Casimir et Caroline

Casimir et Caroline d’Ödön von Horvath, mise en scène d’André Wilms. 

Casimir et Caroline paroles_d_acteurs_1   André Wilms a choisi pour terrain  de travail, Casimir et Caroline d’Ödön von Horvath, dramaturge hongrois de langue allemande. Une chronique des années 1930 qui laisse s’épancher les engouements d’une jeunesse portée par le goût du théâtre.
Les interprètes sont de jeunes  comédiens sélectionnés pour la 19ème édition de  Paroles d’acteurs, un dispositif de transmission conçu par l’Adami pour faire se rencontrer un maître de théâtre et des acteurs.
Ainsi, sur la scène chahutent, dansent, s’interpellent ou bien s’injurient avec brio, Margot Bancilhon, Nathalie Beder, Sigrid Bouaziz, Pierre Cachia, Esteban Carvajal Alegria, Vincent Heneine, David Houri, Julia Piaton, Yann Sorton et Sarah Stern.
C’est un peu de leur propre vie qu’ils jettent négligemment sur la scène. Vêtus avec élégance, costume sombre pour les hommes,  et jupe élégante et bas soyeux pour les femmes, ils viennent un à un se présenter face au public  comme dans un défilé de mode. Avec ironie et désinvolture, ces jeunes gens en viennent, du coup, à décliner leur numéro de dossier Pôle Emploi. Le ton est donné: sourires pétillants et angoisse du lendemain.
Casimir et Caroline
a été créée en 1931, c’est à dire en pleine crise économique mondiale. Même si les époques de la création de la pièce en Allemagne et de cette  représentation en France  n’ont rien à voir entre elles, il y a des préoccupations communes aux jeunes et aux moins jeunes, entre courbe du chômage et affaissement de l’économie européenne.
Tout est question d’atmosphère, de fièvre et de fébrilité. Les interprètes d’une crise à la fois personnelle et collective sont jeunes et beaux, et  foulent le sol de copeaux d’une gigantesque fête foraine. Disputes, baisers volés ou cachés d’amoureux, la carte du Tendre selon la fête de la bière à Munich connaît des chemins de traverse chaotiques mais classiques.
Casimir vient de perdre son emploi de chauffeur et a peur que sa Caroline ne le quitte  pour trouver un meilleur parti, un époux plus assis. Et,  même si le tailleur dont la jeune fille se fait un nouvel ami évoque, de façon désuète, l’importance de la dimension de l’âme, Caroline reste inconsciemment pragmatique et est attirée par la trivialité du puissant P.D.G. de l’entreprise où travaille  le tailleur.
Le monde est hermétique : les grands et les petits se côtoient sans se rencontrer. Les fêtes ont toujours un goût amer de désenchantement, de fin brutale mise aux  rêves de bonheur. Le zeppelin de la modernité qui passe dans le ciel est la métaphore des désirs intimes et des aspirations personnelles d’ascension sociale qui chutent lamentablement. Le bruit infernal que chacun perçoit depuis sa fenêtre couvre tout : un mirage, un fantôme dispensateur de mensonge.
Le temps n’est plus à l’amour mais aux calculs d’épicier, aux petits arrangements inavouables et à la trahison du cœur. Quelques chants en allemand pour la poésie de la mélancolie. Le spectacle scintille de trouées lumineuses, malgré l’obscurité des temps à venir.
La vie suit avec moquerie le souffle de toute existence, avec,  en plus,  de l’énergie à revendre.

Véronique Hotte

Du 4 au 8 novembre 2013, Atelier de Paris-Carolyn Carlson, à la Cartoucherie. T: 01 53 45 17 17

 


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