Tahoe, de Frédéric Vossier

Tahoe de Frédéric Vossier, mise en scène de Sébastien Derrey.

 

Voilà un théâtre qui ne parle pas de rien mais  pas n’importe comment. Tout ou rien : il a provoqué chez Edith Rappoport une violente allergie, et chez nous, on persiste et on signe,  un intérêt passionné. Dans des draps de satin couleur de tombeau, s’agite vaguement un Freddy qui se fait appeler le King, en hommage à Elvis. Et, comme Elvis, et comme la star du foot de Mannekijn (première pièce du diptyque), il est l’image d’un mâle dominant, qui ne domine, précisément, que par l’image, et rien d’autre, image d’autant plus puissante qu’elle est vide.
Le lit est au cœur d’une maison, la « maison de la grâce » -toujours Elvis Presley- labyrinthique que l’on ne peut fuir. Il est le terrain instable, mou, d’une vie molle, engluée dans l’idolâtrie et la régression. Je t’aime, tu m’aimes : les “amoureux“ se lapent comme des chiots, et puis c’est tout. La “meilleure amie“ s’approche, fascinée mais pas trop, vaguement tentée. Pas de volonté, des envies, comme disent les publicitaires, des envies qui se dilatent, jusqu’à un bref cri, et qui crèvent comme des bulles. Rien n’arrive vraiment jusqu’au réel, sinon la mort, et encore, on se demande si ce n’est pas un jeu de plus.

Constatons même que, si loin qu’aille un auteur, il est toujours au-dessous de la grandiose mise en scène de la mort des stars. Mais là où l’équipe de Tahoe reprend le pouvoir, c’est justement en jouant petit jeu avec cette mort, au ras du sol, au ras du lit et de la pesanteur d’un corps.
  Ça devrait être ennuyeux, ça l’est pour certains. Parce que c’est insupportable : pas le spectacle, ni son rythme musical très particulier, cotonneux, avec ses brefs soulèvements, impeccablement tenu par les trois acteurs, Frédéric Gustaed, Catherine Jabot et Nathalie Pivain. Mais le monde auquel il renvoie, dans un accord parfait entre texte, acteurs et scénographie : en gros, le monde riche, transformé en piège mou où l’idolâtrie piège tout, sentiments, émotions (sans parler d’action ni de pensée), en contrepartie d’un confort.
  Le titre de la pièce fait allusion à un épisode, aussi triste que sordide, de la vie de Marilyn : consultez internet et vous serez édifié. Si le théâtre est un miroir…

 

Christine Friedel

Théâtre de l’Echangeur. T : 01 43 62 71 20, jusqu’au 21 décembre.

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article d’Edith Rappoport, 13 juin 2013

Tahoé de Frédéric Vossier, mise en scène de Sébastien Derrey.

Chaque mois, le petit mais chaleureux Studio-Théâtre de Vitry ouvre ses portes à une cinquantaine de spectateurs professionnels, pour des spectacles en devenir qu’ils ont accueillis en résidence pour  un mois de répétitions.
Tahoe
est le deuxième volet d’un dytique, dont Mannekjin du même auteur  constituait la  première partie; ces deux spectacles,  ont été créés en 2012 à l’Échangeur de Bagnolet et ensuite repris à Anis Gras d’Arcueil.

« J’ai toujours pensé qu’il fallait aborder au théâtre la question de l’industrie du spectacle – de son pouvoir économique, social et idolâtrique. Le phénomène de la célébrité est un facteur de domination sociale qui s’exerce massivement sur les subjectivités », dit Frédéric Vossier. C’est, selon lui, une évocation de la fin du « King » Elvis Presley!
Sur le plateau, un homme  est allongé sur un  grand  lit, avec, à ses côtés,  une forme féminine qui  s’agite sous les draps de satin gris. Coiffée d’une perruque blonde, elle  en surgit, toute habillée, chausse ses bottes et déclare qu’elle s’en va.
Le téléphone sonne, l’homme peine à répondre et  supplie la fille de revenir. Elle revient en effet, accompagnée d’une amie apeurée. Il y a des allées et venues des deux filles parties « se promener » dans les immenses pièces de cette demeure, les supplications amoureuses et  les paroles violentes du mâle en robe de chambre, des « fiançailles » dans la salle de bain, une alternance de faux départs et de retours figés auprès du lit.
Malgré l’engagement d’acteurs solides :Frédéric Gustaedt, Catherine Jabot et  Nathalie Pivain , ce spectacle nous a provoqué une violente allergie…

Edith Rappoport

 


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