Giselle
Giselle, musique d’Adolphe Adam, livret de Théophile Gautier, chorégraphie de Mats Ek .
Qualifié de ballet-pantomime à sa création (1841), Giselle est la figure de proue du ballet romantique. En 1982, Mats Ek, le fils de la chorégraphe suédoise Birgit Cullberg, va lui donner une toute autre signification, aidé par sa compagne Ana Laguna dans le rôle-titre; certaines danseuses n’hésitent pas à dire aujourd’hui, qu’elles ont commencé la danse après y avoir vu Ana Laguna !
Cette Giselle de Mats Ek, devenue un classique contemporain, est reprise ici, par le ballet de l’Opéra de Lyon, avec une belle énergie et une précision du geste exemplaire. Mats Ek a transformé le personnage de Giselle en une paysanne, psychiquement un peu instable. Elle a un fiancé, Hilarion, mais n’est pas insensible au charme d’Albrecht, un jeune noble venu de la ville. Avec des danses de groupe en opposition, le monde de la ville et de la campagne s’affrontent dans une première partie de quarante-cinq minutes.
Mais Giselle, prise dans ses contradictions, sombre dans la folie et se retrouve au deuxième acte (cinquante minutes) dans un hôpital psychiatrique. «Déchirée par l’affrontement entre grands et petits, et par le combat entre les forces de vie et de mort, Giselle, nous dit Mats Ek, nous touche par cette lutte intérieure, et elle est la seule à rester humaine».
Sa chorégraphie, très lisible et parfois à la limite de l’illustratif, est aidée en cela par un décor de deux toiles peintes, avec, au premier acte, l’évocation d’une campagne colorée dont le dessin des vallées rappelle les courbes féminines et, au second acte, une vue en perspective d’un asile psychiatrique où sont imprimés des fragments de corps. Et les danseuses portent quelque chose qui ressemble à des camisoles de force blanches…
Albrecht rejoint ici Giselle pour un duo plein de grâce, et il faut souligner la belle harmonie entre Randi Castillo et Dorothée Delable (il y a aussi une autre distribution). Hilarion, lui, est interprété par Franck Laizet qui a une réelle présence au milieu de cette troupe. Cette nouvelle Giselle nous fait vivre un moment emblématique de l’histoire de la danse, grâce à Mats Ek et à Ana Laguna qui ont retravaillé les intentions d’origine pour chaque personnage, afin d’éviter la pure et simple imitation.
Jean Couturier
Théâtre de la Ville jusqu’au 3 janvier.

