Cosmos

Cosmos d’après Witold Gombrowicz, traduction de Georges Sédir, adaptation et mise en scène de Joris Mathieu.

 

34-nicolas_boudier-cosmos_h_c_dsc3088« Je vous raconterai une autre aventure plus étonnante… » Gombrowicz commence ainsi ce « roman sur la formation de la réalité », « une sorte de récit policier » fondé sur « un processus de suppositions, d’associations, d’investigations » essayant « d’organiser le chaos ». C’est donc une étrange enquête, « un rébus obscur »  où nous entraîne la compagnie lyonnaise Haut et Court, portée depuis quinze ans sur l’exploration d’univers visuels et sensoriels.
L’intrigue de départ est simple, puis tout se complique. Fuyant les tracas quotidiens de la ville, le narrateur et son ami marchent dans la campagne quand ils découvrent un moineau pendu à une branche. Ils trouvent toit et couvert dans une auberge voisine…
Les deux compères sont fascinés par Catherette, la servante à la lèvre fendue,  et par la fille de l’aubergiste, la belle Léna. Le maître de maison parle une langue improbable. Tel un réseau d’indices, depuis le moineau pendu et cette lèvre pendante, une série d’événements et de signes incompréhensibles s’enchaînent et s’entrelacent avec la cohérence d’un cauchemar que le narrateur cherche à décrypter. On navigue dans son univers mental entre la réalité et le fruit de son imagination. Qui a pendu le moineau, le bout de bois, le chat, et Lucien enfin ? Cela est-il vraiment arrivé ?
Pour ce voyage au long cours, Joris Mathieu a construit un dispositif visuel étonnant. Il mêle la projection d’un film narratif à des images fixes, et un plateau tournant fait glisser les acteurs de l’ombre à la lumière. D’une peinture de paysage bucolique, s’envolent tout d’un coup des nuées d’oiseaux noirs. Une loupe géante grossit de micro-événements  qui deviennent autant d’obsessions. » L’irruption brutale d’une absurdité logique » , chère  au créateur de Ferdydurke,  se manifeste ainsi tout au long du spectacle, avec une maîtrise admirable. L’espace feuilleté,
où gros plans et arrière-plans se superposent et  se dissolvent les uns dans les autres, est d’une grande beauté plastique et les acteurs, eux, évoluent dans une mascarade fantomatique.
La succession onirique des images nous plonge au cœur de la logique et de l’imaginaire de Gombrowicz mais le texte est souvent redondant quand, entre autres, l’aubergiste se lance dans son long récit, ou  quand  le narrateur déroule sans fin ses obsessions,  alors qu’elles sont présentes visuellement.
Et une diction et une bande-son dramatisantes alourdissent le spectacle. Où sont passés l’humour de Gombrowicz et sa faconde facétieuse ? La traduction, pourtant révisée par l’auteur en 1966 et ce surréalisme dans la veine d’un Bruno Schulz, mâtiné de Kafka sont aujourd’hui peut-être un peu datés. Pourtant, il faut voir ce spectacle pour les images qui nous propulsent dans le cosmos de l’enfant terrible de la littérature polonaise et remettent ses romans au goût du jour.

 Mireille Davidovici

Le Monfort 106 rue Brancion 75015 Paris ; 01 56 03 88  jusqu’au 16 décembre www.lemonfort.fr

 


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