En travaux

En travaux, texte et mise en scène de Pauline Sales.

 

en-travaux-tristant jeanne-valès-49L’écriture de Pauline Sales suscite une l’attention,  à travers la production d’une parole d’aujourd’hui que le spectateur saisit au vol, quand elle est lancée par des comédiens en verve qui veulent en découdre, parfois même un peu trop…
La directrice avec Vincent Garanger, du Préau /Centre Dramatique national de Basse-Normandie-Vire, a mis en scène sa pièce avec hargne,  et même avec rage
. La scénographie de Diane Thibault reprend l’image urbaine de chantiers publics, comme on peut en rencontrer partout. Mais ici, les travaux se font loin de la ville.
Situation de départ : « Une femme et un homme, en bleu de travail et gilets fluorescents, pulls jacquard et casques de chantier, construisent un Algeco. »
Lui, André, est chef de chantier, et elle, Svetlana, intérimaire. Même si le chef (André Poupard) tient des propos dignes du Front National : « Le plat préféré des Français c’est le couscous. Alors, qu’on ne vienne pas me dire que les Français sont racistes. C’est bon, franchement, c’est bon ».
Plutôt brave, il se situerait physiquement entre le baba et le bobo – on a du mal à croire qu’il porte des sacs de plâtre toute la journée- et il parle par jurons crus et bien frappés.
Quant à Svetlana, la jeune étrangère féline, elle joue à merveille du masculin et du féminin, et se fait complaisamment diablesse à l’accent russe – pantalons de travail, ou bien string et talons aiguille. La comédienne Hélène Viviès, entre fantasmes et clichés machistes, en fait des tonnes – accent à couper au couteau et dégaine d’enfer. C’est dommage!  Le propos de Pauline Sales est plus nuancé, et elle écrit, dans l’esprit de Koltès, mais, à sa manière personnelle, son
Combat de nègre et de chiens.
C’est en effet à une bataille en règle à laquelle se livrent les deux associés – l’employeur et l’employée dite intérimaire. Bataille en effet entre l’homme et la femme, provocations, duel verbal, approche sensuelle et chantage sentimental. Les états d’âme déboulent sur la scène, comme pierres qui roulent devant la force de pelleteuses intransigeantes : instinct de survie, violence, cruauté, attendrissement, mensonge et lâcheté, chez les deux forces en présence. L’un n’est pas meilleur que l’autre : l’être est capable de sublime comme du pire. Il faudrait simplement que les deux puissent s’entendre, une fois pour toutes.
En travaux
de Pauline Sales s’attache à décrire nos temps difficiles – sociaux, économiques, professionnels et privés – où on ne prend pas la juste mesure  des hommes et des femmes de la planète entière, qui « circulent » pour sauver leur peau dans la dignité, trouver du travail et une vie meilleure. L’échange ne se fait pas sur nos terres privilégiées, incapables d’accueillir les étrangers démunis et de s’ouvrir à la détresse tangible des autres.
Les relativement nantis restent sourds et aveugles, fermés à la misère comme à la découverte de la richesse intérieure que permet la  différence culturelle et linguistique… Et Pauline Sales, a
vec un talent évident et une plume sûre et décidée, sait de quoi elle parle…

Véronique Hotte

Maison des Métallos 75011 Paris. T : 01 48 05 88 27 jusqu’au 22 décembre.

 


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