Swamp club

Swamp club, conception, mise en scène et scénographie de Philippe Quesne.

 

Swamp club  05scCe Swamp club de Philippe Quesne et de son équipe est une réussite. Et, en même temps, il manque quelque chose pour que le spectacle soit excellent. Réussite de l’espace: une maison/cube de verre avec une terrasse, un jardin et une  grotte souterraine (un abri). Là,  vit une petite  communauté en autarcie, avec animaux et plantes et même une mine d’or-allusion aux sept nains ? Au dehors, c’est la menace, nucléaire, écologique?
Poésie de cet espace bio-technologique, où vivent en harmonie, humains et animaux (une taupe  joue un rôle central), plantes et ordinateurs, micros, journaux lumineux…sauna). Harmonie présent/passé : contes de fée et quotidien, Chostakovitch, Schubert et Beethoven joués par un orchestre de chambre,  Brueghel et Robin des bois…
Réussite de l’intrigue: les résidents reçoivent trois nouveaux venus de Pologne, d’Islande, de Picardie, et leur font visiter le lieu. Le public profite de la visite. A la fin, nous assistons  à un exercice d’alerte, anticipant la catastrophe, la jouant, pour l’éviter peut-être. La menace est là, tout près, mais le pire n’est pas sûr (à l’opposé de Melancolia de Lars Von Trier).
Swamp Club
est une utopie, ou mieux un programme de vie pour aujourd’hui: une coupure  avec le capitalisme et la recherche de nouveaux modes de vie. C’est le fil renoué avec le grand  souffle des années 60, le mouvement qui donna naissance aux
communautés et  qui s’est éteint  vers 1980. C’est aussi un retour vers Thomas More, Campanella et Fourier.
Le spectacle atteint là ses limites. Le cadre est inventif, mais le contenu, la matière et la chair manquent. Les personnages n’ont pas d’épaisseur, pas de singularité, pas de rêve qui s’exprime ou se devine, pas de chant ou de cri. Pas de rapports entre eux, ni de désirs ou tensions. Des silhouettes. D’où parfois une impression de mollesse et un rythme trop uniforme…
Mais si Philippe Quesne travaille davantage ses personnages, il va devenir excellent.

René Gaudy

 T2G à Gennevilliers jusqu’au 17 novembre.

 

  

 


 


Archive pour novembre, 2013

Une saison au Congo

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Une saison au Congo d’Aimé Césaire, mise en scène de Christian Schiaretti.

 

1958. Dans le bar de Mama Makosi, à Léopoldville, la bière coule à flots, et c’est l’effervescence des luttes politiques qui vont bientôt mener le pays à l’indépendance. Les Belges vont sortir Patrice Lumumba de sa prison pour le faire siéger à la table ronde de Bruxelles qui prépare l’indépendance du Congo enfin proclamée en juin 1960. Lumumba est alors élu premier ministre de la république du Congo.
  Le peuple en liesse trinque, danse et chante, mais on voit les ex-colonisateurs comploter dans l’ombre pour garder la main-mise sur les richesses du pays. Fiers de leur ruse, ils entament à leur tour le cha-cha-cha de l’Indépendance. Car, « quand le buffle est blessé, il est plein de menaces». Et  ils iront jusqu’à encourager la sécession du Katanga, province des mines d’or, de diamant, de cuivre et autres métaux précieux.
Lumumba dénonce alors ces manœuvres  mais  sera écarté du pouvoir au bout de six mois, et assassiné avec le concours de son ami, le traître Mobutu et la neutralité complice de l’ONU manipulée par les Américains. Si le destin tragique de Patrice Lumumba constitue le fil conducteur de la pièce, le Congo en est aussi le personnage central dont l’indépendance a incarné un temps les espoirs de l’Afrique.
Aussi, le peuple est-il fortement présent sur la scène : Christian Schiaretti convoque une quinzaine de comédiens d’origine africaine, et une dizaine d’Européens pour incarner près de cinquante personnages… Un plateau en forme d’arène, tour à tour cabaret, place publique, prison, salle de conférence, salle du conseil des ministres, club de l’élite… Cela permet de glisser d’une séquence à l’autre dans un mouvement de foule perpétuel, d’où émergent les nombreux protagonistes.
Ce traitement choral admirablement orchestré confère à cette Saison au Congo une énergie à la hauteur de l’écriture d’un des plus grands poètes de la scène francophone.
Et la musique de Fabrice Devienne soutient l’action tout au long du spectacle. En ambiance discrète ou prenant le dessus, elle intervient en contrepoint ou en harmonie.
Marc Zinga compose un Lumumba nerveux et idéaliste, tel que l’a conçu Césaire, contrastant avec les politicards pleutres ou ambitieux de son entourage et avec les européens obséquieux et menteurs. L’auteur n’a rencontré qu’une seule fois Patrice Lumumba, en janvier 1960, à Bruxelles, à la veille de l’Indépendance. Pour écrire sa pièce, il s’est inspiré de témoignages directs et de documents retraçant la tragédie congolaise : Un Saison au Congo, montre bien, sources historiques à l’appui, les mécanismes à l’œuvre contre l’instauration d’une véritable démocratie rêvée par Lumumba.
Mais c’est aussi un immense poème dramatique, à la langue charnue, et émaillé d’images. Chantre des luttes pour les indépendances, il fait du personnage de Lumumba une figure prométhéenne, l’érigeant en héros tragique, tout comme le Christophe haïtien de sa première pièce.
Il les veut « visionnaires très en avance sur leur époque, pas plus politiciens l’un que l’autre, lancés derrière un idéal très noble ils perdent contact avec une réalité qui ne pardonne pas… Lumumba comme Christophe sont des vainqueurs qui se dressent, alors que tout s’écroule autour d’eux… »

Aimé Césaire donne ici, grâce à la mise en scène de Christian Schiaretti, une magnifique leçon d’histoire et, s’il prend clairement partie, il n’est jamais manichéen, et ne fait pas plus de cadeaux aux Africains et à un Lumumba affaibli par son idéalisme, qu’aux Occidentaux.. Il ose malgré tout défendre l’utopie, même si elle se brise contre les appétits carnassiers des uns, les haines ethniques des autres, les petites mesquineries et les grandes trahisons. Même si ce rêve d’une courte saison s’est mué en un long cauchemar, il nous sera encore permis de rêver avec lui, mais en toute lucidité.
Merci à toute l’équipe du spectacle de nous faire entendre la voix de celui qui, mort en 2008, a demandé qu’on grave sur sa tombe : « J’habite une blessure sacrée / j’habite des ancêtres imaginaires / j ’habite un vouloir obscur/ … »

Mireille Davidovici

Les Gémeaux 49 avenue Georges Clémenceau à Sceaux, jusqu’au 24 novembre. 8-24 novembre  T : 01 46 61 36 67  www.lesgemeaux.com

Le texte de la pièce est publié aux Editions du Seuil.

The old Woman

 

 

 

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The old Woman, d’après l’œuvre de Daniil Kharms, mise en scène de Robert Wilson ( en anglais surtitré)

68527465_theoldwomanrehearsals03creditluciejansch-300x168The Old Woman est la première des œuvres de Bob Wilson mises au programme du cycle qui lui a consacré le Festival d’Automne.
C’est une création brillantissime-très visuelle-avec deux acteurs/danseurs : le chorégraphe bien connu Mikhail Baryshnikov (voir l’entretien avec lui de Nathalie Marcovics dans Le Théâtre du Blog) et le grand acteur américain de cinéma Willem Dafoe).
Sur scène, avant que le spectacle ne commence, une toile dans la tradition de la courtine, qui résumait au 19ème siècle, le spectacle avec des images de la pièce qui allait se jouer, et dont raffolait Jérôme Savary. Courtine en noir et blanc mais aux allures enfantines -avec la reproduction d’une gravure du 18ème siècle où l’on peut voir plusieurs attelages de chevaux- et avec, sur les côtés de la toile, des dessins d’alligator, gros poisson, et hippopotame.
Et on retrouvera plus tard sur la scène, un coq en deux dimensions jaune à la crête rouge. (Toujours la même fascination de Wilson pour la faune domestique ou sauvage depuis Le Regard du sourd !).
En arrière-plan, une chaîne de montagnes, et suspendus à des fils, au-dessus et à côté de cette courtine, en deux dimensions, un grand chien de paillettes rouges , et un homme en queue-de-pie bleu, gants et chapeau haut-de-forme rouges, pantalon jaune, qui tient une chambrière. En rapport avec les chevaux de la gravure?
En bord de plateau, et face public, dix tubes fluo assez agressifs, utilisés comme éblouisseurs pendant les changements d’éléments scéniques. (Un peu  pénible…) C’est une merveille de poésie que la première image très plastique où l’on voit les deux compères, sortes de Wladimir et Estragon (Wilson se souvient sans doute ici de Beckett dont il avait monté aussi Oh ! Les Beaux jours et La dernière Bande qu’il avait joué lui-même… Le visage blanc avec de larges cernes noires autour des yeux, les lèvres rouge très foncé, cheveux noirs avec une mèche ondulée et bien raide vers la gauche pour l’un, vers la droite pour l’autre. Clowns à la fabuleuse gestuelle, que ce soit chez le comédien ou le danseur !
Ils sont en costume et cravates noirs et chemise blanche, et assis tous les deux sur une longue escarpolette, dans un beau ciel bleu suggéré par cette toile de fond aux lumières colorées et changeantes, devenue depuis longtemps un des éléments incontournables du vocabulaire pictural de Bob Wilson, un peu comme sa signature.
C’est un drôle de couple, à la fois triste et burlesque à la fois,  avec  deux pantins mécaniques articulés mais aussi merveilleusement vivants qui vont prendre à leur compte, avec des micros HF-mais très bien  réglés comme toujours chez Wilson-les phrases absurdes de Daniil Harms, (graphie habituelle en français), avec une gestuelle aussi rigoureuse et précise que répétitive, correspondant au texte teinté d’absurde lui aussi,  et répétitif des textes assez courts du poète russe (né en 1906 et mort dans un service psychiatrique en 1942, grâce aux sbires staliniens).
Cela fait parfois penser au magique et  célèbre opéra Einstein on the beach de Wilson qu’avec beaucoup de chance,  vous parviendrez peut-être à voir en janvier au Théâtre du Châtelet… Si vous avez êtes parmi les heureux élus à avoir une place…
La répétition était assimilée par Freud à une pulsion de mort et, on le sait, c’est un des thèmes les plus constants chez Bob Wilson, et un des outils musicaux de Phil Glass, le compositeur d’Einstein on the beach. Wilson qui a échappé à un accident cardiaque il y a quelques années, semble pratiquer ici une fois de plus une sorte d’exorcisme de la mort en parfait accord avec le texte de Harms  et, à 70 ans, semble adopter le point de vue de notre Montaigne: « Otons-lui l’étrangeté, pratiquons-le, accoutumons-le, n’ayons rien souvent en la teste que la mort : à tous instants représentons-la à notre imagination en tous visages » .
Le texte de La vieille Femme (1939) a fait l’objet d’une adaptation par Darryl Pinckney qui l’a sans doute quelque peu «américanisé», et on ne retrouve pas tout à fait ici cet absurde russe qui s’attache aux objets comme à la conduite des personnes.
C’est une histoire à la Harms,  tout à fait loufoque,  aux allures de cauchemar permanent et où aucune réalité n’est tangible : une vieille dame puis une autre etc.. se penche par la fenêtre et tombe sur le trottoir, morte sur le coup.Les chiffres se bousculent aussi chez Harms, sans qu’on sache pourquoi et on lit l’heure sur de grosses pendules qui n’ont pas d’aiguilles. Où encore  on apprend  » une droite brisée en un point forme un angle, alors qu’une droite brisée en tous ses points forme une courbe ».
Wilson, quarante ans après Le Regard du sourd, sait comme personne, épaulée par une équipe de techniciens de grande valeur, construire un espace visuel et un temps  inimitables, en même temps qu’un environnement sonore et musical d’une qualité exceptionnelle. Et la musique d’Had Willner accompagne très bien l a gestuelle tout à fait au point de ces deux clowns .
Avec un  jeu de lumières assez bluffant, Bob Wilson arrive à colorer juste un visage ou un objet, ce qui suppose un long travail de conception et de réalisation mais le metteur en scène d’origine texane ne doute de rien et ne vit que pour le spectacle. A l’opposé aussi de tout naturalisme bien entendu-chose qu’il déteste, il y a nombre de sculptures signées aussi de lui, comme cette veste simplement pendue à un crochet, un petit avion coloré de lumière rouge, des chaises droites/sculptures, d’étroits lits de fer blancs cassés en deux et comme flottant en l’air, ou ce magnifique et drôle de banc au dossier de lattes de bois de plus de trois mètres avec une lumière fluo qui monte derrière (comment dire les choses de façon plus précise?).
Certes, les vieux Wilsoniens râleront sans doute : c’est parfois difficile de suivre à la fois les images et le t surtitrage, et il y a des choses que l’on déjà trop vues dans ses spectacles récents … et moins récents, comme ce fond de scène qui change souvent de couleur : Wilson sait faire mais c’est de la pure virtuosité et de l’auto-académisme assez agaçants qui tournent au procédé et qu’il aurait pu nous épargner. Et la toute dernière partie du spectacle, qui parait trop long (alors qu’il ne dure qu’une heure quarante),  mouline un peu… avec une fausse fin, chose étonnante chez lui, le maniaque de la précision.
Malgré ces réserves, reste un spectacle exceptionnel, de par sa force,  son unité gestuelle, sonore et visuelle et sa beauté incandescente, et  qu’il ne faut pas rater,  surtout si vous n’avez jamais vu de spectacle de lui.

Philippe du Vignal

Festival d’automne/Théâtre de la Ville. T: 01-42-74-22-77 ou 01-53-45-17-00. Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 15 heures, et samedi 23 novembre à 15 heures. Programme du cycle Robert Wilson: festival-automne. com

L’Avare d’après Molière

L’Avare d’après Molière, mise en scène d’Ivo Van Hove.

L’Avare d’après Molière images1 Le metteur en scène belge Ivo Van Hove, directeur du Toneelgroep d’Amsterdam, revient à Créteil avec L’Avare, version corrigée et revue à la hausse, selon la vie agitée de ce début de siècle.
La grande scène de la MAC, que les comédiens  traversent de cour à jardin, propose au regard un appartement ultra-moderne et chic, digne des plus grands palaces. Des murs  et un  sol, d’une blancheur sans âme. Vastes chambres avec dressing adapté, living majestueux aux  fauteuils de cuir noir, et très nombreux  salons.
Sur les tables basses, trône l’arme de nos temps incertains, plus d’une demi-douzaine d’ordinateurs qui donnent  en continu le cours des places boursières de la planète. À côté des mobiles, un ou deux que chacun consulte sans discrétion, l’info financière est diffusée en boucle et constamment actualisée, à portée de clic, dans un univers de luxe standardisé dont l’ambiance d’hôtel froide et impersonnelle fait penser à tous les Hilton de la terre.
L’appartement d’Harpagon, situé dans les hauteurs d’un gratte-ciel, tourne autour d’un vide vertigineux dont les profondeurs font entendre les trépidations des moteurs de véhicules rageurs. Dans cette maison sans mère, des poubelles gorgées, papiers éparpillés, canettes de bière, emballages et détritus sur le sol, à côté de paires de chaussures paradoxalement rangées …
Et tenue vestimentaire rigoureuse et obligatoire pour tous quand on fréquente les marchés boursiers. Le maître de céans, lui, l’avare, le bien-nommé, songe à se remarier avec une jeunesse, d’autant que la jeune fille semble bien modeste et peu dépensière. Son fils, Cléante, ne l’entend pas de cette oreille, lui qui éprouve un penchant réciproque pour la même Marianne. Avoir son père pour rival !
Quant à la sœur, Élise, qui file le grand amour avec Valère, déguisé en intendant chez son père, elle est promise au seigneur Anselme, un veuf de la génération parentale. Rien ne va donc  plus pour les jeunes gens de la maison, et La Flèche, le valet de  Cléante, aimerait s’approprier la clé USB d’Harpagon. Pour l’agacer.
Frosine, l’entremetteuse, aux allures de responsable des ressources humaines dans une entreprise internationale. BCBG, veste et pantalon de prix, chemisier clair, bijoux ostensibles et brushing approximatif, elle est partagée entre deux ou trois interlocuteurs peu fiables au bout de ses nombreux mobiles. Comment gagner de l’argent? Seul l’avare qui porte encore beau, semble connaître la clé de l’enrichissement,  mais  reste fermé sur lui-même, obsessionnel et sûr de lui. Il n’écoute personne…
La mise en scène est efficace, malgré l’absence de surprise, et se rapproche de l’esprit d’une énième série télé. C’est tout le reproche qu’on peut lui faire car les comédiens sont pleins de conviction, comme Hans Kesting, l’Avare, vers lequel tous les regards convergent.

Véronique Hotte

 

 

  MAC de Créteil. T : 01 45 13 19 19  du 14 au 16 novembre.

 

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Arable

Arable de Karima El Kharraze.

  Ce retour sur leur enfance de deux jeunes filles marocaines a une saveur douce-amère. « On veut tous tuer l’arbre qui est en nous ! » Devant huit panneaux blancs mobiles, deux jeunes filles rêvent en arabe et en français : l’enfance, les cafards à la maison, le français c’est la langue de l’école, la langue de la compétition, des poésies, on récite la fable Le loup et l’agneau mais on chante l’hymne marocain en arabe.  Il y a l’espoir de la marche pour l’égalité de 1983, et le bicentenaire de la révolution en 1989.
  On présente des personnages à partir de petits objets qu’on décroche d’une grille. « Je suis normande, mes parents sont marocains ». À Essaouira, les deux hémisphères d’un cerveau de mouton symbolisent l’écartèlement du vécu de ces deux filles.       
  L’appel au lycée: Rachida, Soraya, Farida, les profs se trompent et les confondent…La banlieue,  c’est la terre de celui qui va disparaître dans le sol de l’usine fermée. « C’est le prix de kilo de tomates qui me rend folle ! ».
 Ce voyage dans l’enfance d’une jeune marocaine conté avec une belle simplicité par deux comédiennes a été construit à partir de plusieurs confrontations avec le texte de Karima El Kharraze. Il a captivé le jeune auditoire métissé qui a pris part au long débat à l’issue de la représentation.

Edith Rappoport

Arable se jouera  à la Parole Errante à Montreuil  le 30 novembre, au Collectif 12 de Mantesla-Jolie les 12, 13 et 14 mars  à Évreux le 19 mars et en tournée au Maroc en avril.

Claire Lasne-Darcueil

Claire Lasne-Darcueil,  nommée directrice du Conservatoire national.

Claire Lasne-Darcueil dans actualites a-45-ans-claire-lasne-darcueil-s-offre-un-nouveau-challenge_276051_536x381pEnfin une bonne nouvelle dans les nominations à la tête de grands établissement nationaux … A 47 ans, Claire Lasne-Darceuil  sera la première femme-pas trop tôt! -à diriger le Conservatoire national.
Cela n’allait plus du tout, et depuis trop longtemps, entre l’équipe de professeurs  et le directeur du Conservatoire national.  Daniel Mesguisch avait sans doute accumulé trop d’erreurs de tir et de  réformettes inutiles, si bien que l’on ne voyait plus très bien la ligne pédagogique de cette école. Et les petites phrases assassines se succédaient donc à un rythme soutenu. Plus grave,  Mesguisch avait récemment subi les attaques  régulières et impitoyables des élèves auxquelles il avait répondu de façon plus que maladroite. Il était donc grand temps qu’Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, règle la chose!
Nous avons tous en mémoire le Platonov de Tchekov que Claire Lasne-Darcueil-et elle n’avait pas trente ans- avait monté au Paris-Villette et qui l’avait aussitôt consacrée comme une excellente metteuse en scène.
Elle avait ensuite, de 98 à 2010, dirigé le centre dramatique de Poitou-Charentes où elle avait innové en créant des spectacles sous chapiteau puis elle fut ensuite à la tête de la Maison du comédien Maria Casarès.
Claire Lasne-Dracueil avait dirigé un stage Tchekov associé à un autre stage consacré à des exercices physiques à L’École du Théâtre national de Chaillot il y a quinze ans, et un des ex-élèves rencontré par hasard aujourd’hui, quand nous lui annoncions la bonne nouvelle, se souvenait encore de tout ce qu’elle avait,
une semaine, apporté d’énergie et d’efficacité pédagogique. C’est un signe qui ne trompe pas!
  Elle en aura bien besoin pour ramener la paix et relancer cette école au passé prestigieux qui commençait aussi à souffrir  de la concurrence des autres écoles et conservatoires français, faisant preuve de plus d’imagination… Mais on sait que diriger une école de théâtre et en particulier celle-ci-pourtant richement doté- n’est pas toujours un cadeau. Bon vent Claire Lasne-Darcueil, vous avez largement le potentiel indispensable pour réussir.

Philippe du Vignal

La Bonne Âme du Se-Tchouan

La Bonne Âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht, mise en scène de Jean Bellorini

La Bonne Âme du Se-Tchouan labonneame-polo-garat-odessasc_6810Bertolt Brecht a écrit La Bonne Âme du Se-Tchouan de 1938 à 42, pièce « constructive », à portée dialectique dont la parabole prend racine dans la province éloignée du Se-Tchouan.
Trois dieux visitent cette région orientale sinistrée, enclavée au milieu du continent asiatique. A la recherche de la bonté humaine, puisque notre monde à la dérive, vieux de deux mille ans, ne peut décidément pas continuer ainsi, dans l’errance de valeurs universelles bafouées : « Qu’est-ce qu’ils ont tous à faire des affaires ? »
Il faut trouver aux «éclairés» d’en haut, des âmes d’en-bas dignes de leur gouvernement. Au centre de la fable brechtienne, il y a Shen Té, la petite prostituée qui accepte d’ouvrir sa porte aux trois dieux, tandis que Wang, le porteur d’eau aux bonnes intentions, n’assume pas le choix de l’hospitalité; il préfère un salut égoïste à travers sa survie individuelle.
De son côté, la belle âme, une fois repérée, ne peut assumer seule les travers obligés d’une société moribonde : « Elle a commis l’erreur impardonnable de donner asile à des malheureux…»La jeune femme trop sensible, alors qu’il lui faut être pragmatique et réaliste, se voit dans l’obligation de bifurquer de son droit chemin, et « se divise » en s’inventant un cousin, Shui Ta, une moitié d’elle-même masquée et masculine. Cette face-là virile remédie à la compassion féminine en usant de rigueur et de brutalité dans la violence du commerce qui fait vivre d’ailleurs bon nombre d’autres âmes. Shen Té résiste même à la puissance de l’amour et aux « démangeaisons de la chair » car aimer coûte trop cher au cœur et aux finances.
Même les dieux semblent dépassés par la rigueur des temps : comment sortir de la spirale oppressante des sifflements entre liberté et aliénation ?
Pour Jean Bellorini et sa compagnie Air de Lune, l’atmosphère brechtienne se rapprocherait plutôt des Bas-Fonds de Gorki ou bien des Misérables de Hugo, une œuvre à partir de laquelle il a inventé avec bonheur Tempête sous un crâne. Et dernièrement,  il avait réussi un  spectacle truculent Paroles gelées d’après Rabelais.
Cette mise en scène, un rien mélo, de La Bonne âme aurait gagné à avoir  davantage de lumière et de peps. L’ambiance noire ne sort pas de la mélancolie : petit peuple misérable des exclus de tous les temps, costumes de récup des années cinquante, chaises en formica, sacs poubelle  noirs et rappels d’images des petits roumains dans les rues…
La leçon-assez austère et démonstrative-pèse  et  manque de rythme et d’intensité dans les changements de tableaux.Toutefois, le spectacle est de qualité, grâce à l’enchantement d’un art instinctif de la scénographie : guirlandes souriantes de petites lumières  qui forment  magiquement  une  voûte céleste et jeu glamour des éclairages de cabaret quand un personnage fait avec brio un solo sur le plateau.
Un petit escalier en colimaçon monte à l’étage où se tiennent les musiciens et le chœur des comédiens. On retrouve ces mêmes comédiens choristes en bas, modestement assis en rang comme à l’école. Près d’un triporteur bleu-vert, caractéristique de l’Asie, des prostituées adossées à un mur chantent un Requiem ou un Stabat Mater. La griffe Bellorini est magique, et, militant avec rage pour que « cesse ce bruit sur la terre qu’il n’y a plus de vie possible pour les bons… », il arrive à ensorceler la salle.
Tous les acteurs excellent, illustrateurs d’un théâtre engagé de sens et d’émotions. Travestis, déguisés, ou eux-mêmes, Karyll Elgrichi, Marc Plas, Marie Perrin, François Deblock, Geoffroy Rondeau, Camille de la Guillonnière… et, remarquables, des comédiens d’une toute autre génération: Danièle Ajoret et Claude Evrard.
Malgré sa touche mélo, La Belle Âme fait vibrer les cœurs au-delà des pleurs.

Véronique Hotte

Ateliers Odéon- Berthier 17e jusqu’au 15 décembre. 

Tél : 01 44 85 40 40

Les damnés de la terre

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Les Damnés de la terre
d’après l’œuvre de Franz Fanon, mise en scène de Jacques Allaire

 

Préambule : un homme, une femme. «Je ne peux pas tirer sur les blancs », dit-elle, – Ils vont se gêner, eux », répond-il. « Je suis une damnée, rétorque-t-elle un peu plus loin, coupable sans passé ni avenir nègres.» Encore plus loin : «Toute cette blancheur me calcine !» Un prélude qui expose en quelques répliques toute la dialectique de Fanon.
«Européens, ouvrez ce livre, entrez-y. Après quelques pas dans la nuit vous verrez des étrangers réunis autour d’un feu. Approchez et écoutez : ils discutent du sort qu’ils réservent à vos comptoirs, aux mercenaires qui les défendent. Nous sommes en 1961, en pleine guerre d’Algérie, quand Jean-Paul Sartre préface Les  Damnés de la terre. «Fanon vous explique à ses frères et démonte pour eux les mécanismes de nos aliénations », ajoute le philosophe.
Adapter l’œuvre de Fanon au théâtre est une gageure. Publiée quelques jours avant sa mort alors qu’il avait rejoint le FLN, désertant l’hôpital de Blida où il était psychiatre, ce livre incandescent, brûlot écrit dans une langue magnifique, d’un lyrisme désespéré et inspiré, deviendra le porte parole des révoltes à venir.
Jacques Allaire a procédé comme à l’accoutumé. Avant chaque mise en scène, après une longue fréquentation de l’œuvre, il dessine des espaces, des ambiances, dispose des corps et des touches de couleur, au crayon ou à l’aquarelle. « J’essaye de perpétrer le théâtre comme je rêve », explique-t-il. « Je m’abandonne aux sensations/émotions/ réflexions qui me traversent.» Ces croquis dont certains sont reproduits dans le programme, composent autant de tableaux qui constitueront le spectacle. « Progressivement, je fais parler mes dessins avec le texte, coupé, collé fractionné, redécoupé, recollé. » Reste aux comédiens à entrer dans cet univers.
Ils sont six, émergeant de la nuit, hommes et femmes, noir charbon. Il y a de la terre dans laquelle ils se rouleront ; de l’eau, qui lavera leur teinture de scène, laissant apparaître des corps noirs et d’autres  blancs ; des arbres qui poussent au plafond.
Comme le texte, le décor est à géométrie variable. Il s’ouvre et s’éclaircit progressivement. Les grillages en fond de scène sont des lits d’hôpital dressés à l’horizontale ; ils prendront leur place au tableau 3 dans une salle d’hospice où défilent les traumatisés de la guerre d’Algérie (bourreaux comme victimes) et les horreurs qu’ils ont subies ou fait subir. L’espace est bientôt transformé en salle de classe : au tableau noir,  on inscrit des slogans et des maximes.
Cette approche de plasticien permet de dégager la poétique d’un texte injustement tombé dans l’oubli, d’en faire émerger des images fortes, rendant à cette écriture sa juste violence teintée d’humanisme sans qu’elle dérive jamais dans la langue de bois ou le didactisme. « Affirmer et revendiquer son humanité » ; « Etre homme et rien qu’homme » voilà ce à quoi «nous les bêtes au sabots de patience » aspirons, tout en restant  « en communion avec le cosmos » «dans la sérénité marine des constellations ».
Il est urgent d’entendre à nouveau cette parole, de partager cette pensée, restituées ici avec bonheur. Et de relire Fanon *

Mireille Davidovici

* Peau noire masques blancs (1952), Points Seuil.  L’an V de la révolution algérienne(1959), réédition La Découverte Les Damnés de la terre (1961, Maspéro), La Découverte. Œuvres ( réunissant ses quatre livres publiés), La Découverte

 Tarmac, 159 avenue Gambetta 75020. 0143 64 80 80 du 5  au 6 décembre.
www.letarmac.fr
et le  30 janvier:Théâtre Jacques-Coeur ,Lattes ; 11 février : L’Estive scène nationale de Foix ; 13 février :Théâtre des Trois Ponts, Castelnaudary ; 11-12 mars : Théâtre du Beauvaisis, Beauvais ; 18-21 mars :Théâtre Jean Vilar, Montpellier.

Le monstre des H.,western gothique

Le monstre des H.,western gothique, d’après Richard Brautigan, adaptation, mise en scène et conception visuelle de Monica Espina.

Le monstre des H.,western gothique le-monstre_26D’élégants cow-boys vous accueillent. Élégante simplicité, très évocatrice de leurs costumes, élégante malice de leur tics et mimiques, du côté de Paul Newman plus que de John Wayne. Ils nous présentent leur auteur, Richard Brautigan : poète de la “beat generation“, écrivain reconnu puis oublié, figure de Haight Ashbury dans le San Francisco de la fin des années soixante, venu respirer avec ses copains Jim Harrisson, Peter Fonda et autres solides buveurs le bon air du Montana…
Le Montana, justement : la compagnie, ayant trouvé une résidence en Seine et Marne au château de Blandy-les-tours, s’est avisée que l’est de l’île de France pouvait ressembler, de loin et avec beaucoup d’humour (quoique) au grand ouest : c’est ce qui s’appelle faire feu de tout bois. Mais ici, point de feu ; juste un écran où sont projetées in vivo et en double – ils sont bien là avec nous – les aventures de nos deux cow-boys et d’une charmante dame qui sait au besoin se démultiplier.

Voici l’histoire : tueurs réputés, et qui répugnent parfois à tuer, ils sont invités détruire le monstre tapi dans les cavernes de glace, sous la maison, et plus particulièrement sous le laboratoire, du savant Hawkline, lui-même étrangement disparu. Vont-ils triompher du monstre ? Vont-ils être dévorés?
On ne vous en dira pas plus : il faut absolument courir à l’Échangeur de Bagnolet découvrir la suite de l’histoire. Monica Espina et sa troupe – trois sur le plateau, elle en coulisse et une fée de la vidéo en régie- ont inventé un délicieux jouet théâtral. C’est à la fois d’une impeccable précision et d’une fantaisie réjouissante. La vidéo tient une grande place dans cette affaire : elle joue sur la narration comme Brautigan joue sur les codes du western et de la littérature “gothique“.
Bidouillée en direct, elle répond aux comédiens, les dédouble, les triple, les efface –mais ils ne se laissent pas faire. Si c’était elle, le monstre, ça se saurait : on est dans le théâtre le plus artisanal, le plus vivant qui soit. Tout est manipulé à vue, ou presque, dans une économie joyeuse et efficace. Le message ? Rien que du plaisir, et puis, oui : le “déclin de l’empire américain“, déjà pointé du doigt par cette “beat generation“ qu’on aurait tendance à oublier un peu. Et la désacralisation de la technique : ni plus ni moins qu’une boîte à outils, maniable et légère.
On vous aime, chers Etasuniens, on adore votre cinéma et votre silicon valley, mais vous nous les avez assez imposés pour qu’on puisse au moins en rire…

Christine Friedel

Théâtre de l’Echangeur, les 8, 9 12 et 13 novembre. 01 43 62 71 20

Orlando

Orlando, un texte de Virginia Woolf, un spectacle de Guy Cassiers et Katelijne Damen

Orlando imagesOn savait l’intérêt du metteur en scène flamand Guy Cassiers pour la littérature ; il a brillamment adapté au théâtre À la recherche du temps perdu de Proust. Avec la comédienne Katelijne Damen de langue néerlandaise, le plasticien doué, amateur de vidéo et de technologies avancées – réseau sons et images -, cosigne dans une rigueur étincelante Orlando de Virginia Woolf, un spectacle donné au Festival d’Avignon en 2013, vingt ans après que Bob Wilson ait créé un Orlando qui, avec Isabelle Huppert, fit date. Le roman anglais paraît en 1929 : un voyage épique, une errance imaginaire et contrôlée dans l’histoire et les cultures de l’Europe, une traversée spatio-temporelle colorée, une envolée rêveuse dans un monde de sensations à explorer. C’est à partir de la prose poétique woolfienne, l’intensité de son écriture fouillée et la force stylistique de son verbe à la fois pur et baroque, que s’accomplit le déroulement onirique de la vie d’Orlando. Un jeune lord anglais de l’époque élisabéthaine fait l’expérience de la vie et reste éternellement jeune malgré ses trois siècles, jusqu’à l’époque victorienne et le moment final de l’énonciation en 1928, date de l’écriture du roman. Amant épisodique de la reine d’Angleterre, le jouvenceau élisabéthain tombe éperdument amoureux d’une jeune beauté slave de l’ambassade moscovite à Londres. Il est prêt à s’embarquer avec elle pour la Russie. Or, le climat est au Grand Gel dans les Îles Britanniques et s’amorce contre toute attente, la débâcle du dégel. En suivant la rive du fleuve en crue de la Tamise jusqu’à la mer, Orlando qui a éperonné son cheval et part au galop vers la mer, constate que les flots jaunes ont remplacé la glace et que les eaux tourbillonnantes emportent les morts. Après avoir insulté vainement l’infidèle Sasha, il gît en transes durant sept jours sans paraître respirer. Sommeil ou guérison, Orlando apprécie de nouveau la vie en la séparant de la mort : il sait goûter désormais au présent. Le héros affectionne les vastes paysages de la Nature, les forêts de hêtres qu’il arpente jusqu’à une colline couronnée d’un chêne solitaire dont les racines profondes servent de point d’appui à son épine dorsale, « car il avait besoin d’amarrer son cœur à la dérive ». Après avoir rompu avec les hommes, atteint depuis longtemps par l’amour de la littérature, le malheureux se met à écrire un poème commencé dans sa jeunesse, Le Chêne. Mais à force de l’écrire, il le « désécrit » dans le même temps. Nommé ambassadeur à Constantinople, il regarde vivre cette ville bruissante, en respire le levain, l’encens, les épices et les parfums. Nommé duc, il donne un festin d’une splendeur inconnue. La fête finie, il s’endort sans s’éveiller encore, nul signe de vie si ce n’est sa respiration égale et l’incarnat de ses joues. Mort ? Non ! Il est métamorphosé en femme, tout en ne changeant pas. La dame quitte Constantinople pour vivre quelque temps dans le campement d’une tribu de bohémiens. Elle fait l’épreuve de sa différence ; la séparation ancrée des hommes d’avec les femmes est irréversible. Orlando rêve : une zone obscure lui apparaît dans ses songes, avec son creux de verdure, un parc, une pelouse plantée de chênes avec ses grives et ses cerfs gracieux dans les ombrages : le désir d’un retour londonien. Le bateau remonte la Tamise, un matin de septembre. Ravie par la gloire de Londres, en robe de taffetas gris-perle, la belle femme vacille d’un sexe à l’autre, dans la contemplation, la solitude et l’amour. Les temps changent entre la fin du XVIII é et le XIX é commençant : elle décide de prendre mari, selon la coutume du siècle, un beau mâle viril qui rêve de doubler le Cap Horn en pleine tempête. Demeure, en son cœur d’homme et de femme, sa propre invention, le manuscrit du Chêne.
Vêtue d’une ample robe blanche de cour, jupe aux plis souples et corsage à jabot de dentelles, Katelijne Damen déroule le fil littéraire de l’œuvre, jouant tel personnage ou tel autre, ironisant sur la distance entre réalité et fiction que n’assume pas le biographe moqué. Le spectacle, entre musique de clavecin ou pleurs de violoncelle, avec ses panneaux renversés sur le sol qui se reflètent sur le mur frontal – dessin dans le dessin, palimpsestes sur le tapis -, entame une profonde réflexion esthétique et scénique sur le temps qui passe et la fragilité existentielle, d’un siècle à l’autre.

Véronique Hotte

Du 5 au 10 novembre 2013 au Théâtre de la Bastille. Tél : 01 43 57 42 14

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