Si bleue si bleue la mer

Si bleue, si bleue la mer de Nis-Momme Stockmann, traduction d’Olivier Martinaud, mise en voix d’Armel Veilhan.

 

C’est la troisième saison du Théâtre A qui présente tous les deux mois, « des boîtes à outils » qui nous font découvrir des textes mis en espace après trois répétitions. Si bleue, si bleue la mer est la troisième pièce de Nis-Momme Stockmann, un jeune auteur de trente-deux ans, associé au Schauspiel de Francfort depuis 2009.
  Il a fait des études sur  le langage et la culture du Tibet à Hambourg, étudié les sciences des médias au Danemark, et suivi… une formation de cuisinier,  avant de se consacrer à  l’écriture scénique à l’Universität der Künste de Berlin.
  Il a remporté en 2005 le premier prix du Festival international de cinéma à Odense pour son court-métrage Ignorans et lors du Marché aux Pièces 2009 de Heidelberg, il  a reçu le Premier prix et le Prix du public pour la pièce Der Mann, der die Welt aß (L’homme qui mangea le monde ).
  Si bleue, si bleu était la mer  est un texte qui décrit  le désespoir  de Darko, un  adolescent perdu dans des beuveries incessantes,  qui évoque « le lotissement, un cercueil gigantesque en béton armé « ,  perdu entre l’envie de fuite et celle de suicide, mais qui  reste étrangement tonique. Son vieux pote de beuverie, Hélé ne capte pas qu’Ulrike, 14 ans, régulièrement violée par son père,  est amoureuse de lui, et elle le guette du haut du toit.
  Darko boit tellement qu’il a perdu l’usage d’une jambe, mais il est tombé amoureux de la sœur aînée d’Ulrike, une jeune prostituée de 19 ans,  qui a décidé de l’emmener au zoo pour  le faire sortir du lotissement. Peine perdue, Darko vomit, et on ne les laisse pas pénétrer dans le zoo…
Les deux amoureux, enfermés dans le lotissement dont personne ne sort, veulent aller voir la mer, mais ils n’y parviendront pas, et  la compagne de Darko sautera du toit comme sa jeune sœur. L’écriture du texte ne sombre jamais dans le pathos, c’est Darko qui mène la danse avec un humour noir revigorant. Et ce monologue qui n’en est pas un, porté avec une belle vivacité par Raphaël Poli-Darko, est partagé avec Marie Fortuit, et Guillaume Mika, qui  interprète les autres personnages.
  Les fulgurances poétiques surgissant de cette  réalité sordide fascinent le public, et il y a dans cette pièce comme un parfum de purgation des passions. Il faut espérer que cette pièce  qui a fait l’objet d’une lecture à France-Culture et au festival de la Mousson d’été, pourra être monté par Armel Veilhan avec cette  remarquable  distribution.

Edith Rappoport

La Maille-Cie /Théâtre A,  aux  Lilas. http://www.theatrea.fr 


Archive pour 11 décembre, 2013

Perplexe

Perplexe de  Marius von Mayenburg, traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd,  mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia.

 p153565_10Embarrassé, indécis, sont les synonymes de  ce perplexe. Effectivement, les quatre acteurs (deux hommes, deux femmes)  sont aussi  embarrassés qu’indécis, et  se livrent à un jeu de rôles permanent, changent de partenaires et de personnages comme de chemise, de robe, ou de pantalon, et se glissent subrepticement dans la peau d’un mari, d’un amant, d’un enfant, d’une épouse, d’une mère, de la locataire ou de la fille au pair, selon la fantaisie de l’auteur.
   Marius Von Mayenburg, qui nous avait habitués à un théâtre violent et noir,  s’amuse ici à écrire une comédie toute en entrées et sorties, en triangles amoureux, duos acerbes, apartés…Il manipule ses personnages, avec  changement de costumes et déguisements inattendus,  et les entraînent dans des actions loufoques. Dès le départ  il leur  fait jouer des situations de théâtre mais  le dramaturge facétieux inclut dans son texte des remarques se rapportant à l’écriture ou au décor. « Tu fais un monologue ?», s’étonne l’un; «N’est ce pas pour cela qu’ils ont mis une porte», rétorque un autre à propos d’une entrée en scène ; une autre encore fait allusion au fameux quatrième mur dont les acteurs seraient prisonniers.
La métaphore de l’enfermement entre quatre murs où cohabitent des existences plurielles est figurée par l’image d’un aquarium géant, avec des poissons rouges qui, par la magie de la vidéo-projection, circulent dans tout l’appartement, redoublée par un véritable aquarium, et une baie vitrée en fond de scène. Mais, franchissant le quatrième mur,  des dauphins/baudruches ont tôt fait de flotter parmi les spectateurs, les invitant à ce jeu de devinettes constant où il s’agit de reconnaître qui est qui.
Puis à la fin, c’est le décor  qui est démonté, alors qu’on annonce à l’actrice, au milieu d’une tirade, l’absence,  voire la mort du metteur en scène.
De même, les codes du boulevard,  fortement connotés (canapé et table basse de rigueur) se délitent. C’est selon ces codes (dans les sens du poil, ou à rebrousse-poil) que le directeur du Nouveau théâtre d’Angers a dirigé Valérie Bonneton, Samir Guesmi, Christophe Paou et Agnès Pontier, tous excellents. Ils se livrent à un  périlleux équilibre, entre un jeu distancié et un rentre-dedans aguicheur, mais sans jamais céder au cabotinage. Mais sa mise en scène nous ferait parfois oublier l’inquiétante étrangeté qui provient du fait d’être à la fois tout le monde et personne.

Il est vrai que dans ce théâtre de l’absurde, même la philosophie est traitée à l’aune de l’ironie et du second degré. Quand Sebastian, en tenue d’Adam, tel Archimède sort de sa baignoire, il semble redécouvrir le darwinisme ou le mythe de la caverne de Platon. Comme la pièce, le spectacle ne se prend pas au sérieux, mais  le rire, qui est constamment  au rendez-vous, nous laisse quand même perplexes quant à notre condition humaine…

 

Mireille Davidovici

 

Théâtre du Rond-Point, 8, avenue Franklin Roosevelt, Paris. T. 01 44 95 98 21 jusqu’au 5 janvier.

Le texte a paru chez  L’Arche Editions.
 

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