Late Night

Late Night , texte et mise en scène du Blitz Theatre Group.

 

1307259231Les restes d’une piste de bal au milieu des décombres. Trois couples dansent une valse sans fin, tantôt lente, tantôt rapide, se muant parfois en fox-trot ou en tango. Dans des tenues vaguement sixties, en tous cas d’un autre âge. Une femme trébuche : « Yorgos applaudit Sophia qui est tombée. Il pense à Paris qui a été détruit en novembre dernier. A l’aéroport d’Orly, à la neige qui tombe et à une femme sur le bord de la jetée.» Le ton est donné. Les images fixes énigmatiques de Chris Marker à peine évoquées, la danse reprend de plus belle…

Un homme, une femme, puis d’autres, s’échappent un instant des bras de leur partenaire vers un micro pour un récit au passé, à la troisième personne, par bribes, à plusieurs voix, et à tour de rôle. Il y a eu la guerre. L’Europe est en ruines, d’Anvers à Athènes, de Londres à Berlin. Ils en sont les rescapés. Les témoins.
Il est urgent pour eux de prendre la parole mais ils ont du mal à ce faire car le monde est en chaos, leurs pensées en vrac, leur avenir sans perspective. Et pourtant, ça remue encore, ça exécute, pour distraire l’auditoire, quelques acrobaties minables ou tours de magie avortés, sans y croire.
Ils trouvent encore la force de virevolter sur des musiques de Bach, Katchatourian, Delarue, jazz ou ritournelles ; de s’interrompre, essoufflés, pour s’adresser au public. Même si c’est de plus en plus difficile. Ils s’interrogent sur le sens de la vie, de l’amour. Ils évoquent des alternatives possibles au «capitalisme tardif» qui a mis le continent à feu et à sang.
Un Karl Marx du XXl e siècle ? La tentation du fascisme ? Que faire quand on ne croit plus à rien, sauf peut être en l’amour ? Danser encore et encore, jusqu’à l’extinction des feux, de leurs forces, jusqu’au bout de la nuit.
La cruauté d’On achève bien les chevaux d’Horace MacCoy, métaphore de la crise de 1929, croise la poésie du Bal du Campagnol et le laconisme de la Jetée de Chris Marker, dans ce spectacle d’après l’apocalypse. Mélancolie, nostalgie du monde d’avant et nécessité de rester vivant et d’aimer constituent une tension permanente qui tient en éveil malgré quelques ratés dans le rythme du spectacle et dans certains faux numéros de music-hall.
Né de la crise grecque, Late Night tente, par une forme ludique d’entrer sur le terrain de la politique, de dire au monde ce qui l’attend, sans proposer de remède. De mettre en cause le capitalisme sans prôner la révolution. En droite la ligne du mouvement des «Indignés» ou des « lanceurs d’alerte ». « A quoi sert la mémoire ? A s’affranchir du passé et à dessiner l’avenir.» C’est pour ça qu’ils sont là. Que ce théâtre est là. Cassandre dont la renommée a franchi les siècles ne nous vient-elle pas de Grèce ?
Le collectif Blitz Theatre Group fondé en 2004 par Giorgios Valaïs, Angeliki Paoulia et Christos Passalis a créé une dizaine de spectacles. Son objectif : proposer des dramaturgies nouvelles pour représenter un monde mouvant et incertain et trouver des interactivités avec les spectateurs. « Nous essayons de traduire ce qui se passe autour de nous (…) de partager une expérience avec les spectateurs. » explique Christos Passalis. C’est le pari réussi de Late Night

 

Mireille Davidovici

 

Nouveau théâtre de Montreuil ; 01 48 70 48 80 ; contact@nouveau-theatre-montreuil.com

Jusqu’au 20 décembre.

Débat polémique, le 19 décembre, à l’issue de la représentation : « Le devenir grec de l’Europe libérale ».

 


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