Dramuscules

 Dramuscules de Thomas Bernhard, mise en scène de Catherine Hiegel.

 

003pg20131123_1Dramuscules est un recueil de pièces courtes écrites par Thomas Bernhard en 1998, un an avant sa mort, et qui résume de manière saisissante le portrait qu’il a toujours  dressé d’une Autriche enfermée dans son passé nazi.
Dès 1975, dans L’Origine, récit autobiographique  très violent sur ses années d’internat à Salzbourg,  il comparait l’éducation infligée par une institution nazie à la fin de la guerre 39-40, à  celle,  catholique qu’il y avait reçue immédiatement après.
Le récit de sa vie se retrouve ainsi, d’œuvre en œuvre, comme « une suite de tentatives désespérées, écrit Chantal Thomas, opposées à la force de mort ou d’amnésie d’un ennemi identifié à l’Autriche, son pays natal ». »A l’emplacement où le portrait de Hitler était au mur, une grande croix était à présent accrochée… », écrit Thomas Bernhard, à l’endroit du piano qui accompagnait les champs nationaux-socialistes de la chorale des enfants, se tenait désormais un harmonium, .
Catherine Hiegel a choisi de monter trois des Dramuscules, dont les deux premiers ont à voir avec l’église et l’idéologie nazie. Dans Un Mort, deux femmes  après avoir assisté au rosaire du soir,  découvrent  ce qui semble être un cadavre entouré dans du papier d’emballage. Ce sont en fait des affiches aux croix gammées, enroulées et perdues par des militants, dont le mari de l’une d’elles, un « pauvre crétin ! », dit-elle.
Dans Le Mois de Marie,  deux femmes,
à la sortie de la messe du dimanche, commentent la vie du bourg et  les obsèques d’un voisin qui a été accidentellement renversé par… un jeune immigré turc. Quant à Match,  c’est une saynète où, à la tombée de la nuit,, une  femme, en train de repasser, éructe contre les jeunes; son mari, un policier, ne lui prête nulle attention, occupé tout entier par un match de foot à la télé dont il traite inlassablement les joueurs de « pauvres cons » ! Aucun échange entre eux, s’impose seule la haine de l’épouse amère  qui recoud le blouson déchiré du policier,  lors d’une manifestation estudiantine : « Tirer dans le tas, il faudrait tous les tuer ! »
Dans leur petit tailleur BCBG  bourgeois, Catherine Salviat et Judith Magre, les deux comparses sont éblouissantes. Catherine Salviat interrompt un temps la représentation pour jouer au jeu des questions/réponses avec le public. Qui a pu dire ces propos anodins mais à forte connotation raciste ? Dans le désordre, tel philosophe des Lumières, Roosevelt, Marx, Jules Ferry, de Gaulle, Chirac, telle députée… La liste est longue.
Quant à Judith Magre, l‘épouse du policier footeux, elle est, dans ses vociférations de truie agacée, extraordinaire d’horreur ordinaire, anti-jeunes, anti-étudiants, anti-immigrés… Elle va au bout de l’inavouable,  et ne craint pas de heurter les pudeurs mises à mal ni les sensibilités politiquement correctes. Avec Antony Cochin qui joue les hommes de main, c’est un trio  scénique infernal.

 Véronique Hotte

  Théâtre de Poche-Montparnasse,  jusqu’au 9 mars. T : 01 45 44 50 21

 


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