Trois sœurs

Trois sœurs les3soeurs3

Trois Sœurs d’Anton Tchekov, d’après la traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan, mise en scène de Christian Benedetti.

  Le metteur en scène et directeur du Théâtre-Studio d’Alfortville avait déjà monté La Mouette et Oncle Vania dans une une mise en scène innovante .
 Un plateau en ciment, celui du sol d’un ancien entrepôt de vins, comme chez l’illustre Jacques Copeau au Vieux-Colombier. Pas de décors, des costumes qui sont ceux de la vie quotidienne actuelle, quelques accessoires indispensables, une salle qui reste toujours un peu éclairée, et des comédiens qui n’hésitent pas à observer de grands silences si nécessaire. Ils ont visiblement fait un long travail de compréhension du texte et ils  donnent une grande vérité à leur personnage, en parlant avec un débit très rapide. Comme souvent dans la vie, pendant un repas ou sur un portable dans le métro…Si bien que l’on retrouve un Tchekov comme à l’état premier, débarrassé de trop de petites coquetteries.
C’était parfois dans La Mouette, assez magique.
 Benedetti a remis le couvert cette fois avec Les trois Sœurs que nombre de metteurs en scène contemporains ont aussi recréé dont Langhoff. Et cela donne quoi? 
Sur le plateau,  vingt cinq chaises en hêtre blond verni, dont douze autour d’une longue table avec nappe blanche et les autres un peu partout.
Côté cour, un piano droit noir avec dessus, une photo du père des trois sœurs disparu (clin d’œil, c’est visiblement la tête d’Antoine Vitez qui fut le prof de Benedetti au Conservatoire…), une petite pendule murale et sur une chaise, très discret, le très fameux samovar, emblématique accessoire des mises en scène de Tchekov…(autre clin d’œil de Benedetti).
Pour le deuxième acte, dans la chambre d’Olga et d’Irina, deux petits lits blancs avec des paravents (les acteurs  manipulent eux-même,  vite et bien,  les éléments de décor). C’est tout et c’est suffisant.
 Au troisième acte, le vieux jardin, dépendant de la maison des Prozorov, avec sa terrasse et sa longue allée de sapins est ici évoqué par deux bancs de bois et une balançoire. Mais Benedetti n’avait guère d’autre choix…

Il sait faire circuler avec beaucoup de fluidité ses nombreux acteurs sur le plateau qui n’est quand même bien grand et les scènes s’enchaînent sans difficulté. Et il y a-et c’est très positif dans cette mise en scène-une connivence entre les personnages imaginés par Tchekov en 1900 et le public d’aujourd’hui.
Mais là où cela va moins bien, c’est dans le traitement qu’il inflige au texte. Dès les premières répliques, c’est un véritable marathon qu’il impose à ses acteurs. Et tous, y compris Benedetti lui-même qui joue le lieutenant-colonel Verchinine, boulent leur répliques avec une diction très approximative en deux heures chrono seulement. Comprend donc les répliques qui peut !
Au début, on est séduit par cette vérité ainsi rendue de la vie quotidienne mais très vite, comme cela tourne un peu au procédé, on écoute de moins en moins un texte inaudible dès le cinquième rang, et on en attrape donc une réplique par ci, une autre par là. 
Pourtant,  il semble que c’est avec une certaine lenteur dans le jeu que le public peut s’approprier chacun des nombreux personnages créés par Tchekov… Ce que Jacques Livchine et Hervée de Lafond avaient bien su faire avec leur mémorable Oncle Vania à la campagne.

  Benedetti dira sûrement que cette vitesse imposée aux acteurs participe d’une lecture  personnelle. 
On veut bien… mais ceux des spectateurs qui n’ont jamais vu Les Trois Sœurs, ont du mal à s’y retrouver. Quelques-uns s’en vont découragés. Sans doute, dans cette petite salle bourrée à craquer,  l’acoustique ne devait pas être la même le soir de cette première que pendant les répétitions, et les choses ont  dû,  depuis, bien s’améliorer. Il faudra revoir les spectacle dans quelques semaines; il a  visiblement besoin d’être encore rodé…
Par ailleurs, il est un peu difficile de  croire à la véracité de ces officiers russes, habillés au décrochez-moi ça et qui ont peu de présence et qui ressemblent à des soldats d’armée en déroute, sauf Verchinine sanglé dans son uniforme. Alors que dans la pièce-sinon on n’y comprend plus rien-ces officiers, comme nous l’avait précisé notre ami Gérard Conio, grand spécialiste de la Russie du 19 ème siècle- sont  l’équivalent russe de nos polytechniciens actuels  et représentent l’intelligentzia de cette ville de province…
 Quant à Olga, Macha et Irina en jeans ou robes actuelles, cela n’a rien de choquant mais il y a quand même un manque d’unité dans les costumes.
Mais  on l’impression que ce qui avait plutôt bien fonctionné pour les deux précédents Tchekov, trouve ici ses limites.
Cela dépend en fait des scènes et il y en a qui, grâce aux acteurs, gardent une belle émotion comme  au dernier acte, la confession d’André: “Où est-il mon passé? Où a-t-il disparu…” Et il y a la belle présence d’Isabelle Sadoyan qui joue Anfissa,la vieille nounou; elle est  absolument remarquable de vérité .
Alors à voir? A vous de décider… Ce n’est pas tout à fait Les Trois Sœurs de Tchekov, comme le dit l’affiche mais une lecture personnelle, plutôt réservée à des gens qui connaissent déjà bien la pièce et qui peuvent y trouver du  plaisir. Sinon, on risque d’avoir une image assez faussée de ces Trois Sœurs

Philippe du Vignal



Théâtre-Studio jusqu’au 14 décembre; et les 19 et 20 novembre au Théâtre du Beauvaisis à Beauvais (60); le 23 novembre à La Scène Watteau de Nogent-sur-Marne; du 16 décembre au 20 décembre au Centre Dramatique Régional de Tours; le 14 janvier 2014 au Théâtre Jacques Prévert d’Aulnay Sous-Bois (93) et du 20 janvier au 26 janvier à La Comédie de Saint-Etienne; les 30 et 31 janvier au Théâtre de Cachan (94); du 18 février au 22 février au Théâtre National de Toulouse. Le 8 mars au Pôle Culturel d’Alfortville (94) et du 14 mars au 22 mars 2014 à La Criée/Théâtre National de Marseille.

 


Autres articles

Pas encore de commentaires to “Trois sœurs”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...