Conteur ? Conteur

Conteur ? Conteur, de et avec Yannick Jaulin.

 

Y. Jaulin  Il accueille le public en l’apostrophant sur la rue et le quartier de manière amusée, leçon de choses bien appliquée, puis il resserre la focale sur le cadre de scène à l’ancienne, et se transforme en collectionneur d’histoires à partager, une chaise en bois pour partenaire.
Yannick Jaulin, ce petit homme, en costume bleu, doublé de rouge comme ceux des  grooms, s’interroge sur lui-même, avec ce leitmotiv:«Conteur aujourd’hui, est-ce un métier d’avenir»? Et il digresse sur les contes et leur fonction sociale, du merveilleux au traditionnel, par de nombreux chemins de traverse. A la proue du navire, le conteur serait « celui qui trace le petit trait de lumière dans le chaos du monde ». Et du chaos, il y en a et il en parle, parfois dans sa langue natale, le parlhange, le patois de la Vendée.
Il répertorie contes, classifiés dans l’abrégé Aarne et Thompson, (par exemple AT 333 pour Le Petit Chaperon Rouge), parle du loup, source d’inspiration, et de recettes de cuisine, différentes selon les régions, admire les filles qui, dans les contes, ont de la répartie.  Yannick Jaulin  fait aussi voyager les histoires entre elles. « La fable, dit-il, en vendéen ou en vieux français, a une traçabilité », comme il le montre avec  Le Loup et l’Agneau. Dans son bestiaire, se trouve aussi la punaise proliférante, le jugement de la taupe et sa mise à mort, et le voilà inépuisable. Son chapitre sur l’amour ressemble à la nuit des morts vivants, entre la cave de Sainte-Cécile et les thés dansants, appelés la « farfouille »: « Henri ! Tu me fais rire, Henri !»…
Des monstres qu’on fabrique, des fictions qui apaisent le réel, un monde disparu gorgé de sang, l’homme qui s’égoutte: l’imagination de Jaulin va bon train. Et il poursuit, avec François le menuisier qui fabrique des cercueils; il construit le sien propre pour déjouer la concurrence, et multiplie les commandes ; avec la campagne de Russie et le feu qui gelait ; avec les mauvais coups, les sorts jetés, les jeux de cartes, les jumeaux, si étranges. Quand le présent est muet, il convoque le bon vieux temps, et, dans sa spirale infernale, questionne ses racines, ses doutes et ses peurs. « Vous n’êtes pas venus d’aussi loin pour entendre ça !» lance-t-il…
La fin du spectacle se situe entre la causerie militante et la rengaine du rocker qui se consume. « Conteur ? La seule chose que je sais faire… Parce que je suis conteur, je peux relever ce défi : être dans le réel, dans l’actualité du monde et la faire résonner sur des paroles mythologiques, des récits allégoriques, être à la fois au-dessus des terres et dans les caves du monde ».
Et Jaulin repart vers sa zénitude, et le spectateur vers la sienne…

 

Brigitte Rémer

 

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris. M : La Chapelle, jusqu’au 21 décembre, du mardi au samedi, à 19h.  T : 01-46-07-34-50.
Beau Monde ? Compagnie Yannick Jaulin. www.yannickjaulin.com


Archive pour 18 décembre, 2013

Memento Mori

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Memento Mori, conception et réalisation de Pascal Rambert.

 

  Pascal Rambert, l’acteur, auteur, metteur en scène, et directeur, depuis 2007, du Théâtre de Gennevilliers-Centre Dramatique National de Création Contemporaine, , sait  ce qu’il veut quand il s’agit de danse et de performance. Il reprend Memento Mori (N’oublie pas que tu vas mourir), une performance pour cinq danseurs aux noms savoureux:  Elmer Bäck, Rasmus Slätis, Anders Carlsson, Jakob Ührman, Lorenzo De Angelis.
Qu’est-ce qu’être en vie? C’est une invention créative, une leçon en douceur de sagesse universelle et d’humilité, doublée d’un cours d’apprentissage des sensations auditives, visuelles et olfactives. Une sorte d’atelier des cinq sens, comme il en est beaucoup aujourd’hui sur n’importe thème. Le spectacle s’approche, sans que le public ne  touche ni ne goûter rien  de concret, de l’expérience tactile et gustative projetée.
Étrangement, la scène ne fait pas obstacle à l’ouverture que requiert toute aventure sensuelle, au sens scientifique de la vie de la terre et des hommes. Le spectacle invite en effet à écouter les corps nus et bruts, sans qu’on les voie, et à laisser passer et sentir le silence blafard dans l’ombre inquiétante et la nuit aveugle. Entendre le non-bruit ou l’absence, rien n’est plus rare en ces moments de folie et de fureur bruyante…
Une occasion de faire retour sur soi. Ainsi, peu à peu, et dans la nuit la plus totale, quand apparaît,  au détour d’une lumière fugace, l’ombre d’un être au corps musculeux et nu, le regard saisit l’innommable ou l’inouï existentiel, au sens où l’entendait Maurice Blanchot. Ombre blanche, trace évanescente, silhouette disparue.
Voilà le spectateur  revenu dans sa caverne originelle, les limbes d’avant la vie. Le corps surgit fugitivement du néant pour se noyer de nouveau dans l’ombre, et réapparaître là où on ne l’attendait plus. Fermer ses yeux, et écouter ces corps solitaires qui se frôlent et ne se touchent qu’à peine, même si tel ou tel signe advient parfois: claquement de peau, frottement de chairs livrées au hasard des chocs sourds des  danseurs  entre eux.
Les chairs s’entrechoquent, depuis les muscles des bras jusqu’aux fesses rebondies. D’autres signaux sonores qui n’ont  rien d’humain, accèdent alors à nos oreilles: crissements sur le sol plastique, écrasement mou et sonore des matières: quelque chose s’active que nous ne pouvons deviner. Une posture énigmatique. À la fin de la performance, quand la lumière se fait et se donne – Yves Godin est le manipulateur des lumières -, les corps nus apparaissent enfin, n’affirmant leur présence que les uns par rapport aux autres. Sur le sol, gisent, comme on le dirait de restes humains, des fruits colorés écrasés, des bananes jaunes, des tomates rouges, des aubergines violettes, des traces d’eau,  flaques de vie qui scintillent sous les éclairages. Et ces vestiges donnent à humer leurs essences…
Et si les modèles vivants n’étaient finalement sur la scène que les sujets animés – devenus vivants – d’une fresque classique, généreuse et glorieuse, à la manière de natures mortes qui auraient été réinvesties pour la vraie vie et le mouvement irréversible du temps?
N’oublie pas que tu vas mourir.

 Véronique Hotte

 

Théâtre de Gennevilliers. Tél : 01 41 32 26 26   Les 19 décembre à 19h30 et  20 décembre à 20h30.

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