Contes chinois

Contes chinois, de Chen Jiang Hong, mise en scène de François Orsoni.

65306_contes-chinois-dr  La récitante se trouve au premier rang et fait face au public, comme une maîtresse face à sa classe. Micro en mains, et petite lampe sur un coin de table improvisé, elle tourne les pages du Prince tigre de Chen Jiang Hong, et raconte.
Les images sur l’écran-livre imaginé par le scénographe Pierre Nouvel répandent leurs couleurs vives à la manière du Livre de la Jungle. De fixes, elles s’animent, grâce à la comédienne Estelle Meyer.
Côté cour, un pianiste commente l’action avec sensibilité. Le livre se referme, sur ce Prince rendu aux siens, après avoir été enlevé par    Dame la tigresse qui l’a élevé, comme elle l’aurait fait avec son petit qu’on lui avait pris.

Dans le second conte, Le Cheval magique de Han Gan,  Chen Jiang Hong dessine la féerie, sur son rouleau de papier calque et avec ses pinceaux. Assis à sa table de travail, il crée, au fil du récit, les personnages de cette symphonie au galop, comme les notes d’une partition, et ses chevaux célestes prennent vie comme autant de Pégase.
Et quand on demande à Han Gan, ce petit garçon pauvre, mais brillant dans l’art du dessin qu’il pratique, pourquoi il attache ses chevaux, il répond, sûr de lui : « Mes chevaux sont si vivants qu’ils pourraient sortir du papier ». Un guerrier lui passe commande d’un cheval pour partir combattre, mais pleure devant les blessés et les morts et s’enfuit au galop. On le retrouve dans le tableau.
Et le merveilleux prend de la hauteur, avec Han Gan s’envolant sur le dos d’un dragon, dans une belle partition visuelle, accompagné par le pianiste, jonglant avec les notes de cristal, musique de Rémi Berger et Thomas Landbo,  comme un vrai partenaire, en une courte troisième partie. Avec, toujours,  le pinceau de Chen Jiang Hong.
François Orsoni, dont la compagnie Nénéka est installée à Ajaccio, convoque le fantastique autour de l’illustrateur, de la narratrice et du musicien, et transforme le plateau en un grand livre animé. Il a conçu le spectacle, en voulant « retranscrire l’intime et le ludique d’une lecture qu’on ferait dans une chambre, pour un enfant, le soir au coucher » et cela fonctionne.
Pari réussi pour la réouverture du Théâtre Paris-Villette, que dirigent maintenant  Valérie Dassonville et Adrien de Van, qui est un théâtre de création exigeant et attentif, comme il l’était auparavant avec Patrick Guflet. Mais il a aussi pour mission, l’ouverture aux publics jeunes, et à tous ceux qui sont encore peu habitués à être des spectateurs.

Brigitte Rémer

Vu le 14 décembre au Théâtre Paris-Villette; pour tous publics, à partir de 5 ans.

www.theatre-paris-villette.fr,
Le Prince tigre et Le Cheval magique de Han Gan, de Chen Jiang Hong, édition  l’Ecole des loisirs.


Archive pour 27 décembre, 2013

Homme pour homme

Homme pour homme de Bertolt Brecht, traduction de Geneviève Serreau et Benno Besson, mise en scène de Clément Poirée. 

  homme-pour-homme-est-l-histoire-de-galy-gay-cet-homme-embarque-par-hasard-dans-l-armee-des-indes-une-grande-piece-burlesque-pour-reflechir-a-la-notion-d-individu-photo-dr-julien-piffaut C’est une pièce de jeunesse de Brecht -il avait  29 ans- qui  fut créée en Allemagne en 1927- après Baal (1918) mais sans sa poésie  et  après La Noce chez les petits bourgeois, (1919) sans sa causticité.
En France, elle sera montée  en 54 seulement, au Théâtre de l’Oeuvre, dans une mise en scène de Jean-Marie Serreau qui  fonda en 71 le Théâtre de la Tempête où va être reprise cette mise en scène de Clément Poirée.
C’est une fable qui a les allures d’une comédie dont  Brecht disait: « Le problème de la pièce est la fausse collectivité, la mauvaise bande, et son pouvoir de séduction » et « On procède au démontage d’un individu, puis à son remontage en un autre, dans un but déterminé ».  Galy Gay, un pauvre docker, sorti acheter un poisson, croise une patrouille de soldats qui, doit trouver un homme pour remplacer Jeraiap Jip, un homme disparu et éviter ainsi la colère de leur sergent. Vite habillé d’un bel uniforme, Galy Gay va devenir un redoutable  soldat. 

La pièce n’a jamais eu vraiment un franc succès. Sans doute, en partie parce qu’elle a été souvent montée, comme la  plupart des pièces de Brecht, sans la poésie qui leur conviendrait. Mais, à la décharge des metteurs en scène qui s’y sont attaqués, dont Bernard Sobel, c’est quand même un gros pavé- plus de deux heures vingt!- qui ne remplit pas vraiment ses promesse de départ.  Avec des personnages et un scénario guère passionnants, et tout empoissés d’une leçon de morale assez lourdingue. 
Clément Poirée  a choisi de lui donner lui donner un aspect comique, et parfois burlesque, proche du cinéma muet, en particulier de Chaplin dont Brecht était passionné et qui, dit le jeune metteur en scène, s’interroge ici sur l’individu  et sur une perte d’identité qui peut menacer chacun de nous. Il a situé l’action dans une usine  qui fabrique du  papier kraft, et, qui ici, servira aussi de cadre aux autres lieux scéniques comme la cantine de la veuve Léocadia Begbick, ou une forteresse au Tibet. Sans doute une allusion  à celle que dirigea le papa de Brecht Ah! Ah!Ah!. Fausse bonne idéeet : autant dire que cela commence mal!
Même si les projections d’images, notamment des calligraphies chinoises sur les rouleaux de papier sont assez réussies. Mais les décors d’Erwan Creff, compliqués,  avec deux portes vitrées coulissantes dans le fond, et qui ont une vague allure de scénographie très construite, ne fonctionnent pas. Sans entrer dans les détails, la circulation des comédiens, ce qui est toujours embêtant, ne se fait pas bien. 

Quant aux comédiens, ce sont pour certains des gens d’expérience comme Eddie Chignara ou Laure Calamy mais on a les a vu meilleurs; ici, tout le monde surjoue et criaille, ce qui devient vite insupportable, surtout quand est dans les premiers rangs! Comme la direction d’acteurs est aux abonnés absents, au bout d’une demi-heure à peine, on comprend vite que c’est sans espoir, et, au théâtre, quand il n’y pas d’espoir, s’installe vite un ennui pesant et irréversible…
D’autant que le petit théâtre Piccolo à l’italienne, est charmant mais absolument inadapté à ce genre de pièce. Et, il fallait s’y attendre, ce qui se passe sur la scène, ne nous a  très vite plus  concerné du tout, que ce soit les miens confrères ou le public dont les applaudissements étaient assez frileux…
Allons, c’est Noël, soyons généreux: on peut encore laisser une petite chance à cet
Homme pour homme qui sera repris dans deux semaines au Théâtre de la Tempête. Il faudrait, difficile mais pas impossible 1) que Clément Poirée commence par faire des coupes draconiennes dans ce pavé plus indigeste qu’une bûche de Noël de supermarché. Cela rendrait le texte déjà un peu moins dégoulinant de morale… 2) qu’il enlève tout ce bric-à-brac scénique aussi laid qu’inutile, et qu’il fasse jouer son équipe sur un plateau nu, avec, juste des pendrillons noirs et quelques accessoires. Le spectacle respirerait mieux et serait donc plus efficace. 3) qu’il convoque d’urgence ses comédiens et se remette au travail, notamment en ce qui concerne la direction d’acteurs, de façon à donner un véritable rythme à ce spectacle qui en manque cruellement. 
A ce prix-là, les choses- allons, soyons optimistes- peuvent encore s’améliorer. D’autant que Clément Poirée  bénéficiera d’un scène plus adaptée… Mais, prudence, chers lecteurs, un train peut en cacher un autre, comme disait finement  le marquis de Sade. Donc, attendez quand même pour y aller, de lire dans ces colonnes, l’article comme d’habitude solidement argumenté de Christine Friedel, notre chère consœur et néanmoins amie, qui avait l’intention de se rendre à la Cartoucherie.
Elle vous dira franchement si cela vaut le coup de cidre ou pas! Nous avons en général un avis proche; pour notre part, nous avons déjà donné et nous n’y retournerons pas!

Philippe du Vignal

Spectacle vu à l’Espace des arts/Théâtre Piccolo de Chalon-sur-Saône le 17 décembre. Repris en janvier au Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes.

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