Phèdre

 

Phèdre de Jean Racine, mise en scène de Pascaline Ponti.

  C’est avant tout une histoire d’éblouissement : Phèdre est « éblouie du jour qu’[elle] revoit », et d’abord par Hippolyte, Hippolyte par cette « flamme si noire » dont « la fille de Minos et de Pasiphaé » lui fait l’aveu, et par les exploits de son père Thésée, lui-même ébloui par les accusations trompeuses d’Œnone contre son fils… Ce jour-là, le jour de la tragédie, ils sont tous comme foudroyés par le formidable pouvoir de Vénus.
Une seule voit s’ouvrir devant elle un amour clair et serein  : c’est Aricie, jeune fille forte comme Racine sait les écrire, seule à échapper à une parenté fatale avec les dieux… Ce n’est pas la première fois qu’une comédienne tente de donner le texte de Phèdre en son entier, d’en respirer tout le texte d’un vaste souffle. Mais Pascaline Ponti qui joue tous les personnages a la vertu de faire les  « monter » : Ismène, confidente d’Aricie, Panope, femme de la suite de Phèdre, qu’on oublie toujours, prennent ici leur vraie place, disent ce qu’elles ont à dire, dans l’instant, dans l’urgence de la scène, forcément à hauteur égale.
De même, les questions politiques prennent ici leur vraie place: Hippolyte a grandi en un jour, et pas seulement, comme successeur de son père, supposé mort. Il conquiert, dans ses paroles à Aricie, une vraie responsabilité, et s’il dit, une fois de plus, vouloir partir, ce n’est plus en timide apprenti s’en allant pour son grand tour d’initiation, mais en prince raisonnable.
Ainsi porté par Pascaline Ponti, le poème dramatique a rarement résonné avec une telle générosité. La Poétique d’Aristote recule d’une case : le drame devient le récit, le chant qu’il porte en lui. Tout est emporté dans un mouvement continu, d’avancées et de retraits, d’élans et de retenue. La comédienne n’illustre jamais, ne sépare pas les personnages mais  les enchaîne comme les diverses faces d’une même pensée. Elle se laisse traverser par eux, et ils nous parviennent. Elle le fait, si l’on peut dire, avec une passion tranquille, sans le moindre effet ni artifice. Phèdre signifie, justement, « l’éblouissante ».
Pascaline Ponti, elle,  ne cherche pas à éblouir : elle éclaire, et réchauffe la pièce de Racine. C’est fort, et beau. Ne le ratez pas, si le spectacle passe près de chez vous.

Christine Friedel

Phèdre solo se jouera du 31 janvier au 6 février au Lavoir Moderne Parisien.


Archive pour 19 décembre, 2013

Phèdre

 

Phèdre de Jean Racine, mise en scène de Pascaline Ponti.

  C’est avant tout une histoire d’éblouissement : Phèdre est « éblouie du jour qu’[elle] revoit », et d’abord par Hippolyte, Hippolyte par cette « flamme si noire » dont « la fille de Minos et de Pasiphaé » lui fait l’aveu, et par les exploits de son père Thésée, lui-même ébloui par les accusations trompeuses d’Œnone contre son fils… Ce jour-là, le jour de la tragédie, ils sont tous comme foudroyés par le formidable pouvoir de Vénus.
Une seule voit s’ouvrir devant elle un amour clair et serein  : c’est Aricie, jeune fille forte comme Racine sait les écrire, seule à échapper à une parenté fatale avec les dieux… Ce n’est pas la première fois qu’une comédienne tente de donner le texte de Phèdre en son entier, d’en respirer tout le texte d’un vaste souffle. Mais Pascaline Ponti qui joue tous les personnages a la vertu de faire les  « monter » : Ismène, confidente d’Aricie, Panope, femme de la suite de Phèdre, qu’on oublie toujours, prennent ici leur vraie place, disent ce qu’elles ont à dire, dans l’instant, dans l’urgence de la scène, forcément à hauteur égale.
De même, les questions politiques prennent ici leur vraie place: Hippolyte a grandi en un jour, et pas seulement, comme successeur de son père, supposé mort. Il conquiert, dans ses paroles à Aricie, une vraie responsabilité, et s’il dit, une fois de plus, vouloir partir, ce n’est plus en timide apprenti s’en allant pour son grand tour d’initiation, mais en prince raisonnable.
Ainsi porté par Pascaline Ponti, le poème dramatique a rarement résonné avec une telle générosité. La Poétique d’Aristote recule d’une case : le drame devient le récit, le chant qu’il porte en lui. Tout est emporté dans un mouvement continu, d’avancées et de retraits, d’élans et de retenue. La comédienne n’illustre jamais, ne sépare pas les personnages mais  les enchaîne comme les diverses faces d’une même pensée. Elle se laisse traverser par eux, et ils nous parviennent. Elle le fait, si l’on peut dire, avec une passion tranquille, sans le moindre effet ni artifice. Phèdre signifie, justement, « l’éblouissante ».
Pascaline Ponti, elle,  ne cherche pas à éblouir : elle éclaire, et réchauffe la pièce de Racine. C’est fort, et beau. Ne le ratez pas, si le spectacle passe près de chez vous.

Christine Friedel

Phèdre solo se jouera du 31 janvier au 6 février au Lavoir Moderne Parisien.

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