Ali-Baba

Ali-Baba, adaptation de Macha Makeieff et Elias Sanbar, mise en scène de Macha Makeieff.

  101758-ali-babaD’abord, rendons  à César…. Le plus ancien manuscrit des Mille et une nuits date du IXème siècle, et c’est grâce à Antoine Galland, lecteur de Louis XIV pour les langues orientales,  qui fit venir de Syrie un manuscrit du XVème siècle et qui le traduit en français en 1701. Succès immédiat en France, en Europe et en Amérique, et  traduit en de nombreuses langues.
Grâce aux récits de son ami syrien,  Antun Yusuf Hannâ Diyâb, il y a ajouté  des contes sans doute d’origine persane, comme Aladin ou Ali-Baba dont on ne trouve pas trace dans les manuscrits arabes antérieurs.
Une nouvelle traduction de Mardrus, au début  du XXème,  le fera encore davantage connaître. Ali-Baba, depuis, fut adapté de nombreuses fois au cinéma, en dessins animés, bandes dessinées, et  en comédie musicale,surtout en Angleterre. La recette, avec un cocktail de fable truffée d’aventures en tout genre et emboîtées (vol en séries , crime…), de farce, chants, musique et danse, le tout sur fond d’orientalisme,  fonctionne à tous les coups,  encore faut-il bien s’y prendre…

  C’est l’histoire d’Ali, (Atmen Kelif, vieux complice de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps), un pauvre petit ferrailleur, qui récupère  tout ce qui peut encore se revendre et qui va devenir  riche grâce à une ruse. Un jour, il surprend et le code d’ouverture d’un conteneur (équivalent moderne de la fameuse formule magique: « Sésame, ouvre-toi ! » Sésame, ferme-toi ! » d’un conteneur rouge comme il y en a par milliers dans le port de Marseille), où se trouve le magot du grand chef des voleurs dont il va s’emparer. Mais il tremble évidemment à l’idée de posséder ce trésor. Son frère Cassim, lui, est un riche petit commerçant assez pingre qui vend  un peu de tout( Thomas Morris), dont  la femme muette, Zulma, est jouée par l’excellent acteur Canaan Marguerite. Il est surpris par la fortune soudaine d’Ali Baba qui lui raconte l’affaire…
  Cassim alors va y voir mais  ne retrouve plus le code qui lui permettrait de sortir du conteneur. Les bandits vont alors le tuer et découper son corps en morceaux. Ali Baba, découvre ses restes et,  avec l’aide de Morgiane, réussit à enterrer son frère. Et cette  Morgiane/Shehérazade (ici les deux personnages sont confondus,  et joués par Sahar Dehghan), sauvera Ali-Baba des griffes du très redoutable chef des quarante voleurs, (Shahrokh Moshkin Ghalam, tout habillé de noir, et aux yeux cernés du même noir .
  Et cela donne quoi? Un spectacle, osons le mot, populaire, et pas du tout vulgaire, où il y a parfois l’influence évidente des Deschiens, comme, avec cette série de petits tabourets où tous les personnages  sont assis au début. Mais avec un mélange savoureux de musique, de danse, d’acrobaties et de jeu impeccablement réglé. Macha Makeïeff a imaginé, pour cette fable, avec la scénographe Margot Clavières, une petite maison cubique, avec deux étages, et une terrasse en haut, munie d’une parabole,  comme on en voit sur tout le pourtour de la Méditerranée, et plus loin,  il y a le fameux conteneur rouge.
C’est habile et parfaitement adapté aux multiples aventures du conte. Mieux vaut oublier des écrans qui ne servent pas à grand chose qu’à annoncer des titres inutiles avec traduction en arabe, ou de magnifiques vues sur… des  centaines de conteneurs sur le port de Marseille (ce qui offre un intérêt des plus limités et casse le rythme). Il y a aussi,  filmés, des petits tours  à scooter d’Ali Baba,  dont ne voit pas du tout le sens… Les esprits chagrins diront sans doute que, seule au gouvernail et sans Jérôme Deschamps, Macha doit faire ses preuves. Sans doute y-a-t-il bien des petites erreurs mais bon,  rien de grave…

Macha Makeieff, avec ces clins d’œil, semble avoir besoin de rassurer en prouvant qu’elle aussi était d’origine marseillaise, c’est à dire… de famille à la fois russe et italienne, et voulait aussi rendre hommage à Jacques Tati  dont Jérôme Deschamps était parent, et à qui ils ont souvent emprunté de nombreux gags. Les dialogues sont ciselés mais, côté dramaturgie, l’adaptation comme la représentation scénique de ce conte avec cette série d’enchâssements à la mode persane, ne sont pas très claires si on ne suit pas attentivement. C’est dommage mais là aussi rien de grave!
En tout cas, cette parabole sur l’argent facile et destructeur d’identité, est assez bien vue, et la metteuse en scène a eu la bonne idée de ne pas orientaliser, avec des images d’Epinal, ce fabuleux conte mais de le transposer à Marseille la cosmopolite, en 2013. Entre autres exemples, la fameuse taverne est devenu  conteneur,  et les grandes jarres, où sont cachés les voleurs, des fûts métalliques…

  Dans son son précédent spectacle, Les Apaches (voir Le Théâtre du Blog), la direction d’acteurs était faiblarde mais ici, Macha Makeieff tient bien les choses en mains et sa troupe: (Atmen Kelif/Ali-Baba qui a l’accent du Sud, Thomas Morris, Shahrokh Moshkin Ghalam, Canaan Marguerite, Aurélien Mussard, Romuald Bruneau, Braulio Bandeira, Philippe Borecek, Philippe Arestan, Aïssa Mallouk et Sahar Dehghan) possède une belle unité et  ses comédiens et musiciens semblent heureux de travailler ensemble. Cela fait plaisir, et à Paris dans les grandes troupes -suivez  notre regard- ce n’est pas toujours le cas…
  La metteuse en scène a su garder à l’ensemble du spectacle un bon rythme, malgré quelques longueurs, avec un mélange bien dosé d’acrobaties, de danse, de musique (entre autres, le groupe Aba..) et de jeu en français, et parfois en arabe. Le spectacle s’essouffle un peu la deuxième heure, et aurait mérité une petite coupe: le conte n’y aurait perdu ni de sa magie, ni de son côté farcesque. (De quoi, vous mêlez-vous, du Vignal, de toute façon, c’est trop tard!) Oui, mais on l’aura quand même dit…
  En tout cas, Didier Deschamps a bien fait d’inviter Ali-Baba; il  y a longtemps qu’on n’avait pas vu, à Chaillot  comme ailleurs, un spectacle où les enfants soient si heureux et rient de si bon cœur. Leurs parents et grands-parents peuvent aussi y trouver leur compte, à une seule condition: accepter, après avoir laissé leurs soucis au vestiaire, de  retrouver leur âme candide d’enfant. Par les temps qui courent, cet Ali-Baba, malgré ses imperfections, fait du bien.  

Philippe du Vignal
 
Théâtre National de Chaillot jusqu’au 28 décembre. Théâtre Saint-Louis à Cholet les 31 décembre et 1er janvier; La Comédie de Reims, les 20 et 21 février; Le Parvis-Scène nationale Tarbes Pyrénées les 13 et 14 mars.  L’Artchipel, Scène nationale de la Guadeloupe les 10, 11 et 12 avril. L’Espal, Théâtre- Scène conventionnée Le Mans les 13, 14 et 15 avril; Théâtre National de Nice les 29, 30 et 31 avril. 

http://www.dailymotion.com/video/xxysv8

 


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