Une saison à Saint-Pétersbourg

 Une saison à Saint-Pétersbourg.  

 

TourskyDans le cadre des échanges culturels entre Marseille et Saint- Pétersbourg, le théâtre Toursky vient d’accueillir à la fin novembre quelques spectacles représentatifs des tendances actuelles de la dramaturgie russe. A l’initiative de Victor Minkov qui organise chaque année ce festival dans une ville européenne. Marseille a été choisie en 2013, comme capitale européenne de la culture.
D’abord avec un gala de danse à l’Opéra de Marseille. Puis le Toursky a accueilli des spectacles créés à Saint-Pétersbourg, au Théâtre dramatique Tovstanogov , à L’Entreprise russe dirigée par Andreï Mironov, au Foyer du Comédien, et au Théâtre de l’Atelier.
Au programme:  La Dame au petit chien et Salle N°6  d’après Tchekhov, Le Mariage de Balzaminov  d’après Ostrovsky, Lear,  d’après Shakespeare, et enfin, un cabaret russe d’une grande qualité professionnelle, présenté après chaque spectacle.
Avec des avis partagés : Salle N° 6  a recueilli tous les suffrages, en particulier pour sa scénographie. La Dame au petit chien  et Le Mariage de Balzaminov , de facture classique, ont aussi été bien reçus. Mais Lear qui devait être le clou de ce festival par son audace provocatrice, n’a pas du tout tenu ses promesses… Le metteur en scène, Bogomolov,  avait cru bon d’y ajouter des textes de Nietzsche et de Chalamov, de façon à actualiser la pièce avec des allusions sanglantes et cinglantes à l’histoire récente de la Russie…
Selon un procédé bien usé, les personnages masculins étaient joués par des femmes, et inversement. Le roi Lear, lui, était incarné par la grande comédienne Rosa Khaïroulina. Le choix de ce spectacle appelé à couronner le festival peut s’expliquer par le bruit qu’il a suscité en Russie où il avait été nominé au concours des  Masques d’Or. En général, les options dramaturgiques de ces spectacles ont divisé le public mais on y a retrouvé, sans exception, le métier et l’engagement de comédiens formés à l’école russe qui, depuis Stanislavski, auront beaucoup apporté à l’art du théâtre.
Le Toursky que Richard Martin dirige depuis quarante-trois ans dans un quartier populaire de la ville est un lieu théâtral unique à Marseille, et en France. Il ne bénéficie pas outre-mesure de la faveur des pouvoirs publics et Richard Martin a dû recourir à deux reprises à une grève de la faim pour empêcher qu’on  retire es subventions indispensables à la vie de ce  lieu où la culture fait intimement partie de la vie. Et, quand on s’interroge sur une crise du théâtre liée à une crise de la société, on devrait se pencher davantage sur l’existence d’une salle qui a fidélisé un public, et où l’on joue tous les soirs à guichets fermés, quelle que soit la programmation.
Dans une société atomisée et sans âme, le public s’y retrouve en famille pour partager des émotions artistiques qui ne sont pas isolées de la réalité de la vie. Sinon, comment expliquer que, chaque soir, , une foule de gens vienne dans un quartier reculé de Marseille, oublier ses soucis pour entrer dans une autre vie imaginaire, mais plus vraie que la vie ordinaire. Telle est la magie d’un théâtre quand on peut s’y ressourcer dans une communauté fraternelle qui offre  l’espoir d’un autre avenir que celui d’un monde en perte de sens.
Richard Martin a conçu son théâtre comme un lieu de rencontres et d’échanges avec des buffets offerts, avant et après chaque spectacle… Avec un accueil toujours chaleureux et généreux. Richard Martin publie aussi La Revue des Archers, du nom d’un réseau de plusieurs milliers d’amis du Toursky dans le monde entier. Il a aussi créé aussi une Université populaire avec des enseignants de différentes disciplines. Et le théâtre s’est récemment doté d’une annexe pour accueillir des spectacles de cabaret.
Aux murs du Toursky, des affiches rappellent ses moments forts et les grands noms du théâtre, du cinéma et de la chanson qu’il a accueilli, comme Léo Ferré, proche de Richard Martin ; ici, le passé se mêle au présent et toujours dans un esprit de rassemblement autour d’une même idée de l’homme et de la société. On retrouve au Toursky la fonction sociale du théâtre en Russie, dans une inversion des rapports entre vie ordinaire et vie scénique, entre vie réelle et vie rêvée. C’est sans doute la racine profonde des liens qui, depuis plus de vingt ans, se sont tissés entre le Toursky et la Russie. Richard Martin y organise en effet avec ses propres moyens, un festival de théâtre, devenu un lieu de passage obligé des rapports culturels entre France et Russie.
Il y a les réalités de la culture et de la vie, et il y a les catégories officielles qui sont souvent des alibis de l’enfermement et de l’inertie. Il y a aussi les clichés concernant les interdits et les exclusions de la médiocratie, et les relations humaines, fondement d’une véritable culture politique, et poétique, car il ne saurait en être autrement pour une culture de la cité. Le Toursky, théâtre municipal, dépend du pouvoir de la cité, et sur la cité. Il fut un temps où l’on rêvait de créer un théâtre populaire. Mission que s’était donnée Jean Vilar, puis Roger Planchon. Richard Martin, lui, a repris le flambeau dans un contexte plus difficile. Mais, avec ténacité et générosité, il a forgé au Toursky, à qui il a donné une véritable capacité de création et d’accueil, les liens d’une culture populaire depuis longtemps absente de «la société spectaculaire et marchande », pour reprendre les mots d’Armand Gatti.

 Gérard Conio

Théâtre Toursky, prochains spectacles: 14 janvier: Jean Jaurès, une voix, une parole Jean-Claude Drouot, (complet); le 17 janvier Lune air Julien Cottereau le 17 janvier (complet); le 21 janvier La Nuit des poètes Compagnie Pietragalla-Droulaut; le 27 et 28 janvier et les 28 et 29 janvier; Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco avec Michel Bouquet.

 


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