Al Atlal (Les Ruines)

Al Atlal (Les Ruines) de Sharif Andoura, mise en scène de Matthieu Cruciani.

 

Al Atlal (Les Ruines) al-atlal-300x200Quand Sharif Andoura découvre la chanson fleuve d’Oum Kalsoum, Al Atlal, mise en musique en 66 par Riad Sunbati, sur un poème d’Ibrahim Naji, il décide d’en faire la matière d’un spectacle.
Il s’introduit dans la langue arabe qu’il affectionne et qu’il pratique, fort de son côté bi-culturel-il est né de père syrien-et essaye d’inventer un canevas dramaturgique avec le metteur en scène Matthieu Cruciani, et un parcours musical avec le compositeur Camel Zekri, présent sur le plateau avec son instrument, une guitare électrique aux résonances de oud.
Que dit le poème ? Il reprend un des thèmes majeurs de la poésie arabe mettant en mots le départ de l’amante et les traces qu’elle laisse, véritable champ de ruines. Métaphore, peut-être aussi à dimension patriotique, inscrite dans le contexte politique de l’époque, en Egypte. «Ô mon coeur, ne demande pas où est passé l’amour, il n’était qu’un château de mirages et s’en est allé. Sers-moi et bois en souvenir de ses ruines et raconte-moi tant que mes larmes couleront comment cet amour est devenu une légende».
A ce premier grand mythe, Andoura en adosse un second, et pas des moindres, avec l’immense poète Mahmoud Darwich, cherchant à décliner cette notion de ruines, qui lui sert de support. Il fait référence cette fois, à la Palestine, avec Le lanceur de dés, poème publié un mois avant la mort du poète, en 2008, sorte de testament : «Qui suis-je pour vous dire ce que je vous dis, moi qui ne fus pierre polie par l’eau pour devenir visage ni roseau troué par le vent pour devenir flûte… Je suis le lanceur de dés. Je gagne des fois, je perds d’autres fois. Je suis comme vous ou un peu moins »…
Point commun certes, la langue, mais il se peut que l’expérience sensible ne soit pas toujours transmissible au théâtre. Oum Kalsoum, femme de lumière et de compromis, grande diva récompensée par le pouvoir, et qui a déclenché la ferveur populaire, n’a peut-être pas grand-chose à voir avec l’homme de l’ombre et de l’exil, qu’est Mahmoud Darwich. Le lyrisme douloureux qu’il exprime dans sa recherche littéraire, tout autant que dans son engagement politique, confirme avec humilité que «la terre nous est étroite».
Que fait l’acteur sur scène ? Il dit les poèmes, comme pour un récital, mais ne pose pas de geste dramaturgique, allant parfois de cour à jardin sur le grand plateau de Sartrouville, sans véritable raison que de s’emparer du micro, posé à l’autre bout. Et, quelle que soit la langue, sa présence est plume face à ces deux célèbres figures.
A certains moments, l’extraordinaire orchestre accompagnant la chanteuse déferle, comme une marée montante, et l’acteur y superpose le texte, mais on entend mal et l’orchestre et le texte. A d’autres moments, le musicien y ajoute ses arpèges, et on essaie de capter les lignes mélodiques, mais on est en zone de brouillage. La leçon d’arabe de type Assimil, dans ce contexte, n’est ni drôle ni zélée, davantage un enfantillage : « Répétez… Ana Sherif, enta… , heyya Oum, homma.. etc », je suis, tu es, elle est…
Lorsqu’à la fin, petit effet, derrière un rideau de voile, apparaît le comédien, perruque noire à la Oum Kalsoum puis serre-tête et lunettes de soleil, copie conforme aux photos et foulard à la main, il est bien tard, il se met à chanter mais la magie n’opère pas.

 Brigitte Rémer

Vu le 5 novembre, au Centre dramatique de Sartrouville. Et le 14 et 15 novembre, à La Friche Belle-de-Mai de Marseille; les 19 et 26 mai, à L’Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise; les l9 et 30 mai, à La Nef de Saint-Dié.

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