Fauna

Fauna, texte et mise en scène de Romina Paula.

8-fau1Un parquet de bois brut et rugueux en guise de scène, avec  des planches basses qui font office de banc, un cheval d’arçon en guise de monture, enfin une porte à deux battants à peine ébauchée en milieu de plateau.
Scénographie donc intentionnellement rustique, au plus près de la nature, avec une sorte d’intérieur préservé d’écurie ou de ranch argentin. Le public perçoit d’emblée l’atmosphère d’une sacro-sainte salle de répétition – façon studio –  où Romina Paula,  avec Fauna,  traite admirablement du théâtre dans le théâtre, même si le projet des comédiens ici  réunis concerne ici l’art du cinéma avec un film à réaliser.
Quatre personnages sont mis en présence, dont un frère et une sœur, décidés et rudes, des êtres pittoresques qui semblent savoir ce qu’ils veulent, accompagnés d’un homme et d’une jeune femme plus ou moins amants,  et d’une violence intérieure moindre, plus feutrée. Ces acteurs préparent ainsi un film sur une figure mythique féminine, Fauna, la mère de ce frère et de cette sœur, qui a trouvé sa liberté en changeant de genre, en s’habillant en homme afin de mieux être elle-même, et en défiant les règles et les pouvoirs du temps.
La mystérieuse Fauna est une auteure, à la fin du dix-neuvième siècle, à l’aube même de toutes les libérations à venir, en Amérique latine comme en Europe. Autant de fantasmes, autant de rêves qui peuvent prendre vie sur la scène, en suivant la mise à feu de la pensée et des sensations de chacun qui se déploient selon des méandres longs et difficiles. Par hasard, la sœur attire la jeune femme et l’amant de la demoiselle plaît au frère à l’aspect rustre : jeux de rôles, d’influences et d’attirances, le théâtre est un art qui explore à fond les probabilités de rencontres ou d’échappées des êtres entre eux, d’un genre à l’autre.
Le texte de Romina Paula possède une écriture subtile et noueuse, à la recherche du plaisir de l’existence chez ses personnages. Réflexions et sentiments, les liens se tissent et se relâchent, au fil du temps, et au cours de la représentation. Quelques vers de Rilke, et le tour est joué : la pièce  est fondée sur le principe de la répétition et de la variation, sur un chemin qui suit les méandres du va-et-vient de la pensée, des points de vue et des désirs. Sa mise en scène déplie avec beaucoup de charme une parole en quête de vérité, sur l’existence d’une figure énigmatique et,  en même temps, sur les  choix  des protagonistes. Évidemment, il y a des manques, des doutes et des incertitudes qui parsèment le cheminement fait d’obstacles de ces chercheurs en existence vraie.
Un temps de théâtre plein, fait de dignité et de reconnaissance de l’autre.

 

Véronique Hotte

 

Festival d’Automne, Théâtre de la Bastille Paris. Tél : 01 53 45 17 17 jusqu’au 21 décembre. 

 


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