Mon Traître

Mon Traître, d’après Mon Traître et Retour à Killybegs de Sorj Chalandon, mise en scène d’ Emmanuel Meirieu.

 

  f35b9171Après l’adaptation pour la scène du roman de Russell Banks, De beaux lendemains, créé dans ce même Théâtre des Bouffes du Nord en 2011, Emmanuel Meirieu poursuit son exploration d’œuvres littéraires contemporaines,  comme celles de Sorj Chalandon. Avec Loïc Varraut, il a  adapté ses deux romans pour la scène.
L’histoire  se passe dans l’Irlande des combats républicains, avec un Traître et un Trahi, et dit avant tout l’angoisse du deuil impossible de l’ami qui vous a trahi.
Sorj Chalandon nous conte ici l’engagement sentimental d’une amitié mais aussi l’adhésion d’un homme  à l’IRA et à sa branche politique -le Sinn Fein-en Irlande du Nord, dans les années 70.
Comme dans le spectacle précédent de Meirieu,
un récit porté par quatre témoins de  l’histoire dans un paysage  de solitude et de neige, où quatorze enfants furent tués dans un accident de bus scolaire,  Mon traître  se passe  dans la nuit, la brume, la pluie, le vent et le tonnerre, agrémentés de quelques notes de piano, pour une oraison funèbre où on évoque  la vie du Traître…
À travers trois voix, celle de l’ami du Traître, celle de son fils, et le Traître lui-même, qui se relève de la mort,  quand son fils lui intime, avec une autorité rageuse, de se lever : « Dead Man, Wake up… »La chanson déchirante, et paradoxalement somptueuse, avec une belle amertume, est interprétée ici a capella par l’imposant Stéphane Balmino.
Le premier témoin est un luthier français – double littéraire de Sorj Chalandon -qui rencontre Tyrone Meehan (historiquement Denis Donaldson, un leader charismatique de l’IRA qu’il admire intensément et qui l’entraîne dans la guérilla). Mais ce Tyrone Meehan/David Donaldson se révèlera  être en 2005 un traître depuis vingt-cinq ans! Agent britannique rémunéré pour ses informations sur son camp des Républicains. Il sera assassiné en 2006. L’ami militant de jadis se souvient,  dans la souffrance, des frères de combat qu’il hébergeait et cachait chez lui, et qui étaient ensuite dénoncés… par Tyrone.
« Est-ce qu’on est traître encore quand on respire ou quand on dort ? », se demande le luthier qui ne peut oublier la main amicale protégeant son épaule, quand ils vont ensemble acheter la traditionnelle casquette irlandaise, ou  quand ils campent  au bord de l’immense beauté d’un lac naturel. L’ami (Jérôme Derre) qui a une voix chaude et blessée, tutoie et invective le défunt, le déloyal, l’infidèle, celui qu’il croyait insoumis … Le fils et son chant de colère introduisent une pause presque salutaire après la tension extrême de celui qui interroge et qui ne comprend pas, venu assister aux obsèques de l’infâme.
Se lève ensuite celui qui gisait nu sous sa couverture, à la façon des prisonniers politiques jetés en prison, qui résistaient contre le statut infligé de prisonniers de droit commun, dans la saleté, les excréments et la négation de toute humanité. Le traître enfin raconte son enfance, la pauvreté et la misère, les huit ou neuf frères et sœurs et la mère veuve… Et aussi, les assauts furieux des Anglais.
Le défunt repentant – non, il ne revient pas sur le mauvais choix d’un double langage – raconte superbement (Jean-Marc Avocat) comment on devient le corbeau d’un conte enfantin, le fils envolé d’un château délabré qu’ont déserté prince et princesse…
Toute la partition est tenue dans la rigueur, l’émotion et la douleur intérieure.

 

Véronique Hotte

 

 Théâtre des Bouffes du Nord. T : 01 46 07 34 50  jusqu’au 21 décembre.

 


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