Promenade obligatoire, marche pour huit poppeurs

anne-nguyen1-philippe-gramard

Promenade obligatoire, marche pour huit poppeurs, chorégraphie d’Anne Nguyen

 

Les danseurs marchent énergiquement, de cour à jardin, en une traversée ininterrompue, dans des allées de lumière dont l’intensité varie subtilement. Ils passent un par un, puis par deux, puis par grappes, comme huit mondes anonymes, figures totem chargées d’énergie. Le poids des bras se fait sentir, comme des sémaphores et jouent entre désarticulation et désynchronisation. Tout est ordonnancé de façon précise, millimétrée, dans un environnement sonore en plusieurs plans et registres, avec enclumes, grincements, perceuse et dépaysement (musique originale de Benjamin Magnin).
«Pourquoi est-ce beau ? me demandais-je. Pourquoi la danse est-elle belle ? Parce que c’est un mouvement contraint, parce que le sens profond de la danse réside justement dans l’obéissance absolue et extatique, dans le manque idéal de liberté». Le titre de la chorégraphie est emprunté à Ievgueni Zamiatine, dans son œuvre de science-fiction intitulée, Nous autres, où l’utopie vire au cauchemar, dans une société totalitaire… vous avez dit imaginaire…?
Anne Nguyen, dans sa proposition chorégraphique, nous mène dans un monde robotisé et discipliné, jouant sur l’identique et le dissemblable. La chorégraphe est issue de la danse hip hop et break, qu’elle déstructure. En résidence pour la saison, au Théâtre 71, elle travaille avec les poppeurs dont le principe de base repose sur la contraction et la décontraction des muscles, en rythme.
Danseurs sans visage et comme déshumanisés, ils sont plus proches de gymnastes concentrés et tendus, inaccessibles. Ils évoluent en un ressac permanent, jouant entre accélération et décélération, lenteur et rapidité, solitude et regroupement, harmonie et dysharmonie, provoquant et défiant l’espace. L’un marche, plaqué au sol, dans l’ombre de l’autre.
Ils quittent à un moment le glissement continu latéral et travaillent la diagonale, l’angle, les saccades. Ils se rencontrent parfois, se touchent et s’enchevêtrent, ou semblent aussi comme englués. Les lumières les englobent, géométriques, et deviennent des quadrillages au sol, comme des grilles, évoquant déshumanisation et emprisonnement
Le mouvement décomposé fait penser à la fabrication d’un dessin animé, composé planche après planche, avec juxtaposition d’images. Chacun est une pièce de l’ensemble, comme un petit Meccano.
Au chant du coq, la lumière du plateau décline et le petit matin monte. A-t-on, avec eux, marché sur la lune, ou sommes-nous aussi devenus des lignes brisées, hors de tout système de communication ?

 

Brigitte Rémer

 

 

Spectacle vu le 13 novembre, au Théâtre 71-Scène nationale de Malakoff. Tournée en France, de janvier à juin 2014. Site : www.compagnieparterre.fr

 

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...