tout-du-même-style : caravane sans couleur, bicyclette, et une vache sur un troisième espace à roulettes.
  Une mise à mort  annoncée. Comme dans un film de Fassbinder: mêmes thèmes, mêmes musiques et  même ambiance délétère des années 50 mais il s’agit ici d’un drame réduit à une simplicité confondante: tout se joue sur trois tables, avec des éléments style Lego et des comédiens formidables.

La Pluie d’été de Marguerite Duras,  atelier-spectacle dirigé par Sylvain Maurice, avec la deuxième promotion de l’École supérieure des arts de la marionnette.

Sylvain Maurice a le sens de la marionnette;  avec  Les Sorcières, il entrait, de façon magistrale, dans cette forme artistique que peu de metteurs en scène de théâtre osent aborder pour en faire un moyen d’expression à part entière.
Avec ces élèves (des filles et un seul garçon), il a fait en sorte qu’ils  incarnent tour à tour,  un des points de vue du principal personnage, Ernesto. Tout se passe à Vitry-sur-Seine, dans  une famille un peu hors limites représentée par de toutes petites marionnettes  mais dont  la tête est celle des  comédiens, et dont les jambes et bras sont  animés par les doigts des manipulateurs.
L’ensemble donne un beau spectacle, frais, un peu éloigné du texte de Marguerite Duras, plus sombre, et  disons, plus sociologique mais se libérer des textes peut, comme ici , être positif.

bobFin de série  par le BOB Théâtre

Incroyable performance d’un acteur, seul en scène avec une bande-son parfaite et une musique connue :  celle des films de James Bond  des années 60 là aussi. Lui : Denis Athimon  n’a qu’une table, une chaise et un drapeau américain pour seuls accessoires. L’autre:  une bande-son remarquable de François Athimon.
Lui ne veut plus jouer au héros : il a peur, il a des chagrins d’amour comme tout le monde et en a assez d’accomplir  des missions impossibles, entre hôtels de luxe et  inévitables courses poursuites. L’autre multiplie les provocations à force de coups de poings sonores. James Bond terminera KO.
Une belle démystification d’un héros  mythique…

Mireille Sibernagl

Ardente patience

Ardente patience, d’Antonio Skármeta, traduction de François Maspero, adaptation et mise en scène de Michael Batz

Ardente patience ardente-partience-3-bisL’action se passe entre 69 et 73, moment d’espérance au Chili. Le poète Pablo Neruda se trouve dans la solitude, bonne pour l’écriture, de sa maison d’Isla Negra, face à l’Océan Pacifique et entouré des figures de proue qu’il affectionne et collectionne, détachées des bateaux ivres passant par là.
Chaque jour, Mario le jeune facteur nouvellement embauché, (Frédéric Kontogom) parcourt des kilomètres sur sa bicyclette neuve, sacoche pleine de courriers qu’il porte à son unique destinataire.
Et devant le carillon d’entrée de la maison hantée de poésie et de fantasmes en compagnie de ces belles endormies, il s’initie, avec le maître, au sens des mots et de la métaphore «J’allais comme un bateau tremblant sur vos mots», lui avoue-t-il un jour.

Devenu facteur ès lettres, il perd pourtant ses moyens et ses mots quand il tombe amoureux de Beatriz, (Olivia Barreau) dont la mère matrone tient le bar du village (Nadine Servan). Aidé du poète, voire le plagiant de temps à autre, il déclare sa flamme.
L’adaptation de Michael Batz, fidèle au roman d’Antonio Skármeta publié en 85, dont l’écrivain avait tiré un scénario filmé par Michaël Radford en 96, évoque les événements de ces années passées, entrecroisant les destins tragiques d’un pays, le Chili, d’un poète, Pablo Neruda, et d’un petit facteur, Mario Jimenez, qui se lient d’amitié.
Mais le romanesque prend souvent le dessus : l’état amoureux de Mario, sa conquête d’une belle-mère dure en affaires, la vie du bar avec ses musiciens (Wladimir Beltran et Leo Melo, interprétant les chansons de Victor Jara, Violeta Parra et Rolando Alarcón), sa charmante fiancée bientôt épousée et mère, alors qu’au-delà de l’anecdote et de la légèreté, se tissent le présent et l’avenir du pays, trop rapidement évoqués.
Neruda, (interprété avec intelligence par Jean-Paul Zennacker) poète, écrivain, diplomate et homme politique, follement amoureux de son pays, écrivait ses premiers poèmes à 19 ans. El Canto general publié à Mexico en 50, dans la clandestinité est une œuvre emblématique et Mikis Theodorakis en fit un oratorio : «Dans ma patrie, on emprisonne les mineurs et le soldat commande au juge. Mais j’aime, moi, jusqu’aux racines de mon petit pays si froid. Si je devais mourir cent fois, c’est là que je voudrais mourir et si je devais naître cent fois c’est là aussi que je veux naître près de l’araucaria sauvage, des bourrasques du vent du sud et des cloches depuis peu acquises».
En 69, le parti communiste le désigne comme candidat à l’élection présidentielle, mais le poète se désiste très vite en faveur de Salvador Allende, candidat unique de l’Unité Populaire.
Le spectacle traverse brièvement les tentatives de propagande des opposants, l’élection d’Allende en 70 dans la ferveur populaire, le départ de Neruda comme ambassadeur du Chili en France : «La vie politique est venue comme un tonnerre m’arracher à mon travail» reconnaît le poète.
Mario reçoit alors la première lettre de sa vie, venant de France, et un magnétophone. Neruda, plein de nostalgie, lui demande : «Envoie-moi des sons de ma maison, je ne peux vivre loin d’Isla Negra». Et il enregistre pour son ami le vent dans le carillon, l’éclaboussement des vagues sur les rochers, le chant des mouettes, les abeilles et leur ruche, le reflux, et le silence sidéral des étoiles, auxquels il joint son poème, une Ode à la neige sur Neruda à Paris.
En 71, l’écrivain reçoit à Stockholm le Prix Nobel de littérature, moment fort dans la dernière partie du spectacle. Mario en famille, devant sa télévision, accroché aux mots du maître est ému aux larmes et le poète, figure imposante, apparaît en costume, lisant son discours : «Je viens d’une obscure province, d’un pays séparé des autres par un coup de ciseaux de la géographie, ma poésie a été régionale, faite de douleurs et de pluie, mais j’ai toujours eu confiance en l’homme».
Et s’appuyant sur une prophétie de Rimbaud, il reprend :«Ce n’est qu’au prix d’une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes. Ainsi la poésie n’aura pas chanté en vain».

Puis arrive 73, un 11 septembre noir déjà, le coup d’Etat par Pinochet et la mort d’Allende, suivie douze jours plus tard, le 23 septembre, de celle de Neruda à l’âge de 69 ans, de maladie, dit-on, mais à ce jour encore pas vraiment élucidée : «Je retourne à la mer» souffle-t-il.
Mario est arrêté, livré par l’opposant. La chanson de Beatriz s’élève et rejoint cette question lancinante qui aujourd’hui encore n’a pas trouvé de réponse : «Donde estan ? Où sont-ils»? et sur écran s’affichent les photos des disparus, avec, en écho, ces mots psalmodiés, symboles d’unité et de solidarité nationale : «El pueblo, unido, jamás será vencido ; le peuple, uni, ne sera jamais vaincu».
Tranquillement, on a quitté la légèreté du spectacle et on s’enfonce dans l’Histoire, mais un peu tard. Dans la grande salle du Théâtre  de l’Epée de Bois, le bruit des vagues encercle encore les spectateurs, et porte les mots de Skármeta/Neruda parlant de l’eau qui cogne contre les rochers, comme du levain et du pain.
La langue est belle dans la traduction de François Maspero et le travail de Michaël Batz, qui a débuté son parcours théâtral à Londres avant de s’installer en France il y a une dizaine d’années, mené avec intelligence et sensibilité. Sa connaissance du Chili est un atout. Scénographie et lumières (Florence Plaçais et Laurence Ayi, Romuald Lesné) servent particulièrement bien ce spectacle, dans lequel le pouvoir de la poésie fait contagion. «Ne mourez pas, poètes, même si la poésie n’appartient pas à celui qui l’écrit, mais à celui qui la lit» dit Neruda dans un dernier souffle.

Brigitte Rémer

Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie de Vincennes, Jeudi, vendredi, samedi à 20h30, samedi et dimanche à 16h, jusqu’au 20 octobre

Pablo Casals, l’Homme violoncelle

Pablo Casals, l’Homme violoncelle, écrit joué et mis en scène par Michel Sigalla, et joué au violoncelle par Juliana Laska.

Pablo Casals, l’Homme violoncelle l_homme_violoncelle-300x199Ils sont deux sur scène, et ne font qu’un : l’homme-violoncelle. Michel Sigalla a puisé dans les mémoires et les interviews pour rendre la parole à Pablo Casals, après sa mort, vivant comme jamais.
Ou plutôt il s’est immergé dans cet océan où se rencontrent l’humanisme, la passion de l’harmonie, la politique, l’amour, l’enfance, et naturellement la musique, encore et toujours, la musique comme ferment d’harmonie et de désordre qui fait bouillonner tout cela ensemble.

On connaît un peu l’histoire de cet homme, modeste, généreux, qui n’a pas voulu jouer pour les démocraties compromises avec le régime de Franco. Non, ceux qui voudront l’entendre viendront à Prades, dans le petit bourg des Pyrénées orientales qu’il n’a pas quitté : le dictateur lui a survécu de quatre ans…
On dira presque : peu importe, tant notre duo transmet avec énergie et justesse –et amour- la passion du grand musicien. Bach, son Dieu, Ravel rencontré amicalement, Brahms deviné, interprété comme jamais et comme il le fallait, salué par un critique qui avait connu Brahms.
Ce qu’on entend, c’est la quête incessante de la vie et de la liberté, partout, en commençant par la musique, la recherche du rythme juste, c’est-à-dire, encore une fois, de la vie inscrite maladroitement dans les notes. Car il faut jouer ce qui est écrit, bien sûr, mais surtout la musique qui vibre entre les signes, les unit, leur donne un sens. Casals (et Michel Sigalla) ne parle pas seulement de son instrument : il rend évidente la nécessité de l’art dans notre vie, la nécessité du travail de l’art, acharné, joyeux, y compris quand il se met à détester son instrument de torture, le violoncelle. Qu’il aime tant…
Le violoncelle de Juliana Laska ne vient pas « illustrer » ces propos : elle répond à la parole, discute, met des points d’ironie, trace des sentiers dans la forêt du récit et de la pensée. Elle n’illustre pas, elle joue la joie et le mystère de la musique.
La scénographie et les éclairages n’ont pas été traités avec la même passion, la même exactitude, mais on ne va pas chipoter. L’essentiel du théâtre est là, un acteur, une musicienne qui nous font passer des flots d’émotion, de pensée, de rire, de désir d’en entendre plus. Une parole large dans un très petit théâtre.

Christine Friedel

Théâtre de la Folie 01 43 35 14 80, les vendredi et samedi à 19h30, jusqu’au 30 novembre.

Entretien avec Marie Marfaing

Entretien avec Marie Marfaing 05102013-photo

Entretien avec Marie Marfaing, performeuse et passeuse d’images

Un agencement d’images avec une  composition de tableaux sculptures éphémères. En effet,le plateau pour la comédienne Marie Marfaing, fille du peintre abstrait André Marfaing, pose la question de la temporalité à travers un prisme à l’intérieur duquel œuvrent certains supports, plexis souples et légèrement opaques, sphère, calques, projections et rétroprojections, couleurs. Le processus technique scande la représentation, et la magicienne tire un fil d’Ariane dans un beau labyrinthe d’images.

Que vous apporte un plateau de théâtre,  lieu par définition de l’éphémère?

Marie Marfaing : Je me pose la question du lien entre l’éphémère du plateau et l’art plastique, que ce soit dans la peinture ou dans la sculpture. Depuis que j’ai choisi de faire le métier de comédienne, j’ai toujours été intriguée par le temps qu’on ne voit pas passer et dont il ne reste rien.
La peinture s’accomplit dans un temps éphémère de la vie mais elle reste et demeure à partir du moment où le public la regarde. Au théâtre en échange, la représentation disparaît en même temps que le public quitte la salle. Ma réflexion s’est portée sur le frottement de ces temporalités.

 Comment rendez-vous compte de votre propre cheminement artistique ?

M. M : Le premier spectacle que j’ai mis en espace était une charte de représentation théâtrale qui avait lieu lors d’un festival. La mise en scène s’articulait sur des cadres vides : je me posais déjà la question de savoir si j’entrais ou sortais du tableau. Et à la fin, je laissais les spectateurs devant une toile d’André Marfaing dont j’estime l’œuvre, non pas comme sa fille, mais à partir d’une réflexion artistique.

 Quel est le second spectacle qui a précédé celui que vous préparez ?

M. M. : Avec des cadres encore, j’en suis arrivée à la photo avec L’Horizon aux aguets, un spectacle conçu uniquement avec des photos et deux actrices. J’ai passé une année au bord de la mer, l et j’y ai pris deux cent quatre-vingts photos : une temporalité picturale avec la mer et le ciel, sans anecdotes.
Il ne s’y passe rien, sauf éventuellement le passage d’un oiseau. Les actrices ont refait cet horizon dans ce cadre avec des grandes photos A3. Pour moi, ce fut l’expérience d’un temps fixe face à un temps qui tourne.

 Aujourd’hui, vous présentez Oup’s (Vanité) au Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet

M. M. : J’étais « fixe » jusqu’à présent, et j’ai bougé : je suis allée dans des îles et des cités, en Asie, au Japon, en Corée, au Viet Nam et aux Etats-Unis, à New-York où je n’ai pris que peu de photos. J’ai voyagé, j’ai capté des images et des temps, puis j’ai confronté au plateau ma matière de prédilection, une réflexion sur le temps.

 Vous semblez naturellement attirée par la vidéo sur un plateau.

M. M. : Je n’aime pas la vidéo en général sur un plateau de théâtre. Ce que j’aime en échange, c’est mettre l’image dans un cadre et en faire un tableau éphémère puisque ce n’est pas une image fixe mais filmée.Que se passe-t-il, si je mets le film dans un cadre,  et si j’essaie de le reconstituer et d’aboutir ainsi à une forme de théâtre éphémère, une image en 3D ?
Voilà pourquoi j’ai inventé un système, un matériau, à partir de plexis fins et   suffisamment opaques  pour qu’ils puissent prendre l’image mais suffisamment fins  pour que  l’image les traverse. Et si je les mets en rétroprojection, les plexis transparents permettent qu’on aperçoive mon ombre, même si je suis derrière l’image.

 Et si vous êtes devant l’image, une ombre apparaît aussi sur l’image.

M. M. : Ce dispositif a révélé du même coup une infinité de dimensions, mon ombre dont je découvrais l’importance, au bénéfice d’une sorte de disparition. L’ombre comme preuve du vivant. D’un côté, l’image captée qui a existé et qui existera tant que je voudrais bien conserver ce qu’il y a sur la pellicule. De l’autre, moi-même qui suis appelée à disparaître comme tous, et mon ombre aussi.

 Vous traitez d’une disparition à plusieurs niveaux, de l’homme en tant que tel, et  de notre passage sur terre;  le temps est le thème du spectacle Oup’s (Vanité).

M. M. : J’ai nommé cette représentation Oup’s (Vanité) : elle ne désigne que le temps d’une respiration-le temps de le dire, puis plus rien… Le spectacle se construit comme un tableau des vanités, pictural et éphémère
J’ai filmé des choses en pensant au temps qui passe-des métronomes-et d’autres que j’ai pensées en tant que violence,  des guerres, des images fortes. Or, je ne filme pas la guerre en reporteuse. À Istanbul, j’ai filmé une vitrine de boutique de jeux d’enfants : des mitraillettes, des objets mécaniques qui font un bruit extrême, des oiseaux qui tournent vite et fort dans le ciel.
Constituer des tableaux avec la dureté de cet univers, c’est pour moi une façon déviante de parler des horreurs qui se passent dans le monde. Je ne sais pas en traiter directement.

 Quelles sont vos images « temps métronome » ?

M. M. : Celle d’un ascenseur transparent : 52ème étage. À chaque étage, on ne voit qu’une barre défiler mais on monte jusqu’à voir les buildings en bas depuis le haut qui surplombe la ville. À la fin, on voit juste  le mot  Bing  et la porte qui s’ouvre au 52ème étage : c’est la seule image qui passe tout au long de la représentation. Il y a aussi le temps du café dont on voit le goutte-à-goutte, le temps qui passe, en compagnie de deux hommes que je ne connaissais pas. Le filtre est comme  un métronome de café.
Le temps métronome est représenté aussi par un paquebot-container, puissant et lourd de marchandises, qui sort du port de Hambourg. Des docks et des dockers. Le temps du voyage est en même temps un appel au voyage. Une vidéo est prise à Hong Kong : une boîte en tôle sans fenêtre qui fait penser à un container dont on voit sortir, une par une, une vingtaine de personnes… à la fin d’une journée de travail.

 Les couleurs jouent également un grand rôle dans la représentation…

M. M. : L’ordre des couleurs a son importance, dont le rouge d’ailleurs. Le dernier jour de mon voyage en Asie s’est passé à Ho Chi Min au Viet-Nam à l’Hôtel Continental, l’hôtel magnifique où descendaient Malraux, Depardon aujourd’hui…Un lieu splendide. En fait, il y avait dans cet hôtel un mariage, et je n’ai filmé que les portiers qui saluaient toute personne qui entrait. Trois plans sont nécessaires à l’ouverture des portes : une impression de vertige ; on ne distingue plus le vrai du faux de l’arrière-plan avec le jeu des cadres et des reflets.
Et comme j’utilise aussi des plexis, on a la sensation d’une autre porte, de morceaux d’images, et moi qui passe devant ou bien derrière. Les hôtesses, vêtues d’un costume rouge d’apparat, apprêtées, n’arrêtent pas de saluer celui qui passe la porte, et l’une d’elles regarde sa montre, sans qu’on le sache : elle s’ennuie ! L’image passe, sans arrêt sur image.

 Vous avez une prédilection pour les cadres.

M.M. : Il y a trois cadres dans Oup’s (Vanité) que je déplace, selon les morceaux d’image avec lesquels je joue, pour composer un tableau du monde, reconstituer une vision, celle d’un temps qui s’est passé. Mais la vision peut changer ou varier : c’est un puzzle mobile. Le temps que j’ai filmé ne participe pas d’un montage, c’est un temps qui s’est passé et que je mets en boucle, pour saisir l’instant et le temps.

 Vous en arrivez à cerner l’idée de mort.

M. M. : Il y a quelque chose d’un tableau des vanités, le temps, la connaissance, le jeu, la coquetterie…Un tableau de féminité, avec un peu de Munch et de Bacon.

 Propos recueillis par Véronique Hotte

 Théâtre de L’Échangeur à Bagnolet. Tél : 01 43 62 71 20, du 18 au 25 novembre 2013, du lundi au samedi à 20h30, dimanche 17h, mercredi 20 – relâche.

Voyage en Loden. Vers Wanda

Voyage en Loden vers Wanda

 

Voyage en Loden. Vers Wanda wanda

© Elizabeth Carecchio

Un projet de Marie Rémond autour de Barbara Loden, création collective. Marie Rémond part à la rencontre de Wanda : de l’héroïne du film et de celle qui lui a donné vie, Barbara Loden.
Un parcours mené en compagnie de Clément Bresson et Sébastien Poudéroux qui tiendront tous les rôles masculins du spectacle, tour à tour protagonistes, narrateurs, présentateurs.
Quant à elle, elle interprète alternativement la Wanda du film et  Barbara , comédienne et seconde épouse d’Elia Kazan, traçant de ce fait un parallèle entre la vie privée et l’œuvre de l’actrice. Comme si cette dernière avait inventé le personnage pour se raconter.
Le spectacle se revendique d’entrée de jeu comme un montage bricolé à trois, dans l’atelier de menuiserie qui accueille le spectateur. Des bruits de marteau et de perceuse interrompront parfois les doctes analyses du film ou les propos machistes d’un Kazan. Une amorce de burlesque qui se poursuivra toute la soirée. Il ne faut donc pas s’attendre à un remake théâtral du film ou à une biographie de Barbara Loden.
Il s’agit plutôt d’un habile tricotage entre des scènes de la vie domestique de Barbara et quelques séquences de Wanda,  notamment la fameuse scène du bar où la jeune femme en cavale est recueillie par une autre paumé, un petit voleur sans envergure. Le tout agrémenté de matériaux d’archive (commentaires autour du film, extraits d’entretiens).
Wanda
, film culte, unique réalisation de Barbara Loden disparue prématurément en 1980, fait figure d’ovni dans le glamour hollywoodien des années soixante-dix, préfigurant les rôles féminins et le style d’un Cassavetes ou, sans l’intellectualisme, La Femme gauchère de Handke. Il met en scène une femme floue et banale qui déserte sans raison son foyer pour suivre, au hasard, un petit voyou sans envergure, jusqu’à commettre un hold-up raté. « Wanda ne peut survivre qu’avec un homme et en s’accordant à son ambition. Elle pense ne pas pouvoir vivre autrement. En Amérique, une femme n’a d’identité qu’à travers l’homme qu’elle attrape », a confié la réalisatrice, ce qui fait écho aux scènes où se manifeste le paternalisme de Kazan vis à vis de sa femme.
Le spectacle replace aussi le film dans son contexte historique. On apprend que, malgré la révolte silencieuse que nous percevons aujourd’hui chez Wanda, il fut dénigré à l’époque par les féministes, avant d’être réhabilité, en France, par Marguerite Duras et Isabelle Huppert et  on entendra des extraits de leurs déclarations.
Abordant Wanda par sous les angles, l’équipe artistique organise un jeu de piste ludique grâce à des trouvailles de mise en scène, de bande-son, de décor que nous vous conseillons d’aller découvrir.
Elle a su trouver une manière originale et juste d’allier cinéma et théâtre.

Mireille Davidovici

 

Théâtre de la Colline jusqu’au 26 octobre.

01 44 62 52 52 ; www.colline.fr

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