Koffi Kwahulé : Prix Edouard Glissant 2013.

 

Koffi Kwahulé : Prix Edouard Glissant 2013.

  kwahule_200Le prix Edouard Glissant est attribué à un écrivain dont l’œuvre entre en résonance avec l’esprit du poète-romancier-dramaturge-philosophe qu’il était. “Les pays que j’habite, écrivait-il, s’étoilent en archipels. Ils racontent les temps de leurs éclatements (…) L’éclat des temps tout comme les éclats du temps n’égarent pas, dans nos pays” écrivait   Glissant. Protéiforme, l’œuvre de Koffi Kwahulé l’est aussi, qui reçoit cette récompense de l’Université Paris Vlll, après François Maspéro en 2006, ou encore Kenneth White en 2004.C’est la première fois que le prix couronne un dramaturge; le théâtre reste en effet injustement en marge du champ littéraire, malgré la grande qualité des Novarina, Koltès, Minyana, Renaude et bien d’autres.
Koffi Kwahulé, né en Côte-d’Ivoire, compte parmi les voix singulières de la dramaturgie francophone. Et ses textes se caractérisent par une langue musicale, empruntée au rythme du jazz. De Bintou, (Lansman, 1997) à La Mélancolie des Barbares (Théâtrales, 2013), il a écrit une vingtaine de pièces  et  deux romans :  Babyface (Grand prix Ahmadou Kourouma, Gallimard, 2006) et  Monsieur Ki (Gallimard, 2010).
Il y déploie une parole travaillée comme un matériau poétique, sans pour autant faire l’économie d’un réalisme violent mais jamais moralisateur. Les personnages de son théâtre n’évoluent pas dans des situations psychologiques mais sont pris aux rets du tragique, et de la fatalité de la violence.
Que ce soit l’aventure d’un masque arraché à son village, devenu tirailleur pendant la guerre en Europe avant de revenir au pays en homme de paille dans Le Masque boiteux, le viol dans Jaz, une mise à mort dans Big Shoot, une excision dans Bintou, un meurtre à  la prison de femmes dans Misterioso-119… Et le tragique prend parfois des allures de farce: dans Il nous faut l’Amérique ! une femme pisse du pétrole, et dans Brasserie, en pleine brousse surgit une « cathédrale de la bière ».
Singulièrement, ce sont les figures féminines qui dominent son œuvre. Tout comme l’homme noir, la femme noire est prisonnière des clichés sociaux. Ce sont, sous la plume de Koffi Kwahulé, des créatures rebelles et provocantes, loin des clichés de nos sociétés patriarcales et impérialistes. Malgré les souillures  subies, elles restent pures et généreuses. Avec une carapace dure comme l’acier, une capacité de résistance à toutes sortes d’agressions destructrices, une vitalité indestructible qui leur permet de préserver et d’imposer leur identité: « Mon théâtre, remarquait l’écrivain, dit comment on tue les autres, en leur imposant une identité. « 

Mireille Davidovici

Pour en savoir plus sur Koffi Kwahulé : http://www.africultures.com/

 

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