Regards de Séverine Fontaine

regards

Regards de Séverine Fontaine.

 

Parmi les nombreux spectacles proposés ce mois-ci à la Maison des métallos, on a pu voir Regards de  Séverine Fontaine qui, après avoir été longtemps comédienne, a fondé le collectif IKB en 2002. A mi-chemin entre théâtre et installation, elle propose une forme dramatique où elle s’intéresse d’abord aux autres, notamment les personnages âgées et les adolescents comme dans son projet Filaments.
Un chemin nécessaire pour lui amener le recul et la maturité et pour enfin nous parler d’elle. Séverine Fontaine est née avec une malformation faciale, même si ce n’est pas un beau bébé, ses parents sont derrière elle, particulièrement sa mère qui l’enjoint à garder la tête haute et à rendre le regard à ceux qui la dévisagent.
Le spectacle raconte différents moments de vie précis ou ressentis de cette grande épreuve. Comment supporter le regard des autres ? Comment grandir, avoir des ami(e)s, vivre sa puberté et devenir une femme ? Autant de questions rendues encore plus difficiles pour cette jeune fille. Elle connaîtra une quinzaine d’opérations, presque à chaque été de son enfance, qui changeront sa physionomie mais elle grandira et se construira par rapport à cette difficulté.
Au début du spectacle, elle est au milieu du public et annonce le fiasco de ce qui devrait être un jour merveilleux, celui de sa naissance. Elle parcourt les rangs et fixe les spectateurs comme pour dire : « Vous pouvez me regarder, je ne suis pas monstrueuse, je vous autorise à poser votre regard sur moi » et ce début débloque fortement les choses. Elle évolue ensuite dans un superbe décor : une multitude de lampes (type lampe d’architecte) symbolisent le regard des grands et des petits portés sur elle.
Séverine Fontaine ne nous épargne rien, et témoigne en toute sincérité de son évolution, comment, par exemple, elle s’est vengée du destin en séduisant les garçons avec le « reste » de son corps. Cette scénographie s’accompagne d’une vidéo particulièrement sobre comme les lumières du spectacle.
Ce qui est prodigieux dans ces Regards, c’est le ton de Séverine Fontaine : jamais d’accablement, une énergie incroyable, une féminité incarnée, une volonté de ne rien nous cacher, et enfin, un sens de la dramaturgie et du rythme très justes. On ne s’ennuie pas une seconde, il y a aussi de la musique et du chant, des refrains qui reviennent comme des idées fixes, et elle n’hésite pas à se replonger dans ces rêves de petite fille et d’adolescente, ce qui facilite l’identification pour les plus jeunes des spectateurs.
Rares sont les performances aussi fortes et aussi maîtrisées théâtralement ; on est souvent ému. La superbe fin, que l’on ne vous dévoilera pas, prouve, s’il en était besoin, toute l’énergie positive que Séverine Fontaine sait nous communiquer.

A l’exemple d’un Alexandre Jollien et de son Eloge de la faiblesse, monté par Robert Bouvier, Séverine Fontaine nous donne les clés pour changer notre regard après le spectacle…

 Julien Barsan

 Maison des Métallos, et le 8 mars au Cube d’Issy-les-Moulineaux, puis à Bourg-en-Bresse et à La Friche de La Belle-de-Mai à Marseille.

 


Pas encore de commentaires to “Regards de Séverine Fontaine”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...