Deadline

Deadline texte d’Alison  Cosson, mise en scène et chorégraphie de Patrice Bigel.

 DEADLINE-5-1024x682C’est le dernier travail de Patrice Bigel, et sans doute l’un des plus aboutis qu’il ait pu réaliser, depuis qu’il a restauré cette salle de cette ancienne usine de la maroquinerie Hollander fondée en 1796. A la frontière d’un texte, écrit par Alison Cosson  sur la notion de l’espace-temps, dénominateur commun à chacun de nous et qui nous constitue.  Quand on sait  que, par exemple,  notre univers comporte  trois dimensions pour l’espace et une pour le temps,  avec un soleil à 150 millions de kilomètres,soit  8 minutes-lumière de notre planète…. Etourdissant, non?
Reste à  traduire cette interrogation sur un plateau, qui passe,  chez Bigel, par l’expression du corps. « Le scénario s’est élaboré au fil des répétitions, dit-il,  et c’est l’assemblage des recherches que nous menons autour du mouvement des corps des acteurs, des textes, du son et de la scénographie qui fera sens. Cette manière de travailler consiste à se donner le temps d’expérimenter tous les champs possibles. Et un nouveau spectacle est toujours un peu la suite du précédent (Sur le bord de la route ). Au théâtre, nous entretenons une relation ambiguë avec le temps. Parler du temps,  c’est parler du monde. Au cours des répétitions, les évènements ne cessent de s’inscrire dans les journaux. Dans la société contemporaine, le rapport au temps est essentiel. La vitesse est le pouvoir même. Le temps devient un luxe et nous devons nous adapter dans le perpétuel changement.Si je bouge, je me déplace. Mais si je ne bouge pas, je me déplace aussi. Pas dans l’espace, mais le temps c’est sûr. Et alors, je ne fais rien d’autre que vieillir et je vais raconter quoi ? »…

 Ce que dit en tout cas le spectacle- qui ne se raconte pas- et de la plus belle façon, même si le texte d’Alison Cosson n’ a rien de très convaincant, c’est la position de l’être humain, face à la notion de temps. Le spectacle de Patrice Bigel fait écho aux très belles pages de Bergson sur  l’appréhension du temps par l’homme,  sur le temps consciemment vécu et le temps mesuré, ce qui est parfois antithétique. »Je ne mesure pas la durée, disait-il, comme on pourrait le croire, je me borne à compter des simultanéités ». Mais encore loin des théories d’Einstein…
Ici, un grand plateau en légère pente, avec un fond dessiné de vagues, au graphisme très épuré  où des comédiens/danseurs  vont se lancer dans des solos ou des ensembles  avec une grande intensité, et où l’image du corps prime, le plus souvent avec des mouvements répétitifs  fascinants mais où les corps déroulent à l’infini les mêmes gestes, comme pour mieux exorciser le temps qui continue à s’écouler.
Cela fait penser au fameux solo de  Lucinda Childs, dans Einstein on the beach de Bob Wilson sur la musique de Phil Glass *.  Et ce n’est sans doute pas par hasard, si Wilson qui a toujours inscrit l’espace et le temps, comme thème majeur de son œuvre, est allé chercher la figure emblématique d’Einstein pour en constituer un personnage, et  le titre de son grand opéra.
Dans cette lignée, c’est avec un langage visuel épuré et tout à fait personnel que  le metteur en scène a construit son spectacle, remarquablement  assumé par Samih Arbib, Mara Bijeljac, Francis Bolela, Sophie Chauvet et Anna Perrin  qui y donnent l’énergie de leur jeunesse. Les lumières, souvent composées de rais, et la bande-son très sophistiquée, sont aussi des éléments essentiels du spectacle et contribuent à procurer une sorte de vertige métaphysique.
Cette suite d’images dansées, à base de répétitions évolutives, à la fois très sensible et intelligente, dit, sous des airs de ne pas y toucher, beaucoup de choses. Travail de recherche sans doute mais qui  procure aussi un grand plaisir  visuel. Ici, rien à comprendre, juste à en apprécier la beauté.  » Ce qui a vraiment un sens dans l’art disait Brancusi, c’est la joie. Ce que vous voyez, vous rend heureux? Tout est là. »
Si vous pouvez aller jusqu’à Choisy, ou si vous êtes de Choisy, ne le ratez pas. Mais attention!  si vous ne savez pas où est cette merveilleuse ancienne usine, un peu perdue, près de la Seine au fond d’une impasse pavée, calculez large- votre temps, dans cet espace on se perd facilement! Cette ancienne usine est restée un lieu de travail,  pour  Patrice Bigel et ses interprètes, danseurs et comédiens. Et montez jusqu’au premier étage, il y a un endroit magique avec un parquet de bois et de grandes verrières, une série surréaliste de bustes en plâtre sur une étagère,  une foule de belles plantes vertes…et un bar aux prix doux.
Que demande le peuple?

Philippe du Vignal

Usine Hollander, compagnie La Rumeur,  1 rue du docteur Roux 94160 Choisy-le-Roi  T:  2014 : vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 17h. 01 46 82 19 63 , du 5 au 8 décembre et du 12 au 15 décembre 2013 : jeudi, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 17h et du 10 janvier au 2 février.

*Reprise d’Einstein on the beach au Théâtre du Châtelet en janvier mais bon courage pour obtenir une place…


Archive pour 28 décembre, 2013

Giselle

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Giselle, musique d’Adolphe Adam, livret de Théophile Gautier, chorégraphie de Mats Ek .

  Qualifié de ballet-pantomime à sa création (1841), Giselle est la figure de proue du ballet romantique. En 1982,  Mats Ek, le fils de la chorégraphe suédoise Birgit Cullberg, va lui donner  une toute autre signification, aidé par sa compagne Ana Laguna dans le rôle-titre; certaines danseuses n’hésitent pas à dire aujourd’hui, qu’elles ont  commencé la danse après y avoir vu Ana Laguna !
  Cette Giselle de Mats Ek,  devenue un classique contemporain, est reprise ici, par le ballet de l’Opéra de Lyon, avec une belle énergie et une précision du geste exemplaire. Mats Ek a transformé le personnage de Giselle en une paysanne, psychiquement un peu instable. Elle a un fiancé, Hilarion, mais n’est pas insensible au charme d’Albrecht, un jeune noble venu de la ville. Avec  des danses de groupe en opposition, le monde de la ville et de la campagne s’affrontent dans une première partie de quarante-cinq minutes.
Mais Giselle, prise dans ses contradictions, sombre dans la folie et se retrouve au deuxième acte (cinquante minutes) dans un  hôpital psychiatrique.  «Déchirée par l’affrontement entre grands et  petits, et par le combat  entre les forces de  vie et de  mort, Giselle, nous dit Mats Ek, nous touche par cette lutte intérieure, et elle est la seule à rester humaine».

 Sa chorégraphie, très lisible et parfois à la limite de l’illustratif, est aidée en cela par un décor de deux toiles peintes, avec, au premier acte, l’évocation d’une campagne colorée dont le dessin des vallées rappelle les courbes féminines et, au second acte, une vue en perspective d’un asile psychiatrique où sont imprimés des fragments de corps. Et les danseuses portent quelque chose qui ressemble à des camisoles de force blanches…
Albrecht rejoint ici Giselle pour un duo plein de grâce, et il faut souligner la belle harmonie entre Randi Castillo et Dorothée Delable (il y a aussi une autre distribution). Hilarion, lui, est interprété par Franck Laizet qui a une réelle présence au milieu de cette troupe. Cette nouvelle Giselle nous fait vivre un moment emblématique de l’histoire de la danse, grâce à Mats Ek et à Ana Laguna qui ont retravaillé les intentions d’origine  pour  chaque personnage, afin d’éviter la pure et simple imitation.

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 3 janvier.

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