Round-up

Round-up,  écriture scénique collective de Clémence Barbier, Victor Gauthier-Martin et Maïa Sandoz, mise en scène de Victor Gauthier-Martin.

 

round upCela commence par une petite conférence de Victor Gauthier-Martin sur la situation de la production alimentaire, depuis la mise en œuvre de la Politique Agricole commune de Bruxelles, dès 1962, destinée à l’origine à réguler  les cours du marché et à permettre aux éleveurs, céréaliers, producteurs de fruits et légumes, viticulteurs,etc..  de mieux vivre de leur travail. Ce qui a abouti  à  tout un système, très complexe d’aides et subventions, de droits de douanes relativement élevés sur certains produits agricoles et alimentaires (céréales,  viande de bœuf et de porc,etc…) à l’importation dans l’Union européenne, un régime de prix minimum, et des exportations subventionnées dites  « restitutions ».
   Les marchés vont mieux, voir beaucoup mieux ;  merci pour eux, mais, sévère revers de la médaille, cela suppose, question rendement, des méthodes parfois pas nettes du tout: emploi obligatoire d’engrais et intrants chimiques dans l’agriculture, et enfin, introduction d’éléments chimiques à haute dose dans la fabrication de produits alimentaires,  le plus souvent cancérigènes d’abord pour les agriculteurs et ensuite pour les consommateurs. Sans compter la disparition programmée des petites exploitations en Europe moins rentables et à la mise sous tutelle de l’agriculture dans les pays africains,  avec l’assentiment de la plus grande partie de la classe politique européenne et  pour le plus grand bonheur de firmes comme Monsanto de sinistre mémoire… qui inventa,  entre autres joyeusetés, le trop fameux Round Up. Monsanto avait demandé à ses commerciaux de démentir le caractère cancérigène des PCB en citant une étude scientifique réalisée par le Dr Roush, …responsable médical de la firme.: « Nous n’avons rien observé dans nos études de santé préliminaires sur les travailleurs travaillant au contact des PCB, ou sur nos expériences à long terme sur des animaux, qui puisse indiquer que les PCB soient cancérigènes. » Plus tard,  on montrera que ces études avaient été manipulées afin de cacher la vérité. Bravo Monsanto!
   Et comme l’a révélé Chantal Jouanno, étonnée du ton menaçant employé par un des directeurs de Monsanto dans son bureau à l’Elysée qui voulait absolument avoir un avis favorable à l’utilisation des OGM: « Cette fois, ce ne sont plus seulement les risques environnementaux mais les effets sanitaires que l’on redoutait qui apparaissent. Cette alerte doit être ajoutée à toutes les autres sur les perturbateurs endocriniens. Et à ces nombreuses molécules de synthèse qui fragilisent notre organisme ».
  C’est tout cela dont parle assez brillamment Victor Gauthier-Martin, et, avec beaucoup de conviction. Il démontre preuves à l’appui, comment on est arrivé à mettre en place une rhétorique destinée à permettre à l’industrie agro-alimentaire européenne et surtout américaine,  de faire du profit, toujours du profit, et non pas de nourrir ceux qui ne peuvent pas payer, quitte à imposer la loi du plus fort. Sans aucun état d’âme,  et avec force compromissions de soi-disant experts et  spécialistes…
Ensuite, désolé de le dire aussi crûment, le spectacle part un peu dans tous les sens avec des  documentaires projetés et une émission de télévision animée par deux animatrices… bien peu crédibles. Même si l’on donne la parole ensuite à des experts, responsables politiques, le spectacle, pas très bien joué, semble être fait d’un patchwork  peu cohérent, sans véritable fil conducteur et qui,  malgré le sujet, n’a rien de très passionnant, même pendant juste un peu plus d’une heure.
D’autant plus que des problèmes comme le coût environnemental de la fabrication d’un kilo de viande sont à peine effleurés. Et  on ne voit pas bien surtout en quoi le théâtre peut apporter plus et mieux qu’une bon et long documentaire sur la question. C’est bien là finalement où se situe la difficulté.. Et faire du théâtre pour faire du théâtre ne peut être un but en soi, et o
n a l’impression que la trop fameuse phrase de Vitez: « faire du théâtre de tout » est souvent mal comprise des jeunes- et moins jeunes- metteurs en scène qui ne se risquent guère à construire une dramaturgie appliquée à ce type de débat!  Avec un simple tableau noir, quelques accessoires, un peu de musique et  des comédiens bien rodés, Livchine et ses complices du Théâtre de l’Unité, lors de leur cabaret mensuel à Audincourt, dit « kapouchnik », sont nettement plus convaincants sur des thèmes similaires.
  Malgré tout, même si la conception et le mise en scène ne sont vraiment pas à la hauteur des enjeux, Victor Gauthier-Martin dit des choses qui parlent aux collégiens très sensibles aux questions de politique agricole, d’environnement, d’alimentation et  de santé publique, ce n’est déjà pas si mal…

Philippe du Vignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry, au studio Casanova 69 av Danielle  Casanova M: Mairie d’Ivry T: 01 43 90 11 11 jusqu’au 20 décembre.
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Archive pour 17 décembre, 2013

En travaux

En travaux, texte et mise en scène de Pauline Sales.

 

en-travaux-tristant jeanne-valès-49L’écriture de Pauline Sales suscite une l’attention,  à travers la production d’une parole d’aujourd’hui que le spectateur saisit au vol, quand elle est lancée par des comédiens en verve qui veulent en découdre, parfois même un peu trop…
La directrice avec Vincent Garanger, du Préau /Centre Dramatique national de Basse-Normandie-Vire, a mis en scène sa pièce avec hargne,  et même avec rage
. La scénographie de Diane Thibault reprend l’image urbaine de chantiers publics, comme on peut en rencontrer partout. Mais ici, les travaux se font loin de la ville.
Situation de départ : « Une femme et un homme, en bleu de travail et gilets fluorescents, pulls jacquard et casques de chantier, construisent un Algeco. »
Lui, André, est chef de chantier, et elle, Svetlana, intérimaire. Même si le chef (André Poupard) tient des propos dignes du Front National : « Le plat préféré des Français c’est le couscous. Alors, qu’on ne vienne pas me dire que les Français sont racistes. C’est bon, franchement, c’est bon ».
Plutôt brave, il se situerait physiquement entre le baba et le bobo – on a du mal à croire qu’il porte des sacs de plâtre toute la journée- et il parle par jurons crus et bien frappés.
Quant à Svetlana, la jeune étrangère féline, elle joue à merveille du masculin et du féminin, et se fait complaisamment diablesse à l’accent russe – pantalons de travail, ou bien string et talons aiguille. La comédienne Hélène Viviès, entre fantasmes et clichés machistes, en fait des tonnes – accent à couper au couteau et dégaine d’enfer. C’est dommage!  Le propos de Pauline Sales est plus nuancé, et elle écrit, dans l’esprit de Koltès, mais, à sa manière personnelle, son
Combat de nègre et de chiens.
C’est en effet à une bataille en règle à laquelle se livrent les deux associés – l’employeur et l’employée dite intérimaire. Bataille en effet entre l’homme et la femme, provocations, duel verbal, approche sensuelle et chantage sentimental. Les états d’âme déboulent sur la scène, comme pierres qui roulent devant la force de pelleteuses intransigeantes : instinct de survie, violence, cruauté, attendrissement, mensonge et lâcheté, chez les deux forces en présence. L’un n’est pas meilleur que l’autre : l’être est capable de sublime comme du pire. Il faudrait simplement que les deux puissent s’entendre, une fois pour toutes.
En travaux
de Pauline Sales s’attache à décrire nos temps difficiles – sociaux, économiques, professionnels et privés – où on ne prend pas la juste mesure  des hommes et des femmes de la planète entière, qui « circulent » pour sauver leur peau dans la dignité, trouver du travail et une vie meilleure. L’échange ne se fait pas sur nos terres privilégiées, incapables d’accueillir les étrangers démunis et de s’ouvrir à la détresse tangible des autres.
Les relativement nantis restent sourds et aveugles, fermés à la misère comme à la découverte de la richesse intérieure que permet la  différence culturelle et linguistique… Et Pauline Sales, a
vec un talent évident et une plume sûre et décidée, sait de quoi elle parle…

Véronique Hotte

Maison des Métallos 75011 Paris. T : 01 48 05 88 27 jusqu’au 22 décembre.

Chocolat blues

Chocolat blues par Gora Diabate, mise en scène d’Isa Armand. 

affiche_CB_webChocolat Blues retrace la carrière de Rafaël Padilla, fils d’une famille africaine, réduite en esclavage et déportée à Cuba, Padilla devint orphelin et fut vendu à 8 ans comme garçon de ferme! Il s’enfuit, vivant de petits boulots. Le célèbre clown blanc Tony Grice le découvrit végétant à Bilbao, et  impressionné par sa force physique et ses talents de danseur, il en fit d’abord son  homme à tout faire puis son partenaire dans certains de ses numéros. Surnommé Chocolat, il  arrivera à Paris en 1886, et  joua en duo l’Auguste noir  et souffre-douleur  du  clown blanc autoritaire Footit. Avec un grand succès, et il  devint  ainsi vers 1900 – Toulouse-Lautrec fit son  portrait-  une star du music-hall avant de tomber dans l’oubli, avec la montée du racisme au moment de l’affaire Dreyfus.
Gora Diabate, habillé de pantalons noirs et d’une jaquette rouge, incarne Chocolat devant un écran où sont projetées des images. Athlète de la scène, il évoque son terrible parcours : « J’ai trop connu la jungle dans ma cité pourrie (…) Vous croyez que nous sommes tous à égalité face aux mots (…) liberté, égalité, dignité (…) J’en veux pas de votre liberté, je veux rentrer chez moi ! »
Mais ce fut impossible pour Chocolat, qui, au moment où le music-hall lui tourne le dos, survit difficilement après avoir été le premier « clown thérapeute ». Il resta vingt-cinq ans à Paris où il était arrivé sans savoir lire, ni écrire. Interprété avec brio et avec une grande dextérité physique sur un plateau nu, ce solo a déjà été présenté une vingtaine de fois dans un circuit associatif.
Gérard Noiriel, pionnier de l’histoire de l’immigration,  qui a participé à l’élaboration du spectacle, anime ensuite un débat sur le racisme effrayant en Europe.

Edith Rappoport

Maison des Métallos
 20 décembre 2013 à 19h – maison de quartier Monmousseau, 17 rue Gaston Monmousseau, Ivry-sur-Seine (94)
13 janvier 2014 à 20h – Université Populaire d’Arcueil (94)

(www.lespetitsruisseaux.com)

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