Les Vivants et les Morts

Les Vivants  et les Morts

 Les spectacles des vivants nous prennent beaucoup de temps, à nous critiques, c’est normal et c’est la vie… Mais il faut aussi rappeler ce que furent ces quatre  hommes, tous disparus  en octobre et novembre, qui eurent tous les quatre un rapport  étroit avec le Théâtre national de Chaillot et qui furent, chacun dans son métier, l’honneur de la profession théâtrale. Comme le disait Tchekov:  » Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants » … Nous ne nous les oublierons pas.

  61032_12723099_460x306Alain Recoing, metteur en scène, marionnettiste et fondateur du Théâtre aux main nues, avait 89 ans  et était connu pour sa remarquable technique de la marionnette à gaine. Il travailla notamment en 1948 avec Gaston Baty, mais aussi pour la télévision, notamment avec Jean-Christophe Averty, Jean-Paul Carrère et Pierre Tchernia. Et,  en 57, il mit en scène  La petite Clef d’or d’Alexis Tolstoï, au  Vieux-Colombier avec Antoine Vitez qu’il suivit au Théâtre des Quartiers d’Ivry puis ensuite à Chaillot.
Il fonda et présida le Centre National de la Marionnette et  fut chargé de cours à l’Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette 87 à 99 et à l’université de Paris III – Sorbonne Nouvelle.  Il créa  et anima aussi dans le 20 ème à Paris,  l’Ecole de l’acteur marionnettiste.
Et on peut dire que, sans lui, l’art de la marionnette en France, si peu considéré il y a une quarantaine d’années, ne serait pas celui qu’il est maintenant, de très haute qualité,  reconnu à l’étranger et consacré comme un élément majeur du spectacle contemporain.

  bob_escrime01Bob Heddle-Roboth avait  86 ans, et fut un des maîtres les plus remarquables de l’escrime en France, en particulier de l’escrime  artistique  à laquelle il vouait une véritable passion. Il travailla avec nombre  de metteurs en scène, dont  Jérome Savary et Marcel Marceau, et fut,  plus de quinze ans, le maître d’armes de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot où il forma de nombreux élèves, qui lui vouaient un véritable culte et qui étaient conscients de lui devoir beaucoup.
Avec des méthodes pédagogiques très au point, et un grande vigilance quant à la sécurité, dans un art où il y a toujours des risques et aucune place pour l’improvisation, cet homme d’expérience leur enseignait, ainsi qu’à de nombreux comédiens confirmés, la simulation de combat (fleuret, épée,sabre, etc… mais aussi bagarres) indispensable dans de nombreux spectacles et films avec attaques, désarmements, parades, déplacements… Et souvent proche d’une chorégraphie qui doit parfaitement s’intégrer à une mise en scène.
D’une générosité sans  bornes, il était très sollicité mais n’hésitait jamais à passer de nombreuses heures à mettre ses compétences au service d’un élève qui passait une audition, ou d’une jeune compagnie désargentée. Bob laissera le souvenir d’un maître d’armes et d’un enseignant exemplaires.

 bruno-sermonneBruno Sermonne était né en 41.  L’homme  était modeste, exigeant envers lui-même, mais avait un caractère bien trempé, voire, dit-on, pas commode. Il avait une présence en scène fascinante, avec un regard et une voix  inimitable qui marquèrent ses très nombreux rôles.
A  peine sorti de l’Ecole de la rue Blanche ( ENSATT).et chaque année depuis 1963,  il ne joua pas moins  – parcours impressionnant- dans une  voire , dans plusieurs  créations . D’abord, sous la direction de Jean Gillibert,  Roméo et Juliette,  Phèdre , Les Perses d’Eschyle, Gardien du tombeau d’après Kafka… Puis,  avec Henri Ronse  dans Une Saison en enfer Le Pélican d’August Strindberg. On le vit aussi dans  Père avec Otomar Krejca à Chaillot,  avec Ariane Mnouchkine dans Méphisto de Klaus Mann et  avec  Antoine Vitez  dans  La Mouette de Tchekhov et Le Héron de Vassili Axionov. Il jouera aussi avec Alain Olivier Yanniis Kokkhos pour La Princesse blanche de Rilke,  Oncle Vania de Tchekhov, mis en scène par Benedetti. Et encore avec Brigitte Jaques.  Il travailla aussi beaucoup avec Olivier Py d’abord  dans Les Aventures de Paco Goliard,  puis  Les Vainqueurs , Le Visage d’Orphée, Les Enfants de Saturne et L’Orestie. Bref, un parcours impressionnant d’acteur, à la fois modeste et efficace, qui sut se mettre humblement au service de la scène.

Paul-Louis-MignonEnfin, Paul-Louis Mignon, critique dramatique, professeur, producteur de télévision et historien du théâtre contemporain,  nous a  aussi quitté à 83 ans. Lui aussi eut un parcours exemplaire. Etudiant, il fit ses classes comme acteur aux Théophiliens, groupe de  théâtre médiéval de la Sorbonne, concurrent du Groupe de théâtre antique auquel collabora longtemps Jean Gillibert (voir plus haut).
Puis il devint le secrétaire de Charles Dullin. Il fut aussi proche  de Louis Jouvet, de Jean-Louis Barrault, et de Jean Vilar… Paul-Louis Mignon fut engagé en 44 comme responsable de l’information théâtrale et de la critique dramatique à la Radiodiffusion française et  devint le directeur des émissions dramatiques de la Radiodiffusion; pendant plus de quarante ans, il fut critique a Journal télévisé et dans les années 60 à  L’Avant-Scène Théâtre.
On sait moins qu’il  créa en 75 le Prix du livre Inter et  qu’il était  un grand spécialiste de la vie théâtrale pendant l’Occupation allemande. Et il parlait magnifiquement, et avec une grande simplicité  et  beaucoup de justesse de la vie de Louis Jouvet dans un  documentaire qui lui avait été consacré. Resteront  de lui ses articles et les films auxquels il a collaboré. Ce qui n’est pas rien…

Philippe du Vignal


Archive pour 15 décembre, 2013

Ta Douleur

Ta Douleur, conception et chorégraphie de Brigitte Haentjens, d’après la création originale de Danse-Cité et Anne Le Beau.
 
douleur593093  La Compagnie Sibyllines, basée à Montréal, explore les rapports entre l’expression  du corps et le théâtre,  avec des créations comme  L’Opéra de quat’sous, Woyzek, etc…  Où le mouvement synchronisé des  interprètes devient un langage parallèle à celui de la parole.
Avec Ta douleur,  Brigitte Haentjens met  en scène le corps et en évacue   la parole, ou presque…  Les quelques phrases  chuchotées paraissent banales, même quand elle sont  empruntées à Pétrarque, au cinéaste algérien Azzedine Meddour, ou encore au groupe hip-hop indépendantiste québécois Loco Locass.
Ce combat entre  danseurs issus de solides formations,  classique,  ou contemporaine, se transforme en une rencontre passionnante entre un homme et une femme qui expriment toutes les douleurs possibles. Fondé  à la fois sur  la danse, le mime, l’athlétisme,  mais aussi sur une séance de psychothérapie, le spectacle  possède une dialectique brechtienne et met  en évidence la progression des souffrances possibles vécues par ces êtres: peur, crainte, déception, perte, frustration, chagrin, colère: les corps évoluent ainsi vers une relation tumultueuse faite de violence, cruauté et soumission, un peu  comme  chez  Sarah Kane.

L’explosion d’émotions marque brutalement les visages, et  le corps féminin  évoque alors une décomposition émotive, avec des mouvements libérés des contraintes de la danse classique, alors que le spectacle pousse les deux interprètes à la limite de toutes les possibilités  physiques. Nous ressentons même, dans cette absence totale de rigueur, l’expression d’une liberté absolue et l’émergence de la structure interne  du spectacle.
Curieuse dialectique qui domine en effet cette soirée, composée de courts épisodes où les interprètes se heurtent à des oppositions rythmiques, émotives, et douloureuses. Les corps ne s’écoutent pas et s’entrechoquent sans arrêt.
Un exercice de style aussi troublant qu’inachevé, et une recherche qui assimile la danse contemporaine à une manière de confronter des névroses. Manifestation d’une inquiétante étrangeté, à voir avec étonnement et émerveillement,  et donc  à suivre….

Alvina Ruprecht

 

Spectacle présenté du 4 au 7 décembre au Théâtre français du Centre national des arts d’ Ottawa.
 

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