Bamako Photo in Paris.

Affiches-électorales-©Sogona-Diabaté

Affiches-électorales-©Sogona-Diabaté

Bamako Photo in Paris.

 

C’est un Mali d’aujourd’hui, qui est présenté, loin des conflits et des extrémismes, dans la diversité et le regard des Maliens sur eux-mêmes. On y voit sa société et on y lit sa vie, grâce au regard de plusieurs générations de photographes auxquels l’exposition rend hommage.
Certains sont déjà des classiques, comme Malick Sidibé, qui parcourt Bamako à bicyclette depuis 57 et rapporte des images de bals et de surprise-parties, avec une vision personnelle de la jeunesse malienne. Comme Seydou Keita, autodidacte, spécialiste du portrait, qui a photographié les élégantes du tout-Bamako en de somptueux noir et blanc. Ou encore comme Adama Kouyaté, qui a élaboré dans son studio un décor inspiré des costumes traditionnels et des attitudes ancestrales pour ses prises de vue. Ou encore Mory Bamba, qui témoigne de la vie quotidienne des habitants des villages, et notamment des Peuls de Sikasso.
Aux côtés des aînés, la génération suivante, âgée d’une trentaine d’années, aussi ironique que poétique, n’est pas moins talentueuse, et le collectif Djabugusso en donne un bel échantillon : Amadou Keita parle des formes, d’environnement et de déforestation ; Seydou Camara présente ses Portes et manuscrits de Tombouctou (dont une publication a été faite, sur un texte de Jean-Michel Djian) ; Adama Bamba, fils et petit-fils de photographes, travaille, lui, sur le mouvement de l’eau et l’empreinte de l’homme sur la nature ; Bintou Camara présente ici une partie de Les Chinois en Afrique, reportage pour lequel elle a obtenu, il y a deux ans, le Prix Visa pour la création.
Fatoumata Diabaté, elle,  est un oiseau de nuit qui rapporte de ses sorties nocturnes, des instantanés de la jeunesse. Elle avait auparavant travaillé sur un thème philosophique L’Homme en Animal qui lui a valu le prix de la Fondation Blachère, et sur Les Touaregs ; Sogona Diabaté, jeune femme engagée, insère publicité et propagande électorale dans ses images, tout en déclinant le thème des chaussures qu’elle aime particulièrement ; Mamadou Konaté met en musique son imaginaire poétique en des compositions élaborées, aux couleurs sensibles, et Dicko Harandane théâtralise ses photos, en inscrivant l’homme dans le no man’s land de bâtiments en ruine.
L’association Oscura présente aussi des sténopés, simples boîtes percées d’un trou et tapissées d’un papier photosensible, à travers l’oeuvre collective de jeunes maliens en situation difficile. Mohamed Camara représenté par la Galerie Pierre Brullé, inscrit son travail derrière les rideaux, dans l’intimité des maisons, et Emmanuel Bakary Daou, pose pictogrammes et symboles sur ses images, empreintes d’un mysticisme discret.
Enfin, l’œuvre photo du cinéaste engagé, Souleymane Cissé, qui nous avait conquis depuis 75 par ses films : Den Muso (La Jeune fille) puis Finyè (Le Vent) sorti en 82, primé au festival de Carthage et au Fespaco de Ouagadougou, ou encore Yeelen (La Lumière) qui avait remporté le prix spécial du jury au festival de Cannes en 87. Il nous fait ici, avec des images arrêtées, partager son jardin secret.
Les photos, sélectionnées par Françoise Huguier, commissaire de l’exposition et bonne connaisseuse de la photo africaine, photographe elle-même, forment un kaléidoscope de la vitalité artistique du pays, devenu phare depuis la création en 94 des premières Rencontres africaines de la photographie-Biennale de Bamako.
L’exposition s’ouvre sur un texte d’Amadou Chab Touré, professeur d’esthétique, qui a créé en 2000 la première galerie d’art de Bamako. Il poursuit son travail à la Maison Carpe Diem de Ségou, qu’il a ouverte récemment. Son long texte d’introduction, propos engagés dans la lutte contre l’obscurantisme, donne le ton.
Derniers jours pour se rendre au Pavillon Carré de Baudouin, lieu culturel de la Mairie du XXème. Organisée en partenariat avec la Mairie de Paris sous le haut patronage de Valérie Trierweiler, soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication et Photo Off, Bamako photo in Paris vaut le détour.
Photographier quelqu’un, c’est prendre, ravir son « dyaa »,  que l’on traduit, selon le cas, par double vital, esprit agissant, intelligence, image, reflet, attention, intelligence, ombre. C’est cette croyance, encore très répandue chez les personnes âgées, que traduit cette déclaration d’une vieille Malinké, retransmise par l’ethnologue Youssouf Tata Cissé. « Si les Français sont venus à bout de l’Almâmy Samory Toûré, c’est bien parce qu’en le photographiant, ils ont ravi et emporté avec eux son « dyaa » , afin de le travailler, de l’envoûter ».

 

Brigitte Rémer

 

 Pavillon Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant. 75020 (M : Gambetta) jusqu’au 7 décembre, de 11h à 18h. www.carredebaudouin.fr et www.mairie20.paris.fr


Archive pour 4 décembre, 2013

Bamako Photo in Paris.

Affiches-électorales-©Sogona-Diabaté

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Bamako Photo in Paris.

 

C’est un Mali d’aujourd’hui, qui est présenté, loin des conflits et des extrémismes, dans la diversité et le regard des Maliens sur eux-mêmes. On y voit sa société et on y lit sa vie, grâce au regard de plusieurs générations de photographes auxquels l’exposition rend hommage.
Certains sont déjà des classiques, comme Malick Sidibé, qui parcourt Bamako à bicyclette depuis 57 et rapporte des images de bals et de surprise-parties, avec une vision personnelle de la jeunesse malienne. Comme Seydou Keita, autodidacte, spécialiste du portrait, qui a photographié les élégantes du tout-Bamako en de somptueux noir et blanc. Ou encore comme Adama Kouyaté, qui a élaboré dans son studio un décor inspiré des costumes traditionnels et des attitudes ancestrales pour ses prises de vue. Ou encore Mory Bamba, qui témoigne de la vie quotidienne des habitants des villages, et notamment des Peuls de Sikasso.
Aux côtés des aînés, la génération suivante, âgée d’une trentaine d’années, aussi ironique que poétique, n’est pas moins talentueuse, et le collectif Djabugusso en donne un bel échantillon : Amadou Keita parle des formes, d’environnement et de déforestation ; Seydou Camara présente ses Portes et manuscrits de Tombouctou (dont une publication a été faite, sur un texte de Jean-Michel Djian) ; Adama Bamba, fils et petit-fils de photographes, travaille, lui, sur le mouvement de l’eau et l’empreinte de l’homme sur la nature ; Bintou Camara présente ici une partie de Les Chinois en Afrique, reportage pour lequel elle a obtenu, il y a deux ans, le Prix Visa pour la création.
Fatoumata Diabaté, elle,  est un oiseau de nuit qui rapporte de ses sorties nocturnes, des instantanés de la jeunesse. Elle avait auparavant travaillé sur un thème philosophique L’Homme en Animal qui lui a valu le prix de la Fondation Blachère, et sur Les Touaregs ; Sogona Diabaté, jeune femme engagée, insère publicité et propagande électorale dans ses images, tout en déclinant le thème des chaussures qu’elle aime particulièrement ; Mamadou Konaté met en musique son imaginaire poétique en des compositions élaborées, aux couleurs sensibles, et Dicko Harandane théâtralise ses photos, en inscrivant l’homme dans le no man’s land de bâtiments en ruine.
L’association Oscura présente aussi des sténopés, simples boîtes percées d’un trou et tapissées d’un papier photosensible, à travers l’oeuvre collective de jeunes maliens en situation difficile. Mohamed Camara représenté par la Galerie Pierre Brullé, inscrit son travail derrière les rideaux, dans l’intimité des maisons, et Emmanuel Bakary Daou, pose pictogrammes et symboles sur ses images, empreintes d’un mysticisme discret.
Enfin, l’œuvre photo du cinéaste engagé, Souleymane Cissé, qui nous avait conquis depuis 75 par ses films : Den Muso (La Jeune fille) puis Finyè (Le Vent) sorti en 82, primé au festival de Carthage et au Fespaco de Ouagadougou, ou encore Yeelen (La Lumière) qui avait remporté le prix spécial du jury au festival de Cannes en 87. Il nous fait ici, avec des images arrêtées, partager son jardin secret.
Les photos, sélectionnées par Françoise Huguier, commissaire de l’exposition et bonne connaisseuse de la photo africaine, photographe elle-même, forment un kaléidoscope de la vitalité artistique du pays, devenu phare depuis la création en 94 des premières Rencontres africaines de la photographie-Biennale de Bamako.
L’exposition s’ouvre sur un texte d’Amadou Chab Touré, professeur d’esthétique, qui a créé en 2000 la première galerie d’art de Bamako. Il poursuit son travail à la Maison Carpe Diem de Ségou, qu’il a ouverte récemment. Son long texte d’introduction, propos engagés dans la lutte contre l’obscurantisme, donne le ton.
Derniers jours pour se rendre au Pavillon Carré de Baudouin, lieu culturel de la Mairie du XXème. Organisée en partenariat avec la Mairie de Paris sous le haut patronage de Valérie Trierweiler, soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication et Photo Off, Bamako photo in Paris vaut le détour.
Photographier quelqu’un, c’est prendre, ravir son « dyaa »,  que l’on traduit, selon le cas, par double vital, esprit agissant, intelligence, image, reflet, attention, intelligence, ombre. C’est cette croyance, encore très répandue chez les personnes âgées, que traduit cette déclaration d’une vieille Malinké, retransmise par l’ethnologue Youssouf Tata Cissé. « Si les Français sont venus à bout de l’Almâmy Samory Toûré, c’est bien parce qu’en le photographiant, ils ont ravi et emporté avec eux son « dyaa » , afin de le travailler, de l’envoûter ».

 

Brigitte Rémer

 

 Pavillon Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant. 75020 (M : Gambetta) jusqu’au 7 décembre, de 11h à 18h. www.carredebaudouin.fr et www.mairie20.paris.fr

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