B’alla Cappella

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B’alla Cappella, de et avec Vincent de Lavenère.

 

Il est maître jongleur, chanteur et magicien, et joue sur le son autant que sur le geste, faisant chanter ses balles depuis une quinzaine d’années. Son compagnonnage avec Eric Bellocq, luthiste, ici dans le rôle de conseiller, l’aide à développer ses talent de chercheur en formes rythmiques, et mélodiques. Voix, jonglage et image forment la matière vive de B’alla Cappella, dont les maîtres mots sont virtuosité, rythme et poésie.
Le spectateur entre dans une scénographie élégante, signée
Bruno de Lavenère, coupée d’un rideau de fils noirs qui se reflètent, comme les rayons d’une roue de vélo. Les balles, rouges et or, sont dispersées comme un jeu de pétanque, sur un sol légèrement en pente pour que les balles reviennent au jongleur, et chacune est une surprise.
Trois parties composent le spectacle, chacune pouvant être autonome, ou former l’ensemble : L’aérien, le Stabatmotor et Balles en swing.
Pour la première représentation, Vincent Bouchot, chanteur et compositeur d’opéra a écrit une pièce, L’Aérien et Fabrice Villard un argument. Vincent de Lavenère la chante, s’en amuse et construit son univers de jonglerie. « Rien ne vient dans la main… Vide et trop-plein »… Jeux de mots et jeux de mains se croisent, les lancers se déploient à des hauteurs variées et travaillées, et les balles écrivent dans l’espace leurs pleins et leurs déliés.
Une lampe d’ancienne salle de classe remonte dans les cintres, et une bulle noire descend et vole, mystérieuse « à demain… à deux mains… »
Tout est au cordeau, pensé, construit et maîtrisé,  en même temps que fluide et gai. Et le spectateur s’envole avec les balles et les arpèges qui volent au vent. Un grand cercle de lune, à l’arrière-scène, fait fonction de tambour et prend vie par le frappé des balles qui rythme les arabesques du jongleur, danseur et performeur, tout autant que capteur et récepteur.
Grelots, objets frappés, cloches, gongs, bruits d’eau et bâtons de pluie, cloches de vaches de la création sonore de Laurent Maza, complètent la méditation sonore rapportée du Laos où la compagnie fit une tournée l’an passé Virtuose du chistera -instrument de la pelote basque- pour le lancer et le rattrapage des balles, Vincent de Lavenère, comme dans le jeu de paume, se crée des règles et défie la difficulté technique.
Il la recherche à nouveau dans la seconde partie, Stabatmotor et chante le Stabat Mater de Vivaldi tout en jonglant:  il y mêle d’autres matériaux musicaux, dont des percussions et un chœur de femmes avec continuo. Elaborée et sensible, cette partie joue avec l’ombre du jongleur en réplique sur le rideau de fond, donnant une autre dimension encore, à son geste.
Plus tard, derrière le rideau, et comme longeant une rizière,  il fait vivre,
homme-orchestre, une sorte d’orgue à bouche, instrument polyphonique du Laos et de Thaïlande, le khên, joué lors des rituels funéraires, et qui donne un son venu de nulle part, comme un roseau dans le vent.
Sur fond de chants d’oiseaux et sifflotements, Vincent de Lavenère met en place la troisième partie de son spectacle, d’une tout autre facture, swingante et pétillante, sur fond de feux d’artifice dans les prés. Tout en contrôlant ses extraordinaires jongleries à quatre, six, et huit balles, il s’offre le luxe du vocal, avec Le Chant des oiseaux de Clément Janequin, pièce du XVIème siècle, suivi d’une de ses compositions, De belles Balles en boules, puis s’encanaille avec Le Jazz et la Java de Claude Nougaro et La fille d’Ipanema d’Antônio Carlos Jobim.
Il rythme cette partie avec ses balles, passant du jazz à la saudade,  et de la dérision au jeu, comme un troubadour qui perd la boule, jongleur des rues, jongleur des champs, et ça swingue dans sa tête comme dans les nôtres. Un spectacle de bonne humeur et dextérité, d’intelligence et sensibilité, de jongleries virtuoses et en-chantées.

 

Brigitte Rémer

 

 Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers ce 8 décembre, et en tournée:   vincentdelavenere.com,

 

 


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