La Bobine de Ruhmkorff

La Bobine de Ruhmkorff, texte, jeu et mise en scène de Pierre Meunier

 

 Commençons par le commencement : il faut bien que nous venions de quelque part. Et il a bien fallu que nos parents coïtassent pour que nous vinssions au monde. Ou comme aurait dit à Dom Juan Sganarelle, s’émerveillant devant la beauté du monde : « N’a-t-il point fallu que votre père engrossât votre mère pour vous faire ? ». Autrement dit, la question n’est pas d’être ou de ne pas être, la question est : quelle est cette attraction, cette étincelle, ce désir qui fait que, de deux, les êtres,  soudain,  ne font plus qu’un ? Qu’est-ce que sexe ?
Après Sexamor où il travaillait la question à deux, avec Nadège Prugnard, Pierre Meunier poursuit sa recherche en solitaire, mais pas en solitude. Il installe donc, selon sa coutume, son petit laboratoire mécanique sur scène. Pierre Meunier, poète, comédien, inventeur, constructeur de machines et porteur d’autres casquettes à l’occasion, a un grand respect pour les êtres, à commencer par nous, les spectateurs dans le noir, autant que pour les matières et les machines, nos sœurs. Il a ajouté ici l’électricité.
Il suffit de l’entendre parler avec tendresse et sérieux du cu-ivre ( !), si merveilleux conducteur, de le voir effleurer une lame de métal ou un ressort capricieux pour ressentir une douce fraternité avec la matière. Tout est attirance, attraction, terrestre ou céleste. La distance même crée le coup de foudre, la juste distance de l’arc électrique. Selon sa coutume, encore, il se met en danger : moins de se faire couper en deux par un ressort détendu (encore que… Enfin, tout ça se maîtrise) que de voir une de ses expériences électriques rater. Nous sommes avec lui, nous retenons notre souffle, nous sommes de tout cœur avec la machine, et si échec il y a, cela devient poignant.

On ne vous dira pas ce qu’est une bobine de Ruhmkorff, sinon que c’est un fabuleux accélérateur d’énergie, comme parfois la poésie. Celle de Pierre Meunier est vaste, forte, salée. Qu’est-ce que sexe ? Il faut tourner autour du pot, autour du mot, pour comprendre qu’avec son côté tranchant il bave d’amour, et qu’il n’est pas rose.
Chaque moment du spectacle est en quête de sa propre vérité : c’est le mérite des objets, surtout s’ils sont un peu vivants, comme ceux qu’affectionne Pierre Meunier, de ne pas tricher et de forcer l’acteur à rester « réveillé ». Pas de risque de s’endormir : il nous met,  nous aussi,  au travail, à chaque expérience, entre rire, suspense, gravité, en tension entre la scène et la salle.
Est-ce clair ? Il s’agit d’amour, pas forcément propre, mais universel.

 Christine Friedel

 Théâtre de la Bastille, jusqu’au 20 décembre. 01 43 57 42 14

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Un commentaire

  1. Julien Barsan dit :

    un spectacle jouissif … si j’ose dire !
    Pierre Meunier a un univers unique qu’il faut vraiment connaître.

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