L’orage d’Ostrovski

L’Orage d’Alexandre Ostrovski, mise en scène de Jernej Lorenci.  

Cela commence comme un talk-show télévisé mais décalé (les personnages portent des costumes « historiques ») et conduit par deux présentateurs exciwpid-Photo-16-nov.-2013-2308.jpgtés qui glosent avec leur micro sur les personnages, les groupes familiaux, et qui les présentent, puis les interrogent.Cela finit en tragédie, avec seule en scène, Katarina,  l’héroïne de L’Orage la grande sœur des femmes des pièces de Tchekhov. L’ « émission » est accompagnée par un quartette, l’Ensemble Volga .Quand les éclats du show s’apaisent et que l’intrigue se resserre,  impitoyable, autour des personnages d’Ostrovski, les musiciens demeurent assis sous une enseigne de néon blanc qui détermine leur espace scénique.
La musique-morceaux  classiques et populaires arrangés par Branco Rozman ou composés par lui-joue dans la mise en scène de Jernej Lorenci un rôle essentiel : elle intervient très souvent, ponctuant, créant une atmosphère, commentant l’action, ou même  jouant à la place des  comédiens…, ou se tait, mais son silence est plein de sens.Dans le jeu des acteurs et  dans  leur complicité profonde,   on perçoit très bien comment le travail sur le texte et sur la musique a été réalisé dans un processus collectif et sur le plateau même.Présence et engagement forts de ces comédiens dont certains ont été formés à Paris , chez Lecoq, au temps pas si lointains  où les élèves étrangers étaient beaucoup plus nombreux que les Français
Soumise à ce  traitement médiatique  initial,  aidée par des costumes portés en couches-la comédienne qui
joue Varia, belle–sœur de Katarina, dégrafe son costume historique pour apparaître dans une  robe rouge dessinée par un couturier d’aujourd’hui. La pièce d’Ostrovski se pare d’étrangeté et s’actualise tout à la fois, et fait passer le spectateur par toute une palette d’émotions, mais sans une once de sentimentalisme « à la russe ».
Jernej Lorenci cible le cynisme et l’hypocrisie des riches marchands, approfondit les  relations étroites  entre la mère et son fils.Tout se passe entre une longue table où les personnages peuvent s’asseoir pour manger, parler ou  regarder la télé-placée perpendiculairement à la scène et le quintette, ce qui permet des gros plans saisissants de visages en profil.
Les cinq actes d’Ostrovski sont joués en deux parties, et après l’entracte, l’espace jusque là ouvert, est cerné maintenant par trois murs gris et une porte. C’est dans cet espace abstrait que se produit le suicide final de Katarina, la seule qui ne supporte le mensonge ambiant, et qui a trompé son mari.
L’actrice se dépouille de sa robe de théâtre qu’elle fait glisser sur la  robe noire  de concertiste qu’elle porte en dessous, chausse des talons hauts et se dirige vers les chaises désertées par l’Ensemble Volga. Elle prend une clarinette abandonnée, le mot Volga se détache alors de l’enseigne de néon suspendue et descend lentement  à ses pieds ; il ne lui reste plus qu’à jouer la  musique de la disparition du personnage dans les eaux du fleuve… Cette image finale fait  sentir  toute la force d’invention de Jernej Lorenci qui, pour ce spectacle,  a reçu à Belgrade le prix de la mise en scène du BITEF .
On connaît aussi en particulier grâce au Festival Passages, Mladinsko une  autre troupe slovène,  dirigée par le metteur en scène croate Oliver Frljic  qui y avait présenté Maudit soit le traître à sa patrie ! Artiste audacieux, il n’hésite pas à prendre violemment le public  à partie. Frljic assemble les faits, accuse, dénonce ou pose des questions gênantes, il ravive les blessures-et il n’en manque pas dans cette partie de l’Europe- désigne des responsables, suscitant des accueils polémiques.
Jernej Lorenci ne fait pas partie encore de la liste internationale, commune et officielle, des programmateurs de théâtre, et c’est dommage. Il prépare actuellement un Macbeth… 

Béatrice Picon-Vallin

 

Théâtre Mestno à Ljulbljana  (Slovénie).

 


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