Tetrakaï

Tetrakaï, spectacle de fin d’études de la 25 ème promotion du CNAC de Chalons-en-Champagne, mise en scène de Christophe Huysman.

Le Centre national des arts du cirque (Cnac) est un établissement de formation supérieure et de recherche qui  fut créé en 1985 par le ministère de la Culture et de la Communication, avec l’école nationale supérieure des arts du cirque,formation  à la production de spectacles, maîtrise technique…. Le Cnac et l’Ecole nationale des arts du cirque de Rosny-sous-Bois (Enacr) se sont associés afin de construire un parcours pédagogique commun avec un diplôme national d’artiste de cirque,  mis en œuvre en  2012.
  C’est d’abord un établissement de formation permanente pour les artistes et techniciens du spectacle vivant, et de préparation au diplôme d’Etat de professeur de cirque. Il comprend aussi  un centre de ressources documentaires ouvert au public : livres, imprimés, dossiers, vidéos. Mais également une unité de production audiovisuelle, et enfin un lieu de recherche sur la création artistique, la pédagogie, la sécurité…
Pour Tetrakaï,  quatre artistes au départ de ce spectacle de fin d’études: Sylvain Decure, Angela Laurier, William Valet et  le metteur en scène Christophe Huysman, qui ont trouvé le titre : Tetra, quatre  en grec, et Kaï, terme de calligraphie  en japonais… La piste est divisée en quatre entrées et sorties, et les quatorze interprètes se déploient sur la piste, sur des tables, aux mâts chinois,  avec une étonnante dextérité déjà très professionnelle.

 Le cirque de Chalons a été entièrement rénové et  plusieurs compagnies, et non des moindres, ont  décollé de cette école comme, entre autres, Les Arts Sauts, Cirque Ici, Anomalie et AOC!  Après Jean-Jacques Fouché, Jean-Luc Baillet et Jean-François Marguerin, c’est Gérard Fasoli, venu de Bruxelles qui vient de prendre la direction du CNAC. Au terme de trois ans d’enseignement et d’insertion professionnelle, une quinzaine d’artistes de haut niveau entre dans la profession en France, en Europe ou dans le monde.
Sur la piste blanche, quatre galets lumineux se dispersent, un boxeur solitaire marche à  quatre pattes, provoque une femme comme un taureau, il y a de la voltige fixe sur un rythme cardiaque, un ballet amoureux… L’heure a sonné, on ne sait pas où est le début, où est la fin. On dresse quatre tables, les acteurs tombent, se transforment en poupées de chiffons, un danseur virevolte au mât chinois, un acteur  en chien menaçant traverse la piste. Beaucoup de traversées insolites au sol  et dans les airs, les danses au mât chinois sont rythmées sur : « Comment ruiner ses enfants, je prends rendez-vous avec le hasard ».
Il est parfois difficile de saisir le fil conducteur d’un spectacle surprenant, et comme souvent, un peu long! Mais Christophe Huysman, dont nous avions goûté les débuts avec des spectacles comme Le monde Hic et Les hommes dégringolés au début des années 2000, n’a pas perdu la main…

Edith Rappoport

CNAC de Chalons-en-Champagne, le 20 décembre;  Parc de la Villette sous le chapiteau du CNAC du 15 janvier au 9 février; Théâtre municipal de Charleville Mézières les 3, 4 et 5 avril 2014; Chaumont le Nouveau Relax les 24, 25 et 27 mai; Le Manège de Reims les 4, 5 et 6 juin; La Brèche de Cherbourg les 26 et 29 juin

http://www.cnac.fr


Archive pour 29 décembre, 2013

Splendeur et lassitude du capitaine Matami Isumi

Splendeur et lassitude du capitaine Matami Isumi, spectacle de Jean Lambert-wild et Keita Mishima, traduction d’Ahihito Hirano, (en japonais, surtitré en français).

image.soldat Cela se passe dans une salle  du centre chorégraphique de Caen où a lieu le premier filage du spectacle. Jean Lambert-wild, en 99,  avait déjà monté ce texte qui portait alors le nom de Splendeur et lassitude du capitaine Marion Déperrier  au Théâtre Granit de Belfort, et que nous n’avions alors pu voir.
Il s’agit  d’un monologue, « épopée en deux époques et une rupture », ici légèrement adaptée du premier; mais dont la construction est restée la même. On peut le  voir comme une sorte d’exorcisme de la guerre de 14 et de toutes les guerres  où  la mort  rôde à tout instant. Et de l’Europe au Japon, même combat, si on ose dire… « In memoriam in spem », comme le dit aussi le sous-titre. La mémoire, en ce centenaire, de ce quasi-suicide européen, est encore bien là, et heureusement!
Mais pour l’espoir, après la guerre de 40, la Shoah, Hiroshima, et autre joyeusetés concoctées par l’homme, sans compter plusieurs catastrophes nucléaires, c’est beaucoup moins sûr…
  Un petit plateau de quatre m2 environ, avec au-dessus une guirlande de lampions, et un mât supportant des hauts-parleurs de métal gris. C’est tout. Seul, Keita Mishima, habillé d’une tenue kaki militaire sans âge et sans pays,  arrive sur ce petit plateau; les spectateurs sont assis sur quelques chaises, chaque côté. Il décroche son sabre, et s’installe calmement. Avec une maîtrise de la voix et du corps comme on en voit rarement en France, en particulier dans ce genre de monologue où il faut une exigence et  une concentration de tous les instants. Et il en faut pour affronter un public d’aussi près. Mais l’acteur japonais a un regard et une gestuelle d’une précision presque envoûtante, si bien qu’on n’a presque plus envie de lire le surtitrage.
Jean Lambert-wild qui l’a connu au Japon, lui avait proposé aussitôt de venir travailler à Caen, et il a eu raison.
 Ce que lui a demandé le metteur en scène, surtout en un temps de répétitions relativement court (deux périodes de quinze jours)  n’est pas du genre simple: « Mais il a, dit Jean Lambert-wild,  une dimension tant féminine que masculine. Il n’est pas un guerrier brutal mais un esthète fou, perdu. Il est à la fois répugnant et totalement séduisant, du fait simplement qu’il soit un humain (…) C’est un fou de guerre mais c’est surtout un homme perdu.  Et, pendant un peu plus d’une heure, on entend cet homme  crier sa fierté de commander:  » Sergent Que tous les hommes se tiennent droits Nous ne sortirons pas de ce trou en rampant Nous ne somme pas des animaux Recroquevillés dans l’adversité Le corps est une mécanique Qui ne tolère pas les courbes ‘…) Que tous les hommes se lavent Qu’ils aient une tenue impeccable S’ils doivent mourir  Il seront propres On ne s’expose pas au-devant des honneurs et des gloires Si l’on est couvert de boue » .
Sur fond  d’explosions, d’airs d’opéra et de la chanson bien connue d’Edith Piaf, Non, non je ne regrette rien, rendue plus forte par l’effet d’éloignement que procurent les paroles en  japonais. Il y a aussi les didascalies dites en voix off qui se finissent par ces cinq mots aussi beaux qu’insoutenables, répétés à chaque fois: » De la tenue, du maintien ». « Puis de la retenue, du soutien »dans la deuxième époque. Alors que les soldats sont plongés dans la vermine, le sang, la boue et le froid depuis plusieurs mois….
On retrouve dans cette  deuxième époque, le capitaine Matami Isumi, mourant, « sa tête repose sur un coussin de sang caillé » puis mort: « C’est indécent, dit-il, Le cadavre d’un homme nu Aidez moi Il faut me recouvrir Un couverture  Donnez-moi une couverture ». Et disant quelques passages du Livre d’Habaquq de L’Ancien Testament, où l’homme, pouvait trouver dans sa fidélité à Dieu le courage de supporter les atrocités des combats. Mais dont Jean Lambert-wild ne retient, lui,  que la malédiction de la guerre… Comme disait André Malraux  à deux doigts d’être exécuté, la lecture de la Bible dans ces cas-là n’est guère efficace…   Il y a eu, et il y aura sans doute en ce centenaire, bien des spectacles un peu partout en Europe  sur la guerre de 14,  mais celui-ci, dans sa grande rigueur et dans sa simplicité- on dirait presque sa rusticité puisqu’on peut le jouer ni’mporte -où est avec Ah! Dieu que la guerre est jolie de Pierre Debauche, et surtout Noël au front de Jérôme Savary,- un des plus forts qu’il nous ait été jamais donné de voir sur cette boucherie de quatre ans, qui fut peut-être, avec une effroyable hémorragie de jeunes combattants, des centaines de villes et des millions de vies détruites par familles entières, le très lourd prix à payer pour que se construise enfin une véritable union européenne…

Philippe du Vignal

Filage du spectacle vu à Caen le 16 décembre; création le 26 avril prochain au Shizuoka  Performing Arts Center, Japon. Puis  à la Comédie de Caen. Le texte est édité aux Solitaires intempestifs

J’ai de la chance

J’ai de la chance  de Laurence Masliah, mise en scène de Patrick Haggiag.

 Nathaniel-Baruch  Avec J’ai de la chance. Laurence Masliah nous montre  que le  théâtre, avec ce monologue  peut transformer le désespoir d’une vie qui s’achève, en chant d’amour et de reconnaissance pour les bonheurs passés et pour les petites joies en voie de s’éteindre. Comme l’héroïne de ce beau texte aime les oxymorons, on pourrait parler d’une joie déchirante ou d’un déchirement joyeux.
Le personnage de Germaine est né de l’imagination de Laurence Masliah. Les anecdotes racontées  sur ce qu’elle a vécu pendant la guerre, sont Véridiques et  ont été confiées à Catherine Lewertowski par les parents de Laurence Masliah, au cours d’interviews qu’ils lui ont accordées en 1999,  quand elle préparait un livre sur les enfants de Moissac, où ils avaient passé une partie de la guerre.  Ce qui a  permis de donner au personnage de Germaine  une véritable réalité.
Et c’est, sur le plateau, un petit chef-d’œuvre de tendresse, d’humour et d’humanité. Le thème? Une comédienne nous parle de son métier mais fait revivre aussi devant nous, avec nous, le combat de Germaine, sa grand-mère, une enfant de Moissac, contre la maladie d’Alzheimer, contre la déchéance, contre la nuit de l’esprit, et  aussi contre l’exclusion.
La menace de la maison de retraite que l’on envisage pour elle s’associe en effet  dans son esprit au souvenir de l’extermination des juifs à laquelle elle a échappé quand elle vivait à Moissac. Et elle raconte cette terrible épreuve: « Dans ces cas-là, il a fallu fabriquer des faux papiers. Au début, on n’avait pas d’expérience, alors on a fait vraiment n’importe quoi, c’était crétin, tout à fait crétin même… parce que sur mes faux papiers, j’étais née à Lyon ! Un coup de fil à la mairie de Lyon et j’étais fichue. Après on est devenus « intelligents », on nous a fait naître dans le nord, là où il n’y avait plus d’archives parce les mairies avaient été bombardées. Alors, on allait dans une autre mairie demander un extrait d’acte de naissance en disant qu’on était né dans un lieu bombardé, comme ça personne ne pouvait vérifier. ».
Le spectacle
est aussi un combat pour la mémoire de la langue et de l’histoire de la France qui l’a accueillie puis rejetée. Justesse de l’écriture comme de la mise en scène, précision dans l’incarnation gestuelle et vocale, comme  des éléments de scénographie: le spectacle possède ainsi une belle unité
  D’abord peu couru du public, il faisait ces derniers jours salle comble, et mériterait que ses représentations soient prolongées…

 Gérard Conio

 Théâtre du Lucernaire tous les soirs à 19h jusqu’au 4 janvier.

 

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