Getting attention

Getting attention de Martin Crimp, traduction de Séverine Magois, mise en scène d’Alexandre Finck. Travail d’élèves de troisième année de l’ERAC.

  Petit_Theatre_13_12_19_07Cela fait une vingtaine d’années que Martin Crimp  écrivain britannique de 57 ans,  est connu en France et joué un peu partout avec des pièces qui ont marqué le public  comme La Campagne, Face au mur, Claire en affaires, La Ville,  Atteinte à sa vie, Tendre et cruel,  et Getting attention (voir Le Théâtre du Blog). On l’a comparé à Harold Pinter; Crimp sait dire la violence et la menace au sein des couples mais, avec distance et cruauté à la fois.  Avec une prédilection pour le réel et le quotidien de gens fragiles, il tricote une intrigue  pour très vite la déconstruire et  établit  un climat tout à fait particulier, avec des dialogues  fondés sur les non-dits, les silences, les mensonges par omission comme on disait autrefois. Le vrai, le faux, les demi-vérités ou les  demi-mensonges, les hypothèses comme les questions sans réponses: Martin Crimp emmène habilement  le public sur les chemins de l’inconscient, et on ne saura jamais vraiment rien de sûr sur l’histoire aussi banale que fascinante qu’il nous raconte. « L’espace dramatique, dit-il, est un espace mental, pas un espace physique »..
  Getting attention se passe dans une banlieue ouvrière très pauvre de Londres où habite un jeune couple, Carol et Nick. Carol a une petite fille, Sharon, sans doute martyrisée et que le public ne verra jamais. Et c’est vrai que la présence même de cette enfant parait anormale dans ce milieu où on peut comprendre qu’elle n’y a pas vraiment sa place. Et pourtant ce bébé est bien là, avec toute sa fragilité et ses parents, même désocialisés, ne sont peut-être pas pire que d’autres issus de classes dites favorisées. Il y a aussi  Milly plus âgée qu’eux, qui a perdu son mari à la suite d’une longue maladie, et Bob, un chômeur qui a des ennuis avec les services sociaux. Et des personnages masqués ici l’un à tête de chien, et l’autre de canard. La maison sera couverte de graffitis,  comme pour dire qu’il s’y passe quelque chose de pas très net…
Mais Martin Crimp ne porte pas de jugement, ne formule pas d’hypothèse sociologique, et y va par touches successives, en donnant quelques petits indices. Au public, que Martin Crimp prend un peu en otage et qui devient presque complice muet  de la situation, de décrypter son univers… C’est singulièrement habile et  on comprend que cette dramaturgie puisse passionner de jeunes comédiens en quête de nouveaux textes.  Et tout, dans cette écriture très ciselée, est dans le non-dit, le suggéré:  » Je ne les connais pas du tout, dit un des personnages à propos du jeune couple,  mais ils ont l’air de gens très bien. Et, bien sûr, la petite, on ne l’entend pas beaucoup ». A nous,  de faire ensuite un effort minimum de compréhension…

  En tout cas, le travail de ces jeunes gens en quinze jours seulement, est tout à fait intéressant. Même si la scénographie pas complètement réussie- la chambre du bébé, sorte de grande caisse avec un rideau au centre de la scène, est assez peu crédible- mais, avec ses deux niveaux de jeu, elle permet une circulation et une bonne mise en valeur des personnages, notamment des deux hommes masqués. Et l’univers de ces gens en situation de détresse absolue: vieux canapé, table en bois sale et sans âge, poste de télévision obsolète, détritus et canettes de bière un peu partout… est bien campé.
Côté mise en scène, illustration sonore et direction d’acteurs, Alexandre Finck s’en tire bien:il a compris comment on pouvait aborder ce type de texte et réussit à tenir le rythme indispensable  pour que la pièce ne parte pas dans tous les sens. Et la direction d’acteurs est aussi précise que sensible, même si certains n’ont pas l’âge de leur personnage mais qu’importe… Les copains  de Finck : Anna Carlier, Anthony Devaux, Adrien Guiraud, Maximin Marchand, Juliette Prier, Lisa Spatazza et Gonzague Van Bervesseles, ont visiblement confiance en lui, et font ce travail d’école avec une rigueur assez étonnante sur le plan de l’oralité et de la gestuelle.
 Petit_Theatre_13_12_19_11Pas de criailleries ni de sur-jeu, voire de cabotinage personnel comme se le permettent parfois les élèves du Conservatoire national ou d’autres écoles privées, pas non plus de courses sur le plateau et dans la salle, véritable manie des jeunes troupes. Mais une unité dans le jeu et une sobriété tout-à-fait bienvenues.
La partition de Martin Crimp peut être en effet du genre casse-gueule et le metteur en scène doit se montrer vigilant s’il veut que les comédiens ne tombent pas dans un jeu trop réaliste. L’acoustique de la petite salle de la Belle-de-mai est aux abonnés absents mais, malgré cela, Alexandre Finck réussit, sans tricher, à faire passer le texte, et le directeur de L’ERAC à Cannes et à Marseille, Didier Abadie qui a cornaqué l’opération, peut se réjouir de la qualité de ce travail de troisième et dernière année.

 Que deviendront ces jeunes gens qui, de toute évidence, ont été bien formés? C’est toujours la question que l’on se pose mais on aurait vraiment plaisir à les revoir ensemble. Cela arrive, et pour un temps non négligeable, avec certaines promotions d’école… On a ainsi vu une dizaine d’ex-élèves de l’Ecole de Chaillot qui, dix ans après leur sortie,  continuaient à travailler ensemble quand ils le pouvaient!
Comme le disait Antoine Vitez avec une pointe d’ironie:  » Au moins, ils se seront connus là »…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au petit théâtre de la Friche à Marseille le 20 décembre; pour toute information sur l’enseignement et le concours d’entrée à l’ERAC:  68 avenue du Petit Juas – 06400 Cannes.  T : 04 93 38 73 30 Mél: erac@wanadoo.fr
http://www.erac-cannes.fr. 

Les pièces de Martin Crimp sont publiées chez l’Arche éditeur.

                      


Archive pour 24 décembre, 2013

Getting attention

Getting attention de Martin Crimp, traduction de Séverine Magois, mise en scène d’Alexandre Finck. Travail d’élèves de troisième année de l’ERAC.

  Petit_Theatre_13_12_19_07Cela fait une vingtaine d’années que Martin Crimp  écrivain britannique de 57 ans,  est connu en France et joué un peu partout avec des pièces qui ont marqué le public  comme La Campagne, Face au mur, Claire en affaires, La Ville,  Atteinte à sa vie, Tendre et cruel,  et Getting attention (voir Le Théâtre du Blog). On l’a comparé à Harold Pinter; Crimp sait dire la violence et la menace au sein des couples mais, avec distance et cruauté à la fois.  Avec une prédilection pour le réel et le quotidien de gens fragiles, il tricote une intrigue  pour très vite la déconstruire et  établit  un climat tout à fait particulier, avec des dialogues  fondés sur les non-dits, les silences, les mensonges par omission comme on disait autrefois. Le vrai, le faux, les demi-vérités ou les  demi-mensonges, les hypothèses comme les questions sans réponses: Martin Crimp emmène habilement  le public sur les chemins de l’inconscient, et on ne saura jamais vraiment rien de sûr sur l’histoire aussi banale que fascinante qu’il nous raconte. « L’espace dramatique, dit-il, est un espace mental, pas un espace physique »..
  Getting attention se passe dans une banlieue ouvrière très pauvre de Londres où habite un jeune couple, Carol et Nick. Carol a une petite fille, Sharon, sans doute martyrisée et que le public ne verra jamais. Et c’est vrai que la présence même de cette enfant parait anormale dans ce milieu où on peut comprendre qu’elle n’y a pas vraiment sa place. Et pourtant ce bébé est bien là, avec toute sa fragilité et ses parents, même désocialisés, ne sont peut-être pas pire que d’autres issus de classes dites favorisées. Il y a aussi  Milly plus âgée qu’eux, qui a perdu son mari à la suite d’une longue maladie, et Bob, un chômeur qui a des ennuis avec les services sociaux. Et des personnages masqués ici l’un à tête de chien, et l’autre de canard. La maison sera couverte de graffitis,  comme pour dire qu’il s’y passe quelque chose de pas très net…
Mais Martin Crimp ne porte pas de jugement, ne formule pas d’hypothèse sociologique, et y va par touches successives, en donnant quelques petits indices. Au public, que Martin Crimp prend un peu en otage et qui devient presque complice muet  de la situation, de décrypter son univers… C’est singulièrement habile et  on comprend que cette dramaturgie puisse passionner de jeunes comédiens en quête de nouveaux textes.  Et tout, dans cette écriture très ciselée, est dans le non-dit, le suggéré:  » Je ne les connais pas du tout, dit un des personnages à propos du jeune couple,  mais ils ont l’air de gens très bien. Et, bien sûr, la petite, on ne l’entend pas beaucoup ». A nous,  de faire ensuite un effort minimum de compréhension…

  En tout cas, le travail de ces jeunes gens en quinze jours seulement, est tout à fait intéressant. Même si la scénographie pas complètement réussie- la chambre du bébé, sorte de grande caisse avec un rideau au centre de la scène, est assez peu crédible- mais, avec ses deux niveaux de jeu, elle permet une circulation et une bonne mise en valeur des personnages, notamment des deux hommes masqués. Et l’univers de ces gens en situation de détresse absolue: vieux canapé, table en bois sale et sans âge, poste de télévision obsolète, détritus et canettes de bière un peu partout… est bien campé.
Côté mise en scène, illustration sonore et direction d’acteurs, Alexandre Finck s’en tire bien:il a compris comment on pouvait aborder ce type de texte et réussit à tenir le rythme indispensable  pour que la pièce ne parte pas dans tous les sens. Et la direction d’acteurs est aussi précise que sensible, même si certains n’ont pas l’âge de leur personnage mais qu’importe… Les copains  de Finck : Anna Carlier, Anthony Devaux, Adrien Guiraud, Maximin Marchand, Juliette Prier, Lisa Spatazza et Gonzague Van Bervesseles, ont visiblement confiance en lui, et font ce travail d’école avec une rigueur assez étonnante sur le plan de l’oralité et de la gestuelle.
 Petit_Theatre_13_12_19_11Pas de criailleries ni de sur-jeu, voire de cabotinage personnel comme se le permettent parfois les élèves du Conservatoire national ou d’autres écoles privées, pas non plus de courses sur le plateau et dans la salle, véritable manie des jeunes troupes. Mais une unité dans le jeu et une sobriété tout-à-fait bienvenues.
La partition de Martin Crimp peut être en effet du genre casse-gueule et le metteur en scène doit se montrer vigilant s’il veut que les comédiens ne tombent pas dans un jeu trop réaliste. L’acoustique de la petite salle de la Belle-de-mai est aux abonnés absents mais, malgré cela, Alexandre Finck réussit, sans tricher, à faire passer le texte, et le directeur de L’ERAC à Cannes et à Marseille, Didier Abadie qui a cornaqué l’opération, peut se réjouir de la qualité de ce travail de troisième et dernière année.

 Que deviendront ces jeunes gens qui, de toute évidence, ont été bien formés? C’est toujours la question que l’on se pose mais on aurait vraiment plaisir à les revoir ensemble. Cela arrive, et pour un temps non négligeable, avec certaines promotions d’école… On a ainsi vu une dizaine d’ex-élèves de l’Ecole de Chaillot qui, dix ans après leur sortie,  continuaient à travailler ensemble quand ils le pouvaient!
Comme le disait Antoine Vitez avec une pointe d’ironie:  » Au moins, ils se seront connus là »…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au petit théâtre de la Friche à Marseille le 20 décembre; pour toute information sur l’enseignement et le concours d’entrée à l’ERAC:  68 avenue du Petit Juas – 06400 Cannes.  T : 04 93 38 73 30 Mél: erac@wanadoo.fr
http://www.erac-cannes.fr. 

Les pièces de Martin Crimp sont publiées chez l’Arche éditeur.

                      

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