Ali-Baba

Ali-Baba, adaptation de Macha Makeieff et Elias Sanbar, mise en scène de Macha Makeieff.

  101758-ali-babaD’abord, rendons  à César…. Le plus ancien manuscrit des Mille et une nuits date du IXème siècle, et c’est grâce à Antoine Galland, lecteur de Louis XIV pour les langues orientales,  qui fit venir de Syrie un manuscrit du XVème siècle et qui le traduit en français en 1701. Succès immédiat en France, en Europe et en Amérique, et  traduit en de nombreuses langues.
Grâce aux récits de son ami syrien,  Antun Yusuf Hannâ Diyâb, il y a ajouté  des contes sans doute d’origine persane, comme Aladin ou Ali-Baba dont on ne trouve pas trace dans les manuscrits arabes antérieurs.
Une nouvelle traduction de Mardrus, au début  du XXème,  le fera encore davantage connaître. Ali-Baba, depuis, fut adapté de nombreuses fois au cinéma, en dessins animés, bandes dessinées, et  en comédie musicale,surtout en Angleterre. La recette, avec un cocktail de fable truffée d’aventures en tout genre et emboîtées (vol en séries , crime…), de farce, chants, musique et danse, le tout sur fond d’orientalisme,  fonctionne à tous les coups,  encore faut-il bien s’y prendre…

  C’est l’histoire d’Ali, (Atmen Kelif, vieux complice de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps), un pauvre petit ferrailleur, qui récupère  tout ce qui peut encore se revendre et qui va devenir  riche grâce à une ruse. Un jour, il surprend et le code d’ouverture d’un conteneur (équivalent moderne de la fameuse formule magique: « Sésame, ouvre-toi ! » Sésame, ferme-toi ! » d’un conteneur rouge comme il y en a par milliers dans le port de Marseille), où se trouve le magot du grand chef des voleurs dont il va s’emparer. Mais il tremble évidemment à l’idée de posséder ce trésor. Son frère Cassim, lui, est un riche petit commerçant assez pingre qui vend  un peu de tout( Thomas Morris), dont  la femme muette, Zulma, est jouée par l’excellent acteur Canaan Marguerite. Il est surpris par la fortune soudaine d’Ali Baba qui lui raconte l’affaire…
  Cassim alors va y voir mais  ne retrouve plus le code qui lui permettrait de sortir du conteneur. Les bandits vont alors le tuer et découper son corps en morceaux. Ali Baba, découvre ses restes et,  avec l’aide de Morgiane, réussit à enterrer son frère. Et cette  Morgiane/Shehérazade (ici les deux personnages sont confondus,  et joués par Sahar Dehghan), sauvera Ali-Baba des griffes du très redoutable chef des quarante voleurs, (Shahrokh Moshkin Ghalam, tout habillé de noir, et aux yeux cernés du même noir .
  Et cela donne quoi? Un spectacle, osons le mot, populaire, et pas du tout vulgaire, où il y a parfois l’influence évidente des Deschiens, comme, avec cette série de petits tabourets où tous les personnages  sont assis au début. Mais avec un mélange savoureux de musique, de danse, d’acrobaties et de jeu impeccablement réglé. Macha Makeïeff a imaginé, pour cette fable, avec la scénographe Margot Clavières, une petite maison cubique, avec deux étages, et une terrasse en haut, munie d’une parabole,  comme on en voit sur tout le pourtour de la Méditerranée, et plus loin,  il y a le fameux conteneur rouge.
C’est habile et parfaitement adapté aux multiples aventures du conte. Mieux vaut oublier des écrans qui ne servent pas à grand chose qu’à annoncer des titres inutiles avec traduction en arabe, ou de magnifiques vues sur… des  centaines de conteneurs sur le port de Marseille (ce qui offre un intérêt des plus limités et casse le rythme). Il y a aussi,  filmés, des petits tours  à scooter d’Ali Baba,  dont ne voit pas du tout le sens… Les esprits chagrins diront sans doute que, seule au gouvernail et sans Jérôme Deschamps, Macha doit faire ses preuves. Sans doute y-a-t-il bien des petites erreurs mais bon,  rien de grave…

Macha Makeieff, avec ces clins d’œil, semble avoir besoin de rassurer en prouvant qu’elle aussi était d’origine marseillaise, c’est à dire… de famille à la fois russe et italienne, et voulait aussi rendre hommage à Jacques Tati  dont Jérôme Deschamps était parent, et à qui ils ont souvent emprunté de nombreux gags. Les dialogues sont ciselés mais, côté dramaturgie, l’adaptation comme la représentation scénique de ce conte avec cette série d’enchâssements à la mode persane, ne sont pas très claires si on ne suit pas attentivement. C’est dommage mais là aussi rien de grave!
En tout cas, cette parabole sur l’argent facile et destructeur d’identité, est assez bien vue, et la metteuse en scène a eu la bonne idée de ne pas orientaliser, avec des images d’Epinal, ce fabuleux conte mais de le transposer à Marseille la cosmopolite, en 2013. Entre autres exemples, la fameuse taverne est devenu  conteneur,  et les grandes jarres, où sont cachés les voleurs, des fûts métalliques…

  Dans son son précédent spectacle, Les Apaches (voir Le Théâtre du Blog), la direction d’acteurs était faiblarde mais ici, Macha Makeieff tient bien les choses en mains et sa troupe: (Atmen Kelif/Ali-Baba qui a l’accent du Sud, Thomas Morris, Shahrokh Moshkin Ghalam, Canaan Marguerite, Aurélien Mussard, Romuald Bruneau, Braulio Bandeira, Philippe Borecek, Philippe Arestan, Aïssa Mallouk et Sahar Dehghan) possède une belle unité et  ses comédiens et musiciens semblent heureux de travailler ensemble. Cela fait plaisir, et à Paris dans les grandes troupes -suivez  notre regard- ce n’est pas toujours le cas…
  La metteuse en scène a su garder à l’ensemble du spectacle un bon rythme, malgré quelques longueurs, avec un mélange bien dosé d’acrobaties, de danse, de musique (entre autres, le groupe Aba..) et de jeu en français, et parfois en arabe. Le spectacle s’essouffle un peu la deuxième heure, et aurait mérité une petite coupe: le conte n’y aurait perdu ni de sa magie, ni de son côté farcesque. (De quoi, vous mêlez-vous, du Vignal, de toute façon, c’est trop tard!) Oui, mais on l’aura quand même dit…
  En tout cas, Didier Deschamps a bien fait d’inviter Ali-Baba; il  y a longtemps qu’on n’avait pas vu, à Chaillot  comme ailleurs, un spectacle où les enfants soient si heureux et rient de si bon cœur. Leurs parents et grands-parents peuvent aussi y trouver leur compte, à une seule condition: accepter, après avoir laissé leurs soucis au vestiaire, de  retrouver leur âme candide d’enfant. Par les temps qui courent, cet Ali-Baba, malgré ses imperfections, fait du bien.  

Philippe du Vignal
 
Théâtre National de Chaillot jusqu’au 28 décembre. Théâtre Saint-Louis à Cholet les 31 décembre et 1er janvier; La Comédie de Reims, les 20 et 21 février; Le Parvis-Scène nationale Tarbes Pyrénées les 13 et 14 mars.  L’Artchipel, Scène nationale de la Guadeloupe les 10, 11 et 12 avril. L’Espal, Théâtre- Scène conventionnée Le Mans les 13, 14 et 15 avril; Théâtre National de Nice les 29, 30 et 31 avril. 

http://www.dailymotion.com/video/xxysv8


Archive pour décembre, 2013

Les DéSAXés

Les DéSAXés – Mystère Sax ou l’incroyable histoire de l’inventeur du saxophone, mise en scène de Philippe Martz.

 

  Les DéSAXés: quatre saxophonistes racontent en musique l’histoire d’Adolphe Sax, cet inventeur qui  déposa un brevet en 1846 pour un nouvel instrument de la famille des bois qu’il voulait «par le caractère, plus proche des cordes, mais avec plus de force et d’intensité ».
Chaque séquence du spectacle est à la fois burlesque et instructive, tout à la gloire de l’imagination, de la recherche, et de la musique, bien sûr. Adolphe Sax est un drôle de bonhomme qui gagne à être connu et c’en sera l’occasion en 2014, où on  fêtera le bicentenaire de sa naissance. Il  est né, pour ainsi dire,  dans l’atelier de son père, facteur d’instruments, et commença  recherches et trouvailles dès l’âge de quinze ans. Il rencontra les grands musiciens de son époque, eut  succès et déboires,  et  voyagea d
e la Chine à l’Amérique latine, en passant par l’Afrique, pour présenter son bébé, le dénommé « Saxophone » sous ses différentes déclinaisons. .
Les DéSAXés, c’est un spectacle musical de haut niveau musical et sans paroles; mais les musiciens sont si expressifs, et les saxophones si proches de la voix humaine, que l’on a l’impression, en sortant, d’avoir suivi un récit et entendu de vrais dialogues, drôles et souvent malicieux. Samuel Maingaud, Michel Oberli, Guy Rebreyend et Frédéric Saumagne  dansent  et composent des personnages avec aisance et vérité, et  enchaînement les morceaux avec une grande virtuosité. La mise en scène de Philippe Martz est intelligente, et on sent qu’il  a une belle  tendresse pour cet artisan-artiste et  bidouilleur  de génie .
  On  sort de ce spectacle heureux et tonifié.

Evelyne Loew

Vingtième Théâtre, Paris, jusqu’au 12 janvier, puis en tournée.

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American Tabloïd

American Tabloïd, de James Ellroy, traduction de Freddy Michalski, mise en scène de Nicolas Bigards

 

AM-TABLOID ARTCOMART-VICTORTONEL-01-300Premier volet de la trilogie Underworld USA de James Ellroy, écrivain de polars américains, American Tabloïd, est en soi, avec ses huit cents pages, un monument. Publié en 95, il est suivi d’American Death Trip, puis d’Underworld USA, troisième volume qui porte le nom de la trilogie elle-même. Autant dire que le texte est dense, avec sa cinquantaine de personnages qui se croisent, font alliance, changent de camp et se tuent, où les intrigues s’imbriquent les unes dans les autres.
La période évoquée dans le livre part de la fin 58 et s’étend jusqu’au 22 novembre 63, avec l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Le parti-pris de l’adaptation, – réalisée par Nicolas Bigards, Viviane Despierre et Christelle Carlier- étant d’arrêter le temps en 61, après l’épisode de la Baie des cochons, à Cuba. Le metteur en scène a choisi de ne pas représenter Kennedy, mais de jouer sur le récit, chaque acteur portant un personnage.
Révision générale de l’histoire des Etats-Unis donc, avec Ellroy, dans un climat digne des Incorruptibles, cette série télévisée qui fit fureur y compris en France, à partir de  1964.
Corruption, crime, violence, apparitions et disparitions sont les pièces du puzzle, sans compter ici les coulisses du pouvoir à travers les destins croisés de trois hommes proches de la mafia : Pete Bondurant, mac et dealer, Kemper Boyd et Ward Littell, deux agents du FBI, l’un rusé, l’autre raté, aux profils quasiment opposés.
Dans la galerie des portraits, Jimmy Hoffa, président du syndicat des camionneurs américains et qui en a rapidement monté les échelons, avec à la clé, le blanchiment d’argent de la mafia via la caisse de retraite centrale du syndicat; le patron très particulier du FBI et grand ordonnateur de la traque aux mafieux, J. Edgar Hoover, flanqué de son porte-serviette, promeneur de chiens ; Howard Hughes, milliardaire au pouvoir politique certain, dictant ses volontés aux présidents américains, dont JFK.
Dans ce monde d’hommes, tueurs à gages, fournisseurs de drogue, flambeurs et balances, chauffeurs, hommes de main, poseurs de micros, circulent quelques femmes, subalternes en apparence, agents doubles plutôt : secrétaire au tricot-bigoudis, dame au vison, présentatrice de télévision, entraîneuse… La pianiste et chanteuse de blues, Béatrice Demi Mondaine, souligne, tout au long du spectacle, l’atmosphère américaine des années 60.
Chantal de la Coste, qui signe aussi les costumes, a imaginé des espaces ouverts de salle de rédaction, – petites lampes, stores et mobilier d’époque. Cette intelligente scénographie organisée en différents plans permet la superposition d’actions. Dans l’un des espaces, l’homme-orchestre Dimi Dero ponctue les événements de sa basse, batteries, chaînes, scie, perceuse et guitare, univers sonore où des standards d’époque s’entrecroisent avec des morceaux composés par Théo Hakola.
Plus loin, un billard. Et l’espace s’adapte au fil des événements, devenant lieu public lors de l’élection de JFK, dancing, puis morgue encombrée, à la fin, de cadavres. Tous les fils tendus d’histoires enchevêtrées, mènent d’une ville à l’autre : Miami, Los Angeles, Dallas, et préparent l’arrivée du Président, nommé Jack dans le spectacle. Les événements politiques qui lui sont liés, sont donnés par la lecture du journal et les annonces télévisées ; quelques images d’archives passent en boucle sur un petit poste d’époque. Petit à petit, on sent monter comme une machination, sur fond de CIA, dont le point d’orgue sera Cuba, où le cuisant échec de la Baie des Cochons et la partie de bras de fer avec Castro, imaginée par Eisenhower et exécutée sans conviction par Kennedy, a tourné à l’avantage du leader cubain. Les casinos nationalisés, les mafieux américains y perdaient gros et le feront savoir, à leur manière.
Dans la dernière séquence, un autre plan de lecture important est proposé par le metteur en scène, avec des images d’actualités, commentaires et titres projetés dans une création vidéo d’Etienne Dusard. Et si le spectacle se ferme abruptement, de l’œuvre écrite au plateau, le pari est gagné pour le metteur en scène et son équipe d’acteurs, qu’il a  bien dirigée.
Artiste associé à la MC 93, Nicolas Bigards aime à « questionner la capacité de certains écrivains américains à raconter des histoires qui démontent les histoires que nous nous racontons ». Il s’intéresse à cet auteur au destin si particulier, né à Los Angeles et dont la mère fut assassinée lorsqu’il avait dix ans, événement qui lui fera cultiver haine et culpabilité et l’entraînera dans une descente sur fond de drogue et d’errance. Et il avait fait une première esquisse de travail sur Ellroy, dans le cycle Les Chroniques du bord de scène.
« L’heure est venue de démythifier toute une époque et de bâtir un nouveau mythe depuis le ruisseau jusqu’aux étoiles. L’heure est venue d’ouvrir grand les bras à des hommes mauvais et au prix qu’ils ont payé pour définir leur époque en secret », écrit l’auteur d’American Tabloïd, et sa description de la violence interroge sur le sens de son écriture, pour le moins, libératrice.

 

Brigitte Rémer

 

 

MC 93, Théâtre de tous les ailleurs, 9 Bd Lénine, Bobigny, jusqu’au 22 décembre, Tél : 01-41-60-72-72, site : www.MC93.com. Les 22 et 23 mai 2014, à L’Apostrophe Scène nationale de Cergy-pontoise et du Val-d’Oise, site : www.lapostrophe.net

 

 

 

Le Parc

Le Parc,  chorégraphie d’Angelin Preljocaj,  avec le ballet de l’Opéra de Paris.

leparcIl est rare qu’une chorégraphie, depuis sa création en 1994, soit devenue mythique grâce à un seul  tableau, Abandon, l’avant-dernier du duo .. Connu du monde entier, il a aussi fait l’objet d’une belle reprise publicitaire filmée par Preljocaj pour Air France, avec Benjamin Millepied et Virginie Caussin.
A l’Opéra de Paris et ailleurs, (la chorégraphie est entrée au répertoire du théâtre Mariinski de Moscou et de la Scala de Milan), plusieurs duos se sont succédés. Le couple, (ce soir là Isabelle Ciaravola et Karl Paquette), doit danser en parfaite harmonie, tant l’abandon est physiquement réel, avec un mouvement tournoyant de l’héroïne autour du cou de son soupirant.
La scène traduit l’extrême sensibilité du chorégraphe, qui offre aussi  à ce couple, deux autres duos d’une grande beauté, dansés sur un andantino et un adagio d’un Concerto pour piano de Mozart, dont la musique accompagne aussi les jeux de séduction de l’ensemble du corps de ballet.
Hommes et femmes tentent de se surprendre entre les bosquets très stylisés  imaginés par Thierry Leproust; c’est une épreuve difficile pour les danseuses qui portent parfois de magnifiques robes à paniers du costumier Hervé Pierre. Angelin Preljocaj dit s’être inspiré de La Princesse de Clèves:C’est, dit-il, «l’histoire de cette femme qui résiste à l’amour. J’avais envie de transmettre, à travers les mouvements, la danse, la relation entre deux interprètes, cette résistance, cette pérégrination, ce qu’elle ressent. A part elle, tous les autres personnages sont des libertins».
C’est un très beau travail qui explique ses multiples reprises depuis sa création. La touche Preljocaj, décalée et provocatrice,  depuis que nous avions découverte avec  Liqueurs de Chair au Théâtre de la Ville en 88, est présente ici à travers le quatuor de jardiniers qui ouvre et ponctue à la fin le spectacle, sur une création sonore de Goran Vejvoda. C’est un peu comme si le chorégraphe avait peur que cette inaccessible harmonie amoureuse, transformée en beauté douloureuse, n’apparaisse comme trop romantique. Comme le dit Alain Platel pour ses propres  créations, «il ne faut pas toujours refuser l’émotion».

Jean Couturier

A l’Opéra Garnier jusqu’au 31 décembre.

Une saison à Saint-Pétersbourg

 Une saison à Saint-Pétersbourg.  

 

TourskyDans le cadre des échanges culturels entre Marseille et Saint- Pétersbourg, le théâtre Toursky vient d’accueillir à la fin novembre quelques spectacles représentatifs des tendances actuelles de la dramaturgie russe. A l’initiative de Victor Minkov qui organise chaque année ce festival dans une ville européenne. Marseille a été choisie en 2013, comme capitale européenne de la culture.
D’abord avec un gala de danse à l’Opéra de Marseille. Puis le Toursky a accueilli des spectacles créés à Saint-Pétersbourg, au Théâtre dramatique Tovstanogov , à L’Entreprise russe dirigée par Andreï Mironov, au Foyer du Comédien, et au Théâtre de l’Atelier.
Au programme:  La Dame au petit chien et Salle N°6  d’après Tchekhov, Le Mariage de Balzaminov  d’après Ostrovsky, Lear,  d’après Shakespeare, et enfin, un cabaret russe d’une grande qualité professionnelle, présenté après chaque spectacle.
Avec des avis partagés : Salle N° 6  a recueilli tous les suffrages, en particulier pour sa scénographie. La Dame au petit chien  et Le Mariage de Balzaminov , de facture classique, ont aussi été bien reçus. Mais Lear qui devait être le clou de ce festival par son audace provocatrice, n’a pas du tout tenu ses promesses… Le metteur en scène, Bogomolov,  avait cru bon d’y ajouter des textes de Nietzsche et de Chalamov, de façon à actualiser la pièce avec des allusions sanglantes et cinglantes à l’histoire récente de la Russie…
Selon un procédé bien usé, les personnages masculins étaient joués par des femmes, et inversement. Le roi Lear, lui, était incarné par la grande comédienne Rosa Khaïroulina. Le choix de ce spectacle appelé à couronner le festival peut s’expliquer par le bruit qu’il a suscité en Russie où il avait été nominé au concours des  Masques d’Or. En général, les options dramaturgiques de ces spectacles ont divisé le public mais on y a retrouvé, sans exception, le métier et l’engagement de comédiens formés à l’école russe qui, depuis Stanislavski, auront beaucoup apporté à l’art du théâtre.
Le Toursky que Richard Martin dirige depuis quarante-trois ans dans un quartier populaire de la ville est un lieu théâtral unique à Marseille, et en France. Il ne bénéficie pas outre-mesure de la faveur des pouvoirs publics et Richard Martin a dû recourir à deux reprises à une grève de la faim pour empêcher qu’on  retire es subventions indispensables à la vie de ce  lieu où la culture fait intimement partie de la vie. Et, quand on s’interroge sur une crise du théâtre liée à une crise de la société, on devrait se pencher davantage sur l’existence d’une salle qui a fidélisé un public, et où l’on joue tous les soirs à guichets fermés, quelle que soit la programmation.
Dans une société atomisée et sans âme, le public s’y retrouve en famille pour partager des émotions artistiques qui ne sont pas isolées de la réalité de la vie. Sinon, comment expliquer que, chaque soir, , une foule de gens vienne dans un quartier reculé de Marseille, oublier ses soucis pour entrer dans une autre vie imaginaire, mais plus vraie que la vie ordinaire. Telle est la magie d’un théâtre quand on peut s’y ressourcer dans une communauté fraternelle qui offre  l’espoir d’un autre avenir que celui d’un monde en perte de sens.
Richard Martin a conçu son théâtre comme un lieu de rencontres et d’échanges avec des buffets offerts, avant et après chaque spectacle… Avec un accueil toujours chaleureux et généreux. Richard Martin publie aussi La Revue des Archers, du nom d’un réseau de plusieurs milliers d’amis du Toursky dans le monde entier. Il a aussi créé aussi une Université populaire avec des enseignants de différentes disciplines. Et le théâtre s’est récemment doté d’une annexe pour accueillir des spectacles de cabaret.
Aux murs du Toursky, des affiches rappellent ses moments forts et les grands noms du théâtre, du cinéma et de la chanson qu’il a accueilli, comme Léo Ferré, proche de Richard Martin ; ici, le passé se mêle au présent et toujours dans un esprit de rassemblement autour d’une même idée de l’homme et de la société. On retrouve au Toursky la fonction sociale du théâtre en Russie, dans une inversion des rapports entre vie ordinaire et vie scénique, entre vie réelle et vie rêvée. C’est sans doute la racine profonde des liens qui, depuis plus de vingt ans, se sont tissés entre le Toursky et la Russie. Richard Martin y organise en effet avec ses propres moyens, un festival de théâtre, devenu un lieu de passage obligé des rapports culturels entre France et Russie.
Il y a les réalités de la culture et de la vie, et il y a les catégories officielles qui sont souvent des alibis de l’enfermement et de l’inertie. Il y a aussi les clichés concernant les interdits et les exclusions de la médiocratie, et les relations humaines, fondement d’une véritable culture politique, et poétique, car il ne saurait en être autrement pour une culture de la cité. Le Toursky, théâtre municipal, dépend du pouvoir de la cité, et sur la cité. Il fut un temps où l’on rêvait de créer un théâtre populaire. Mission que s’était donnée Jean Vilar, puis Roger Planchon. Richard Martin, lui, a repris le flambeau dans un contexte plus difficile. Mais, avec ténacité et générosité, il a forgé au Toursky, à qui il a donné une véritable capacité de création et d’accueil, les liens d’une culture populaire depuis longtemps absente de «la société spectaculaire et marchande », pour reprendre les mots d’Armand Gatti.

 Gérard Conio

Théâtre Toursky, prochains spectacles: 14 janvier: Jean Jaurès, une voix, une parole Jean-Claude Drouot, (complet); le 17 janvier Lune air Julien Cottereau le 17 janvier (complet); le 21 janvier La Nuit des poètes Compagnie Pietragalla-Droulaut; le 27 et 28 janvier et les 28 et 29 janvier; Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco avec Michel Bouquet.

El Tigre

El Tigre,  texte et mise en scène d’Alfredo Arias, composition musicale de Bruno Coulais.   p153566_4

« Si on me demande de définir un genre, je dirai qu’ El Tigre est une comédie loufoque avec des chansons », explique Alfredo Arias, «une pantomime de Noël», vient-il préciser, dans un halo de lumière, à l’avant-scène. Le rideau s’ouvre sur un décor kitchissime, tableau en relief représentant El tigre, des îles à la confluence du Gran Paraná et du Río de la Plata, au Nord de Buenos-Aires.
Un quatuor à cordes attaque un tango décalé. Le ton est donné, d’autant que la réputation d’Arias,  fondateur du TSE le précède.  Avec son premier spectacle en France, Eva Peron de Copi,  suivi de nombreux spectacles, entre autres, des comédies musicales aux accents argentins, influencées par le music-hall américain et jouées par des travestis en femmes fatales.
Ici apparaissent une Blanche-Neige en drag queen :Fatafatale ; Holy, travelo cinéfole (l’élégant Carlos Casella), flanqué d’un titi parisien, Fernand Fricotin (Denis D’Arcangelo), déguisé pour les besoins d’un film en Dark, servante confidente accorte, puis Tota (Andrea Ramirez) une incroyable Indienne à qui l’on veut confier le rôle de Lana Turner. Car ce soir, on va rejouer  Mirage de la vie, de Douglas Sirk, le grand maître du mélodrame.
Cette tentative dérape en un furieux vaudeville flirtant avec le mauvais goût. Mais n’est pas ringard qui veut… la machine inventée par Arias  tourne un peu à vide, malgré la grande qualité des chansons (textes et interprétation) et de la musique de Bruno Coulais, le  compositeur des Choristes et du Peuple migrateur. Par bonheur, la vraie Lana Turner surgit enfin d’entre les morts, campée par Arielle Dombasle. Fascinante en diva, ultra-moulée dans un fourreau noir, blonde à l‘extrême, elle incarne parfaitement la star hollywoodienne aux mœurs troubles ; de plus sa voix chaude et souple monte agréablement dans les aigus, se mariant avec celles des autres interprètes.
Une ténébreuse affaire d’extra-terrestres vient embrouiller l’intrigue. La star rejoindra le firmament, kidnappée, au nom des martiens, par Vampira sortie tout droit d’un film d’horreur. Arias jongle entre les styles de film, en parodiant les stars du cinéma. En dépit d’un scénario incertain, il réussit un divertissement déjanté, une revue avec quelques tubes et morceaux de bravoure.
On reste malgré tout sur sa faim,  malgré Arielle Dombasle, et la qualité des comédiens/chanteurs et des musiciens.

Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point  Paris T: 01 44 95 98 21, jusqu’au 12 janvier. 
www.theatredurondpoint.fr
El Tigre, livre graphique scénario d’Alfredo Arias avec la collaboration de René de Cecatty, dessin José Cuneo, éditions Mes Contrebandiers, 20 euros.

Phèdre

 

Phèdre de Jean Racine, mise en scène de Pascaline Ponti.

  C’est avant tout une histoire d’éblouissement : Phèdre est « éblouie du jour qu’[elle] revoit », et d’abord par Hippolyte, Hippolyte par cette « flamme si noire » dont « la fille de Minos et de Pasiphaé » lui fait l’aveu, et par les exploits de son père Thésée, lui-même ébloui par les accusations trompeuses d’Œnone contre son fils… Ce jour-là, le jour de la tragédie, ils sont tous comme foudroyés par le formidable pouvoir de Vénus.
Une seule voit s’ouvrir devant elle un amour clair et serein  : c’est Aricie, jeune fille forte comme Racine sait les écrire, seule à échapper à une parenté fatale avec les dieux… Ce n’est pas la première fois qu’une comédienne tente de donner le texte de Phèdre en son entier, d’en respirer tout le texte d’un vaste souffle. Mais Pascaline Ponti qui joue tous les personnages a la vertu de faire les  « monter » : Ismène, confidente d’Aricie, Panope, femme de la suite de Phèdre, qu’on oublie toujours, prennent ici leur vraie place, disent ce qu’elles ont à dire, dans l’instant, dans l’urgence de la scène, forcément à hauteur égale.
De même, les questions politiques prennent ici leur vraie place: Hippolyte a grandi en un jour, et pas seulement, comme successeur de son père, supposé mort. Il conquiert, dans ses paroles à Aricie, une vraie responsabilité, et s’il dit, une fois de plus, vouloir partir, ce n’est plus en timide apprenti s’en allant pour son grand tour d’initiation, mais en prince raisonnable.
Ainsi porté par Pascaline Ponti, le poème dramatique a rarement résonné avec une telle générosité. La Poétique d’Aristote recule d’une case : le drame devient le récit, le chant qu’il porte en lui. Tout est emporté dans un mouvement continu, d’avancées et de retraits, d’élans et de retenue. La comédienne n’illustre jamais, ne sépare pas les personnages mais  les enchaîne comme les diverses faces d’une même pensée. Elle se laisse traverser par eux, et ils nous parviennent. Elle le fait, si l’on peut dire, avec une passion tranquille, sans le moindre effet ni artifice. Phèdre signifie, justement, « l’éblouissante ».
Pascaline Ponti, elle,  ne cherche pas à éblouir : elle éclaire, et réchauffe la pièce de Racine. C’est fort, et beau. Ne le ratez pas, si le spectacle passe près de chez vous.

Christine Friedel

Phèdre solo se jouera du 31 janvier au 6 février au Lavoir Moderne Parisien.

Conteur ? Conteur

Conteur ? Conteur, de et avec Yannick Jaulin.

 

Y. Jaulin  Il accueille le public en l’apostrophant sur la rue et le quartier de manière amusée, leçon de choses bien appliquée, puis il resserre la focale sur le cadre de scène à l’ancienne, et se transforme en collectionneur d’histoires à partager, une chaise en bois pour partenaire.
Yannick Jaulin, ce petit homme, en costume bleu, doublé de rouge comme ceux des  grooms, s’interroge sur lui-même, avec ce leitmotiv:«Conteur aujourd’hui, est-ce un métier d’avenir»? Et il digresse sur les contes et leur fonction sociale, du merveilleux au traditionnel, par de nombreux chemins de traverse. A la proue du navire, le conteur serait « celui qui trace le petit trait de lumière dans le chaos du monde ». Et du chaos, il y en a et il en parle, parfois dans sa langue natale, le parlhange, le patois de la Vendée.
Il répertorie contes, classifiés dans l’abrégé Aarne et Thompson, (par exemple AT 333 pour Le Petit Chaperon Rouge), parle du loup, source d’inspiration, et de recettes de cuisine, différentes selon les régions, admire les filles qui, dans les contes, ont de la répartie.  Yannick Jaulin  fait aussi voyager les histoires entre elles. « La fable, dit-il, en vendéen ou en vieux français, a une traçabilité », comme il le montre avec  Le Loup et l’Agneau. Dans son bestiaire, se trouve aussi la punaise proliférante, le jugement de la taupe et sa mise à mort, et le voilà inépuisable. Son chapitre sur l’amour ressemble à la nuit des morts vivants, entre la cave de Sainte-Cécile et les thés dansants, appelés la « farfouille »: « Henri ! Tu me fais rire, Henri !»…
Des monstres qu’on fabrique, des fictions qui apaisent le réel, un monde disparu gorgé de sang, l’homme qui s’égoutte: l’imagination de Jaulin va bon train. Et il poursuit, avec François le menuisier qui fabrique des cercueils; il construit le sien propre pour déjouer la concurrence, et multiplie les commandes ; avec la campagne de Russie et le feu qui gelait ; avec les mauvais coups, les sorts jetés, les jeux de cartes, les jumeaux, si étranges. Quand le présent est muet, il convoque le bon vieux temps, et, dans sa spirale infernale, questionne ses racines, ses doutes et ses peurs. « Vous n’êtes pas venus d’aussi loin pour entendre ça !» lance-t-il…
La fin du spectacle se situe entre la causerie militante et la rengaine du rocker qui se consume. « Conteur ? La seule chose que je sais faire… Parce que je suis conteur, je peux relever ce défi : être dans le réel, dans l’actualité du monde et la faire résonner sur des paroles mythologiques, des récits allégoriques, être à la fois au-dessus des terres et dans les caves du monde ».
Et Jaulin repart vers sa zénitude, et le spectateur vers la sienne…

 

Brigitte Rémer

 

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris. M : La Chapelle, jusqu’au 21 décembre, du mardi au samedi, à 19h.  T : 01-46-07-34-50.
Beau Monde ? Compagnie Yannick Jaulin. www.yannickjaulin.com

Memento Mori

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Memento Mori, conception et réalisation de Pascal Rambert.

 

  Pascal Rambert, l’acteur, auteur, metteur en scène, et directeur, depuis 2007, du Théâtre de Gennevilliers-Centre Dramatique National de Création Contemporaine, , sait  ce qu’il veut quand il s’agit de danse et de performance. Il reprend Memento Mori (N’oublie pas que tu vas mourir), une performance pour cinq danseurs aux noms savoureux:  Elmer Bäck, Rasmus Slätis, Anders Carlsson, Jakob Ührman, Lorenzo De Angelis.
Qu’est-ce qu’être en vie? C’est une invention créative, une leçon en douceur de sagesse universelle et d’humilité, doublée d’un cours d’apprentissage des sensations auditives, visuelles et olfactives. Une sorte d’atelier des cinq sens, comme il en est beaucoup aujourd’hui sur n’importe thème. Le spectacle s’approche, sans que le public ne  touche ni ne goûter rien  de concret, de l’expérience tactile et gustative projetée.
Étrangement, la scène ne fait pas obstacle à l’ouverture que requiert toute aventure sensuelle, au sens scientifique de la vie de la terre et des hommes. Le spectacle invite en effet à écouter les corps nus et bruts, sans qu’on les voie, et à laisser passer et sentir le silence blafard dans l’ombre inquiétante et la nuit aveugle. Entendre le non-bruit ou l’absence, rien n’est plus rare en ces moments de folie et de fureur bruyante…
Une occasion de faire retour sur soi. Ainsi, peu à peu, et dans la nuit la plus totale, quand apparaît,  au détour d’une lumière fugace, l’ombre d’un être au corps musculeux et nu, le regard saisit l’innommable ou l’inouï existentiel, au sens où l’entendait Maurice Blanchot. Ombre blanche, trace évanescente, silhouette disparue.
Voilà le spectateur  revenu dans sa caverne originelle, les limbes d’avant la vie. Le corps surgit fugitivement du néant pour se noyer de nouveau dans l’ombre, et réapparaître là où on ne l’attendait plus. Fermer ses yeux, et écouter ces corps solitaires qui se frôlent et ne se touchent qu’à peine, même si tel ou tel signe advient parfois: claquement de peau, frottement de chairs livrées au hasard des chocs sourds des  danseurs  entre eux.
Les chairs s’entrechoquent, depuis les muscles des bras jusqu’aux fesses rebondies. D’autres signaux sonores qui n’ont  rien d’humain, accèdent alors à nos oreilles: crissements sur le sol plastique, écrasement mou et sonore des matières: quelque chose s’active que nous ne pouvons deviner. Une posture énigmatique. À la fin de la performance, quand la lumière se fait et se donne – Yves Godin est le manipulateur des lumières -, les corps nus apparaissent enfin, n’affirmant leur présence que les uns par rapport aux autres. Sur le sol, gisent, comme on le dirait de restes humains, des fruits colorés écrasés, des bananes jaunes, des tomates rouges, des aubergines violettes, des traces d’eau,  flaques de vie qui scintillent sous les éclairages. Et ces vestiges donnent à humer leurs essences…
Et si les modèles vivants n’étaient finalement sur la scène que les sujets animés – devenus vivants – d’une fresque classique, généreuse et glorieuse, à la manière de natures mortes qui auraient été réinvesties pour la vraie vie et le mouvement irréversible du temps?
N’oublie pas que tu vas mourir.

 Véronique Hotte

 

Théâtre de Gennevilliers. Tél : 01 41 32 26 26   Les 19 décembre à 19h30 et  20 décembre à 20h30.

Round-up

Round-up,  écriture scénique collective de Clémence Barbier, Victor Gauthier-Martin et Maïa Sandoz, mise en scène de Victor Gauthier-Martin.

 

round upCela commence par une petite conférence de Victor Gauthier-Martin sur la situation de la production alimentaire, depuis la mise en œuvre de la Politique Agricole commune de Bruxelles, dès 1962, destinée à l’origine à réguler  les cours du marché et à permettre aux éleveurs, céréaliers, producteurs de fruits et légumes, viticulteurs,etc..  de mieux vivre de leur travail. Ce qui a abouti  à  tout un système, très complexe d’aides et subventions, de droits de douanes relativement élevés sur certains produits agricoles et alimentaires (céréales,  viande de bœuf et de porc,etc…) à l’importation dans l’Union européenne, un régime de prix minimum, et des exportations subventionnées dites  « restitutions ».
   Les marchés vont mieux, voir beaucoup mieux ;  merci pour eux, mais, sévère revers de la médaille, cela suppose, question rendement, des méthodes parfois pas nettes du tout: emploi obligatoire d’engrais et intrants chimiques dans l’agriculture, et enfin, introduction d’éléments chimiques à haute dose dans la fabrication de produits alimentaires,  le plus souvent cancérigènes d’abord pour les agriculteurs et ensuite pour les consommateurs. Sans compter la disparition programmée des petites exploitations en Europe moins rentables et à la mise sous tutelle de l’agriculture dans les pays africains,  avec l’assentiment de la plus grande partie de la classe politique européenne et  pour le plus grand bonheur de firmes comme Monsanto de sinistre mémoire… qui inventa,  entre autres joyeusetés, le trop fameux Round Up. Monsanto avait demandé à ses commerciaux de démentir le caractère cancérigène des PCB en citant une étude scientifique réalisée par le Dr Roush, …responsable médical de la firme.: « Nous n’avons rien observé dans nos études de santé préliminaires sur les travailleurs travaillant au contact des PCB, ou sur nos expériences à long terme sur des animaux, qui puisse indiquer que les PCB soient cancérigènes. » Plus tard,  on montrera que ces études avaient été manipulées afin de cacher la vérité. Bravo Monsanto!
   Et comme l’a révélé Chantal Jouanno, étonnée du ton menaçant employé par un des directeurs de Monsanto dans son bureau à l’Elysée qui voulait absolument avoir un avis favorable à l’utilisation des OGM: « Cette fois, ce ne sont plus seulement les risques environnementaux mais les effets sanitaires que l’on redoutait qui apparaissent. Cette alerte doit être ajoutée à toutes les autres sur les perturbateurs endocriniens. Et à ces nombreuses molécules de synthèse qui fragilisent notre organisme ».
  C’est tout cela dont parle assez brillamment Victor Gauthier-Martin, et, avec beaucoup de conviction. Il démontre preuves à l’appui, comment on est arrivé à mettre en place une rhétorique destinée à permettre à l’industrie agro-alimentaire européenne et surtout américaine,  de faire du profit, toujours du profit, et non pas de nourrir ceux qui ne peuvent pas payer, quitte à imposer la loi du plus fort. Sans aucun état d’âme,  et avec force compromissions de soi-disant experts et  spécialistes…
Ensuite, désolé de le dire aussi crûment, le spectacle part un peu dans tous les sens avec des  documentaires projetés et une émission de télévision animée par deux animatrices… bien peu crédibles. Même si l’on donne la parole ensuite à des experts, responsables politiques, le spectacle, pas très bien joué, semble être fait d’un patchwork  peu cohérent, sans véritable fil conducteur et qui,  malgré le sujet, n’a rien de très passionnant, même pendant juste un peu plus d’une heure.
D’autant plus que des problèmes comme le coût environnemental de la fabrication d’un kilo de viande sont à peine effleurés. Et  on ne voit pas bien surtout en quoi le théâtre peut apporter plus et mieux qu’une bon et long documentaire sur la question. C’est bien là finalement où se situe la difficulté.. Et faire du théâtre pour faire du théâtre ne peut être un but en soi, et o
n a l’impression que la trop fameuse phrase de Vitez: « faire du théâtre de tout » est souvent mal comprise des jeunes- et moins jeunes- metteurs en scène qui ne se risquent guère à construire une dramaturgie appliquée à ce type de débat!  Avec un simple tableau noir, quelques accessoires, un peu de musique et  des comédiens bien rodés, Livchine et ses complices du Théâtre de l’Unité, lors de leur cabaret mensuel à Audincourt, dit « kapouchnik », sont nettement plus convaincants sur des thèmes similaires.
  Malgré tout, même si la conception et le mise en scène ne sont vraiment pas à la hauteur des enjeux, Victor Gauthier-Martin dit des choses qui parlent aux collégiens très sensibles aux questions de politique agricole, d’environnement, d’alimentation et  de santé publique, ce n’est déjà pas si mal…

Philippe du Vignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry, au studio Casanova 69 av Danielle  Casanova M: Mairie d’Ivry T: 01 43 90 11 11 jusqu’au 20 décembre.
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