En travaux

En travaux, texte et mise en scène de Pauline Sales.

 

en-travaux-tristant jeanne-valès-49L’écriture de Pauline Sales suscite une l’attention,  à travers la production d’une parole d’aujourd’hui que le spectateur saisit au vol, quand elle est lancée par des comédiens en verve qui veulent en découdre, parfois même un peu trop…
La directrice avec Vincent Garanger, du Préau /Centre Dramatique national de Basse-Normandie-Vire, a mis en scène sa pièce avec hargne,  et même avec rage
. La scénographie de Diane Thibault reprend l’image urbaine de chantiers publics, comme on peut en rencontrer partout. Mais ici, les travaux se font loin de la ville.
Situation de départ : « Une femme et un homme, en bleu de travail et gilets fluorescents, pulls jacquard et casques de chantier, construisent un Algeco. »
Lui, André, est chef de chantier, et elle, Svetlana, intérimaire. Même si le chef (André Poupard) tient des propos dignes du Front National : « Le plat préféré des Français c’est le couscous. Alors, qu’on ne vienne pas me dire que les Français sont racistes. C’est bon, franchement, c’est bon ».
Plutôt brave, il se situerait physiquement entre le baba et le bobo – on a du mal à croire qu’il porte des sacs de plâtre toute la journée- et il parle par jurons crus et bien frappés.
Quant à Svetlana, la jeune étrangère féline, elle joue à merveille du masculin et du féminin, et se fait complaisamment diablesse à l’accent russe – pantalons de travail, ou bien string et talons aiguille. La comédienne Hélène Viviès, entre fantasmes et clichés machistes, en fait des tonnes – accent à couper au couteau et dégaine d’enfer. C’est dommage!  Le propos de Pauline Sales est plus nuancé, et elle écrit, dans l’esprit de Koltès, mais, à sa manière personnelle, son
Combat de nègre et de chiens.
C’est en effet à une bataille en règle à laquelle se livrent les deux associés – l’employeur et l’employée dite intérimaire. Bataille en effet entre l’homme et la femme, provocations, duel verbal, approche sensuelle et chantage sentimental. Les états d’âme déboulent sur la scène, comme pierres qui roulent devant la force de pelleteuses intransigeantes : instinct de survie, violence, cruauté, attendrissement, mensonge et lâcheté, chez les deux forces en présence. L’un n’est pas meilleur que l’autre : l’être est capable de sublime comme du pire. Il faudrait simplement que les deux puissent s’entendre, une fois pour toutes.
En travaux
de Pauline Sales s’attache à décrire nos temps difficiles – sociaux, économiques, professionnels et privés – où on ne prend pas la juste mesure  des hommes et des femmes de la planète entière, qui « circulent » pour sauver leur peau dans la dignité, trouver du travail et une vie meilleure. L’échange ne se fait pas sur nos terres privilégiées, incapables d’accueillir les étrangers démunis et de s’ouvrir à la détresse tangible des autres.
Les relativement nantis restent sourds et aveugles, fermés à la misère comme à la découverte de la richesse intérieure que permet la  différence culturelle et linguistique… Et Pauline Sales, a
vec un talent évident et une plume sûre et décidée, sait de quoi elle parle…

Véronique Hotte

Maison des Métallos 75011 Paris. T : 01 48 05 88 27 jusqu’au 22 décembre.


Archive pour décembre, 2013

Chocolat blues

Chocolat blues par Gora Diabate, mise en scène d’Isa Armand. 

affiche_CB_webChocolat Blues retrace la carrière de Rafaël Padilla, fils d’une famille africaine, réduite en esclavage et déportée à Cuba, Padilla devint orphelin et fut vendu à 8 ans comme garçon de ferme! Il s’enfuit, vivant de petits boulots. Le célèbre clown blanc Tony Grice le découvrit végétant à Bilbao, et  impressionné par sa force physique et ses talents de danseur, il en fit d’abord son  homme à tout faire puis son partenaire dans certains de ses numéros. Surnommé Chocolat, il  arrivera à Paris en 1886, et  joua en duo l’Auguste noir  et souffre-douleur  du  clown blanc autoritaire Footit. Avec un grand succès, et il  devint  ainsi vers 1900 – Toulouse-Lautrec fit son  portrait-  une star du music-hall avant de tomber dans l’oubli, avec la montée du racisme au moment de l’affaire Dreyfus.
Gora Diabate, habillé de pantalons noirs et d’une jaquette rouge, incarne Chocolat devant un écran où sont projetées des images. Athlète de la scène, il évoque son terrible parcours : « J’ai trop connu la jungle dans ma cité pourrie (…) Vous croyez que nous sommes tous à égalité face aux mots (…) liberté, égalité, dignité (…) J’en veux pas de votre liberté, je veux rentrer chez moi ! »
Mais ce fut impossible pour Chocolat, qui, au moment où le music-hall lui tourne le dos, survit difficilement après avoir été le premier « clown thérapeute ». Il resta vingt-cinq ans à Paris où il était arrivé sans savoir lire, ni écrire. Interprété avec brio et avec une grande dextérité physique sur un plateau nu, ce solo a déjà été présenté une vingtaine de fois dans un circuit associatif.
Gérard Noiriel, pionnier de l’histoire de l’immigration,  qui a participé à l’élaboration du spectacle, anime ensuite un débat sur le racisme effrayant en Europe.

Edith Rappoport

Maison des Métallos
 20 décembre 2013 à 19h – maison de quartier Monmousseau, 17 rue Gaston Monmousseau, Ivry-sur-Seine (94)
13 janvier 2014 à 20h – Université Populaire d’Arcueil (94)

(www.lespetitsruisseaux.com)

Peter Pan

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Peter Pan de James Matthew Barrie, texte allemand d’Eich Kästner, musique et chants de CocoRosie, mise en scène de Bob Wilson.

The Old Woman ( voir Le Théâtre du Blog) avait été un émerveillement, et on avait l’impression que Bob Wilson avait signé là une de ses meilleures créations. Peter Pan est une fantaisie d’un tout autre genre, avec quelque vingt cinq interprètes. La base est un conte écrit par l’écrivain écossais James Matthew Barrie (1860-1937), dans un chapitre de son roman Le Petit Oiseau Blanc, puis dans une pièce (1904): Peter Pan l’Enfant qui ne voulait pas grandir ( Barrie cessa de grandir à dix sept ans et  il mesurait 1, 50 m).
L’œuvre de Barrie fut ensuite adaptée au théâtre, au cinéma et en bande dessinée.C’est l’histoire d’un petit garçon capable de voler pour aller dans un pays imaginaire avec Wendy Darling et ses frères Jean et Michel.
M.et Madame Darling sont absents et c’est la chienne Nana, qui sert de nurse à Wendy, Jean et Michael. Venu récupérer son ombre, Peter se trouve face à Wendy qu’il persuade de le suivre jusqu’au pays imaginaire
La fée Clochette est jalouse de Wendy qui doit veiller sur les Garçons perdus, dont elle devient la mère. Ils vivront d’extraordinaires aventures avec des Peaux-Rouges, Lily La Tigresse des Pirates et leur chef, le capitaine Crochet qui n’a jamais pardonné à Peter de lui avoir coupé la main avant de la jeter en pâture au Crocodile qui le poursuit depuis sans trêve…
Crochet enlève Lily La Tigresse, pour capturer Peter, dont il pense qu’il viendra la sauver. Peter Pan se rend à la Lagune aux Sirènes avec Wendy. Lily La Tigresse arrivera à retourner chez les Indiens. Jalouse, Clochette révèle la cachette de Peter Pan, où Crochet le trouve endormi, et décide de l’empoisonner avec la potion que Wendy avait donné à Peter. Mais les Enfants perdus, Wendy et ses frères sont capturés. Quand Peter se réveille, Clochette, prise de remords, veut le prévenir que la potion est empoisonnée.
Fâché, Peter Pan ne la croit pas et Clochette boit la potion. Pour la sauver, Peter fait appel à tous les enfants qui croient aux fées et Clochette revient à elle. Il retourne se battre contre Crochet vaincu, qui disparaît dans la gueule du crocodile. Peter devient capitaine du
Jolly Roger et ramènera Wendy, John et Michael et les Enfants perdus à Londres. Les parents les retrouvent et adoptent tous les Enfants perdus. Peter Pan rentrera au Pays imaginaire en jurant à Wendy qu’il ne l’oubliera pas, et qu’il reviendra tous les ans pour l’y ramener . Plus tard, il retrouvera Wendy grandie et maman.
On voit bien tout ce qui a pu séduire Bob Wilson dans cette histoire compliquée,  où la mort est constamment au rendez-vous et où Peter Pan refuse de grandir. Avec des personnages féminins comme Wendy, la fée Clochette, les Sirènes qui le fascinent et où Wendy, Jean et Michael entrent dans un monde où ils retrouvent les personnages qui ont germé dans la tête de Wendy.
. Un autre thème récurrent dans le roman de Barrie est la crainte de l’autre, et la solitude, et Peter Pan – il a perdu la notion du temps- est le double,  pour le moment gentil,  du méchant capitaine Crochet et s’il refuse de vieillir,  c’est avant tout,  pour ne pas, en quittant le monde merveilleux de l’enfance, ressembler à ces adultes cyniques et impitoyables.
On est loin du monde aseptisé de la version de Walt Disney ! Comme si Bob Wilson, dont une part de lui-même  continue encore à exister dans le Texas merveilleux de son enfance et qui, comme Peter pan, n’a pas t fini de régler ses comptes avec sa mère qui, à en voir les images d’un film, devait avoir une sacrée personnalité. Peter Pan qui semble n’avoir guère de passion « joyeux innocent et sans cœur « ,  dit Barnee,  et qui possède un ego surdimensionné  Wilson a eu visiblement un bonheur fou à être un peu comme lui, maître du jeu et à diriger sur un plateau, cette suite de personnages dans un pays empreint d’imaginaire, où les aventures se succèdent comme dans un rêve.
Même si on voit bien que ce conte fantastique est surtout pour l’immense créateur américain une sorte de tremplin où il peut, avec une virtuosité inégalée, et une sorte d’apparente légèreté, inventer un fabuleux livre d’images. C’est un véritable régal pour l’œil: Wilson se sert de tout l’appareil scénique qu’il a mis au point depuis une trentaine d’années. Parfois un peu trop frappés au coin de la virtuosité gratuite, ici  ils servent remarquablement le conte de Barrie : écrans de couleur changeante en fond de scène, chœurs dansant en ombre chinoises, maquillages ultra-sophistiqués avec des visages blancs aux lèvres rouge foncé et aux yeux très faits, avec des rides accentuées. Le tout dans un climat très peinture et cinéma muet expressionnistes, très cabaret allemand. Wendy est en robe blanche mais maquillée comme une sorcière, et la Fée Clochette a quelque chose de monstrueux et de méchant…
Mais il y a aussi comme en auto-citation, des accessoire assez « naïfs » qui rappellent le mythique
Regard du sourd (1970) comme ces chariots chargés de nuages qui conduisent les enfants au pays imaginaire et qui passent à plusieurs reprises dans un cadre de papier imprimé de petits bateaux. Du côté décor, accessoires et lumières, Bob Wilson sait toujours aussi bien faire. Et les costumes de Jacques Reynaud sont tout aussi impeccables.  La musique des CocoRosie,groupe nord-américain formé il y a dix ans par les sœurs Bianca et Sierra Casady ( qui joue aussi la fée Clochette), avec un étonnant cocktail de musique électronique, folk, chant lyriques, … est admirablement interprétée par The Dark Angels (alto, bois, claviers, trombone, banjo, flûtes, basse..) qui assurent aussi les bruitages. Et,  bien entendu, il y a la troupe du Berliner où, dit Wilson, « les acteurs sont capables de jouer Shakespeare un soir et autre chose d’aussi fort le lendemain ». Avec une rigueur de tous les instants et à l’opposé de tout naturalisme qu’il a toujours détesté. C’est aussi surprenant que raffiné, aussi évident que discret, avec le plus souvent avec un humour et une distance héritée de Brecht.
Ses interprètes sont tous de premier ordre, en particulier Sabin Tambrea (Peter Pan), Stefan Kurt ( le capitaine Crochet), que ce soit pour la gestuelle, la diction, les couplets chantés en solo ou en groupe, les ensemble dansés. Ce qui frappe aussi, c’est l’ unité de ce spectacle et l’absolue perfection de cette grande machine, servie par toute une équipe technique. Et comme d’habitude, le sous-titrage conçu et réalisé par Michel Bataillon est impeccable.
Seul bémol, le spectacle est un peu trop long et, après un entracte de vingt minutes bien nécessaire à ces acteurs/chanteurs, la seconde partie, toujours aussi remarquablement jouée et chantée, n’a pas tout à fait le même souffle… Mais ce
Peter Pan est une œuvre de premier ordre. A soixante-douze ans, Bob Wilson vient de prouver qu’il est encore capable d’innover…
Et c’était formidable de voir une petite fille absolument émerveillée, à côté de Michel Piccoli, tout aussi fasciné. N’hésitez pas si… vous pouvez par hasard trouver une place mais c’est complet. Espérons simplement que ce Peter Pan puisse être repris l’an prochain ! Et en janvier, le Théâtre de la Ville risque de connaître des scènes d’émeute, avec la reprise du célèbre
Einstein on the beach qui va clore ce cycle Bob Wilson…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville à Paris jusqu’au 20 décembre.

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Late Night

Late Night , texte et mise en scène du Blitz Theatre Group.

 

1307259231Les restes d’une piste de bal au milieu des décombres. Trois couples dansent une valse sans fin, tantôt lente, tantôt rapide, se muant parfois en fox-trot ou en tango. Dans des tenues vaguement sixties, en tous cas d’un autre âge. Une femme trébuche : « Yorgos applaudit Sophia qui est tombée. Il pense à Paris qui a été détruit en novembre dernier. A l’aéroport d’Orly, à la neige qui tombe et à une femme sur le bord de la jetée.» Le ton est donné. Les images fixes énigmatiques de Chris Marker à peine évoquées, la danse reprend de plus belle…

Un homme, une femme, puis d’autres, s’échappent un instant des bras de leur partenaire vers un micro pour un récit au passé, à la troisième personne, par bribes, à plusieurs voix, et à tour de rôle. Il y a eu la guerre. L’Europe est en ruines, d’Anvers à Athènes, de Londres à Berlin. Ils en sont les rescapés. Les témoins.
Il est urgent pour eux de prendre la parole mais ils ont du mal à ce faire car le monde est en chaos, leurs pensées en vrac, leur avenir sans perspective. Et pourtant, ça remue encore, ça exécute, pour distraire l’auditoire, quelques acrobaties minables ou tours de magie avortés, sans y croire.
Ils trouvent encore la force de virevolter sur des musiques de Bach, Katchatourian, Delarue, jazz ou ritournelles ; de s’interrompre, essoufflés, pour s’adresser au public. Même si c’est de plus en plus difficile. Ils s’interrogent sur le sens de la vie, de l’amour. Ils évoquent des alternatives possibles au «capitalisme tardif» qui a mis le continent à feu et à sang.
Un Karl Marx du XXl e siècle ? La tentation du fascisme ? Que faire quand on ne croit plus à rien, sauf peut être en l’amour ? Danser encore et encore, jusqu’à l’extinction des feux, de leurs forces, jusqu’au bout de la nuit.
La cruauté d’On achève bien les chevaux d’Horace MacCoy, métaphore de la crise de 1929, croise la poésie du Bal du Campagnol et le laconisme de la Jetée de Chris Marker, dans ce spectacle d’après l’apocalypse. Mélancolie, nostalgie du monde d’avant et nécessité de rester vivant et d’aimer constituent une tension permanente qui tient en éveil malgré quelques ratés dans le rythme du spectacle et dans certains faux numéros de music-hall.
Né de la crise grecque, Late Night tente, par une forme ludique d’entrer sur le terrain de la politique, de dire au monde ce qui l’attend, sans proposer de remède. De mettre en cause le capitalisme sans prôner la révolution. En droite la ligne du mouvement des «Indignés» ou des « lanceurs d’alerte ». « A quoi sert la mémoire ? A s’affranchir du passé et à dessiner l’avenir.» C’est pour ça qu’ils sont là. Que ce théâtre est là. Cassandre dont la renommée a franchi les siècles ne nous vient-elle pas de Grèce ?
Le collectif Blitz Theatre Group fondé en 2004 par Giorgios Valaïs, Angeliki Paoulia et Christos Passalis a créé une dizaine de spectacles. Son objectif : proposer des dramaturgies nouvelles pour représenter un monde mouvant et incertain et trouver des interactivités avec les spectateurs. « Nous essayons de traduire ce qui se passe autour de nous (…) de partager une expérience avec les spectateurs. » explique Christos Passalis. C’est le pari réussi de Late Night

 

Mireille Davidovici

 

Nouveau théâtre de Montreuil ; 01 48 70 48 80 ; contact@nouveau-theatre-montreuil.com

Jusqu’au 20 décembre.

Débat polémique, le 19 décembre, à l’issue de la représentation : « Le devenir grec de l’Europe libérale ».

Les Vivants et les Morts

Les Vivants  et les Morts

 Les spectacles des vivants nous prennent beaucoup de temps, à nous critiques, c’est normal et c’est la vie… Mais il faut aussi rappeler ce que furent ces quatre  hommes, tous disparus  en octobre et novembre, qui eurent tous les quatre un rapport  étroit avec le Théâtre national de Chaillot et qui furent, chacun dans son métier, l’honneur de la profession théâtrale. Comme le disait Tchekov:  » Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants » … Nous ne nous les oublierons pas.

  61032_12723099_460x306Alain Recoing, metteur en scène, marionnettiste et fondateur du Théâtre aux main nues, avait 89 ans  et était connu pour sa remarquable technique de la marionnette à gaine. Il travailla notamment en 1948 avec Gaston Baty, mais aussi pour la télévision, notamment avec Jean-Christophe Averty, Jean-Paul Carrère et Pierre Tchernia. Et,  en 57, il mit en scène  La petite Clef d’or d’Alexis Tolstoï, au  Vieux-Colombier avec Antoine Vitez qu’il suivit au Théâtre des Quartiers d’Ivry puis ensuite à Chaillot.
Il fonda et présida le Centre National de la Marionnette et  fut chargé de cours à l’Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette 87 à 99 et à l’université de Paris III – Sorbonne Nouvelle.  Il créa  et anima aussi dans le 20 ème à Paris,  l’Ecole de l’acteur marionnettiste.
Et on peut dire que, sans lui, l’art de la marionnette en France, si peu considéré il y a une quarantaine d’années, ne serait pas celui qu’il est maintenant, de très haute qualité,  reconnu à l’étranger et consacré comme un élément majeur du spectacle contemporain.

  bob_escrime01Bob Heddle-Roboth avait  86 ans, et fut un des maîtres les plus remarquables de l’escrime en France, en particulier de l’escrime  artistique  à laquelle il vouait une véritable passion. Il travailla avec nombre  de metteurs en scène, dont  Jérome Savary et Marcel Marceau, et fut,  plus de quinze ans, le maître d’armes de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot où il forma de nombreux élèves, qui lui vouaient un véritable culte et qui étaient conscients de lui devoir beaucoup.
Avec des méthodes pédagogiques très au point, et un grande vigilance quant à la sécurité, dans un art où il y a toujours des risques et aucune place pour l’improvisation, cet homme d’expérience leur enseignait, ainsi qu’à de nombreux comédiens confirmés, la simulation de combat (fleuret, épée,sabre, etc… mais aussi bagarres) indispensable dans de nombreux spectacles et films avec attaques, désarmements, parades, déplacements… Et souvent proche d’une chorégraphie qui doit parfaitement s’intégrer à une mise en scène.
D’une générosité sans  bornes, il était très sollicité mais n’hésitait jamais à passer de nombreuses heures à mettre ses compétences au service d’un élève qui passait une audition, ou d’une jeune compagnie désargentée. Bob laissera le souvenir d’un maître d’armes et d’un enseignant exemplaires.

 bruno-sermonneBruno Sermonne était né en 41.  L’homme  était modeste, exigeant envers lui-même, mais avait un caractère bien trempé, voire, dit-on, pas commode. Il avait une présence en scène fascinante, avec un regard et une voix  inimitable qui marquèrent ses très nombreux rôles.
A  peine sorti de l’Ecole de la rue Blanche ( ENSATT).et chaque année depuis 1963,  il ne joua pas moins  – parcours impressionnant- dans une  voire , dans plusieurs  créations . D’abord, sous la direction de Jean Gillibert,  Roméo et Juliette,  Phèdre , Les Perses d’Eschyle, Gardien du tombeau d’après Kafka… Puis,  avec Henri Ronse  dans Une Saison en enfer Le Pélican d’August Strindberg. On le vit aussi dans  Père avec Otomar Krejca à Chaillot,  avec Ariane Mnouchkine dans Méphisto de Klaus Mann et  avec  Antoine Vitez  dans  La Mouette de Tchekhov et Le Héron de Vassili Axionov. Il jouera aussi avec Alain Olivier Yanniis Kokkhos pour La Princesse blanche de Rilke,  Oncle Vania de Tchekhov, mis en scène par Benedetti. Et encore avec Brigitte Jaques.  Il travailla aussi beaucoup avec Olivier Py d’abord  dans Les Aventures de Paco Goliard,  puis  Les Vainqueurs , Le Visage d’Orphée, Les Enfants de Saturne et L’Orestie. Bref, un parcours impressionnant d’acteur, à la fois modeste et efficace, qui sut se mettre humblement au service de la scène.

Paul-Louis-MignonEnfin, Paul-Louis Mignon, critique dramatique, professeur, producteur de télévision et historien du théâtre contemporain,  nous a  aussi quitté à 83 ans. Lui aussi eut un parcours exemplaire. Etudiant, il fit ses classes comme acteur aux Théophiliens, groupe de  théâtre médiéval de la Sorbonne, concurrent du Groupe de théâtre antique auquel collabora longtemps Jean Gillibert (voir plus haut).
Puis il devint le secrétaire de Charles Dullin. Il fut aussi proche  de Louis Jouvet, de Jean-Louis Barrault, et de Jean Vilar… Paul-Louis Mignon fut engagé en 44 comme responsable de l’information théâtrale et de la critique dramatique à la Radiodiffusion française et  devint le directeur des émissions dramatiques de la Radiodiffusion; pendant plus de quarante ans, il fut critique a Journal télévisé et dans les années 60 à  L’Avant-Scène Théâtre.
On sait moins qu’il  créa en 75 le Prix du livre Inter et  qu’il était  un grand spécialiste de la vie théâtrale pendant l’Occupation allemande. Et il parlait magnifiquement, et avec une grande simplicité  et  beaucoup de justesse de la vie de Louis Jouvet dans un  documentaire qui lui avait été consacré. Resteront  de lui ses articles et les films auxquels il a collaboré. Ce qui n’est pas rien…

Philippe du Vignal

Ta Douleur

Ta Douleur, conception et chorégraphie de Brigitte Haentjens, d’après la création originale de Danse-Cité et Anne Le Beau.
 
douleur593093  La Compagnie Sibyllines, basée à Montréal, explore les rapports entre l’expression  du corps et le théâtre,  avec des créations comme  L’Opéra de quat’sous, Woyzek, etc…  Où le mouvement synchronisé des  interprètes devient un langage parallèle à celui de la parole.
Avec Ta douleur,  Brigitte Haentjens met  en scène le corps et en évacue   la parole, ou presque…  Les quelques phrases  chuchotées paraissent banales, même quand elle sont  empruntées à Pétrarque, au cinéaste algérien Azzedine Meddour, ou encore au groupe hip-hop indépendantiste québécois Loco Locass.
Ce combat entre  danseurs issus de solides formations,  classique,  ou contemporaine, se transforme en une rencontre passionnante entre un homme et une femme qui expriment toutes les douleurs possibles. Fondé  à la fois sur  la danse, le mime, l’athlétisme,  mais aussi sur une séance de psychothérapie, le spectacle  possède une dialectique brechtienne et met  en évidence la progression des souffrances possibles vécues par ces êtres: peur, crainte, déception, perte, frustration, chagrin, colère: les corps évoluent ainsi vers une relation tumultueuse faite de violence, cruauté et soumission, un peu  comme  chez  Sarah Kane.

L’explosion d’émotions marque brutalement les visages, et  le corps féminin  évoque alors une décomposition émotive, avec des mouvements libérés des contraintes de la danse classique, alors que le spectacle pousse les deux interprètes à la limite de toutes les possibilités  physiques. Nous ressentons même, dans cette absence totale de rigueur, l’expression d’une liberté absolue et l’émergence de la structure interne  du spectacle.
Curieuse dialectique qui domine en effet cette soirée, composée de courts épisodes où les interprètes se heurtent à des oppositions rythmiques, émotives, et douloureuses. Les corps ne s’écoutent pas et s’entrechoquent sans arrêt.
Un exercice de style aussi troublant qu’inachevé, et une recherche qui assimile la danse contemporaine à une manière de confronter des névroses. Manifestation d’une inquiétante étrangeté, à voir avec étonnement et émerveillement,  et donc  à suivre….

Alvina Ruprecht

 

Spectacle présenté du 4 au 7 décembre au Théâtre français du Centre national des arts d’ Ottawa.
 

B’alla Cappella

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B’alla Cappella, de et avec Vincent de Lavenère.

 

Il est maître jongleur, chanteur et magicien, et joue sur le son autant que sur le geste, faisant chanter ses balles depuis une quinzaine d’années. Son compagnonnage avec Eric Bellocq, luthiste, ici dans le rôle de conseiller, l’aide à développer ses talent de chercheur en formes rythmiques, et mélodiques. Voix, jonglage et image forment la matière vive de B’alla Cappella, dont les maîtres mots sont virtuosité, rythme et poésie.
Le spectateur entre dans une scénographie élégante, signée
Bruno de Lavenère, coupée d’un rideau de fils noirs qui se reflètent, comme les rayons d’une roue de vélo. Les balles, rouges et or, sont dispersées comme un jeu de pétanque, sur un sol légèrement en pente pour que les balles reviennent au jongleur, et chacune est une surprise.
Trois parties composent le spectacle, chacune pouvant être autonome, ou former l’ensemble : L’aérien, le Stabatmotor et Balles en swing.
Pour la première représentation, Vincent Bouchot, chanteur et compositeur d’opéra a écrit une pièce, L’Aérien et Fabrice Villard un argument. Vincent de Lavenère la chante, s’en amuse et construit son univers de jonglerie. « Rien ne vient dans la main… Vide et trop-plein »… Jeux de mots et jeux de mains se croisent, les lancers se déploient à des hauteurs variées et travaillées, et les balles écrivent dans l’espace leurs pleins et leurs déliés.
Une lampe d’ancienne salle de classe remonte dans les cintres, et une bulle noire descend et vole, mystérieuse « à demain… à deux mains… »
Tout est au cordeau, pensé, construit et maîtrisé,  en même temps que fluide et gai. Et le spectateur s’envole avec les balles et les arpèges qui volent au vent. Un grand cercle de lune, à l’arrière-scène, fait fonction de tambour et prend vie par le frappé des balles qui rythme les arabesques du jongleur, danseur et performeur, tout autant que capteur et récepteur.
Grelots, objets frappés, cloches, gongs, bruits d’eau et bâtons de pluie, cloches de vaches de la création sonore de Laurent Maza, complètent la méditation sonore rapportée du Laos où la compagnie fit une tournée l’an passé Virtuose du chistera -instrument de la pelote basque- pour le lancer et le rattrapage des balles, Vincent de Lavenère, comme dans le jeu de paume, se crée des règles et défie la difficulté technique.
Il la recherche à nouveau dans la seconde partie, Stabatmotor et chante le Stabat Mater de Vivaldi tout en jonglant:  il y mêle d’autres matériaux musicaux, dont des percussions et un chœur de femmes avec continuo. Elaborée et sensible, cette partie joue avec l’ombre du jongleur en réplique sur le rideau de fond, donnant une autre dimension encore, à son geste.
Plus tard, derrière le rideau, et comme longeant une rizière,  il fait vivre,
homme-orchestre, une sorte d’orgue à bouche, instrument polyphonique du Laos et de Thaïlande, le khên, joué lors des rituels funéraires, et qui donne un son venu de nulle part, comme un roseau dans le vent.
Sur fond de chants d’oiseaux et sifflotements, Vincent de Lavenère met en place la troisième partie de son spectacle, d’une tout autre facture, swingante et pétillante, sur fond de feux d’artifice dans les prés. Tout en contrôlant ses extraordinaires jongleries à quatre, six, et huit balles, il s’offre le luxe du vocal, avec Le Chant des oiseaux de Clément Janequin, pièce du XVIème siècle, suivi d’une de ses compositions, De belles Balles en boules, puis s’encanaille avec Le Jazz et la Java de Claude Nougaro et La fille d’Ipanema d’Antônio Carlos Jobim.
Il rythme cette partie avec ses balles, passant du jazz à la saudade,  et de la dérision au jeu, comme un troubadour qui perd la boule, jongleur des rues, jongleur des champs, et ça swingue dans sa tête comme dans les nôtres. Un spectacle de bonne humeur et dextérité, d’intelligence et sensibilité, de jongleries virtuoses et en-chantées.

 

Brigitte Rémer

 

 Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers ce 8 décembre, et en tournée:   vincentdelavenere.com,

 

Personne(s)

  Personne(s) de Bérangère Vantusso et Marguerite Bordat.

Personnes_cie-trois-six-trente©pologarat-odessa01 Après Les Aveugles (2008) d’après Maeterlinck, la compagnie Trois-six-trente crée Personne(s), une installation théâtrale qui rappelle les mises en scène des Aveugles encore, mais aussi de Violet de Fosse,  spectacles dont les personnages sont des marionnettes manipulées et conçues depuis 2006 par Bérangère Vantusso avec Marguerite Bordat,
Elle s’est
inspirée des œuvres de l’artiste Ron Mueck,

et c
es marionnettes hyperréalistes, à taille presque humaine. sont celles de dix personnes âgées,  issues des Aveugles, et assises calmement sur un banc,  à regarder les  oiseaux picorant çà et là. Les Oiseaux compose ainsi un tableau à trois dimensions, avec des oiseaux miniaturisés, eux aussi.  Mais tellement justes dans leur saisissement arrêté et immobilisé – miracle de fabrication artistique – qu’ils sont aussi des sculptures en soi.
De même, les vieux, assis en rang et comme absents, en tricot de laine et veste usagée, sont d’une réalité foudroyante d’émotion. Ils sont là et déjà ailleurs, sur le chemin de la mort mais tellement vivants dans leur renoncement, la mise à distance de la vie et de ses conflits : une leçon d’existence…
Maeterlinck va jusqu’à dire que les vieux sont d’une certaine manière, plus vivants que ne l’est, par exemple, un amant qui tuerait sa maîtresse. On décèle un sentiment d’existence vivace dans ces regards que l’on croit à tort bien lointains ou déjà disparus. Un vieux d’ailleurs est suspendu dans les airs, en pleine forêt, comme prenant son envol.
Les Sentinelles fait allusion à des personnages isolés qui semblent guetter quelqu’un ou quelque chose. En  trois tableaux: d’abord, sur un lit de mousse, une petite fille en miniature, est endormie auprès d’un renard qui la veille : un rêve scénique… Plus loin, un garçon près d’un pont,  observe l’horizon par-delà les spectateurs. Et un grand garçon  sur une  balançoire, paraît aussi se complaire dans les airs, suspendu en l’air comme un aéroplane.
Cette figure aérienne assure le passage au troisième module de cette installation, La Chambre,  avec  une adolescente  à deux mètres du sol, sous le regard nonchalant de deux garçons de son âge, et d’un garçon de huit ans, caché derrière un rideau. Personnages,  eux,  plus grands que nature, et leur maladresse en est d’autant plus soulignée. Un papier bleu aux nuages blancs est collé aux murs: c’est l’enfance qui passe et les premiers pas vers la maturité  qui arrivent.
Des textes d’aujourd’hui sont diffusés en voix off, tandis qu’une boule magique suspendue au plafond, tourne entre jeux d’ombres et de lumières.  Pour le spectateur, c’est un plaisir poétique et scénique d’entendre Duras, Lagarce, Ernaux, Bégaudeau, Stein, Fosse… évoquant la solitude, le doute, le mal-être et en même temps, le plaisir de vivre et l’amour de la vie. Avec les voix des  acteurs de l’Atelier Volant du Théâtre National de Tououse. C’est un spectacle qui  travaille aussi  à la reproduction du réel en mélangeant textes, ambiances et musique. Un univers en soi surgit alors , avec des jeunes d’aujourd’hui et de tout temps,  qui  s’interrogent sur l’existence, l’avenir, les parents, l’amour, la mort, la désespérance…
Ce théâtre immobile,  comme en  rêvait Maeterlinck, doit tout  au savoir-faire de Vantusso et Bordat  pour  la  réalisation des marionnettes en résine,  imaginées à partir de photos de jeunes gens.  L’une s’occupe des visages,  cheveux et perruques, et  l’autre des corps, agrandis ou réduits.
Les tableaux sont bouleversants d’un rare « être-là » au monde qu’il s’agit de sentir.

 

Véronique Hotte

 

Du mercredi 4 au samedi 14 décembre 2013 au théâtre des Arts de la Marionnette de Mouffetard 75005 Paris. Tél : 01 84 79 44 44

 

 

 

Koffi Kwahulé : Prix Edouard Glissant 2013.

 

Koffi Kwahulé : Prix Edouard Glissant 2013.

  kwahule_200Le prix Edouard Glissant est attribué à un écrivain dont l’œuvre entre en résonance avec l’esprit du poète-romancier-dramaturge-philosophe qu’il était. “Les pays que j’habite, écrivait-il, s’étoilent en archipels. Ils racontent les temps de leurs éclatements (…) L’éclat des temps tout comme les éclats du temps n’égarent pas, dans nos pays” écrivait   Glissant. Protéiforme, l’œuvre de Koffi Kwahulé l’est aussi, qui reçoit cette récompense de l’Université Paris Vlll, après François Maspéro en 2006, ou encore Kenneth White en 2004.C’est la première fois que le prix couronne un dramaturge; le théâtre reste en effet injustement en marge du champ littéraire, malgré la grande qualité des Novarina, Koltès, Minyana, Renaude et bien d’autres.
Koffi Kwahulé, né en Côte-d’Ivoire, compte parmi les voix singulières de la dramaturgie francophone. Et ses textes se caractérisent par une langue musicale, empruntée au rythme du jazz. De Bintou, (Lansman, 1997) à La Mélancolie des Barbares (Théâtrales, 2013), il a écrit une vingtaine de pièces  et  deux romans :  Babyface (Grand prix Ahmadou Kourouma, Gallimard, 2006) et  Monsieur Ki (Gallimard, 2010).
Il y déploie une parole travaillée comme un matériau poétique, sans pour autant faire l’économie d’un réalisme violent mais jamais moralisateur. Les personnages de son théâtre n’évoluent pas dans des situations psychologiques mais sont pris aux rets du tragique, et de la fatalité de la violence.
Que ce soit l’aventure d’un masque arraché à son village, devenu tirailleur pendant la guerre en Europe avant de revenir au pays en homme de paille dans Le Masque boiteux, le viol dans Jaz, une mise à mort dans Big Shoot, une excision dans Bintou, un meurtre à  la prison de femmes dans Misterioso-119… Et le tragique prend parfois des allures de farce: dans Il nous faut l’Amérique ! une femme pisse du pétrole, et dans Brasserie, en pleine brousse surgit une « cathédrale de la bière ».
Singulièrement, ce sont les figures féminines qui dominent son œuvre. Tout comme l’homme noir, la femme noire est prisonnière des clichés sociaux. Ce sont, sous la plume de Koffi Kwahulé, des créatures rebelles et provocantes, loin des clichés de nos sociétés patriarcales et impérialistes. Malgré les souillures  subies, elles restent pures et généreuses. Avec une carapace dure comme l’acier, une capacité de résistance à toutes sortes d’agressions destructrices, une vitalité indestructible qui leur permet de préserver et d’imposer leur identité: « Mon théâtre, remarquait l’écrivain, dit comment on tue les autres, en leur imposant une identité. « 

Mireille Davidovici

Pour en savoir plus sur Koffi Kwahulé : http://www.africultures.com/

Tahoe, de Frédéric Vossier

Tahoe de Frédéric Vossier, mise en scène de Sébastien Derrey.

 

Voilà un théâtre qui ne parle pas de rien mais  pas n’importe comment. Tout ou rien : il a provoqué chez Edith Rappoport une violente allergie, et chez nous, on persiste et on signe,  un intérêt passionné. Dans des draps de satin couleur de tombeau, s’agite vaguement un Freddy qui se fait appeler le King, en hommage à Elvis. Et, comme Elvis, et comme la star du foot de Mannekijn (première pièce du diptyque), il est l’image d’un mâle dominant, qui ne domine, précisément, que par l’image, et rien d’autre, image d’autant plus puissante qu’elle est vide.
Le lit est au cœur d’une maison, la « maison de la grâce » -toujours Elvis Presley- labyrinthique que l’on ne peut fuir. Il est le terrain instable, mou, d’une vie molle, engluée dans l’idolâtrie et la régression. Je t’aime, tu m’aimes : les “amoureux“ se lapent comme des chiots, et puis c’est tout. La “meilleure amie“ s’approche, fascinée mais pas trop, vaguement tentée. Pas de volonté, des envies, comme disent les publicitaires, des envies qui se dilatent, jusqu’à un bref cri, et qui crèvent comme des bulles. Rien n’arrive vraiment jusqu’au réel, sinon la mort, et encore, on se demande si ce n’est pas un jeu de plus.

Constatons même que, si loin qu’aille un auteur, il est toujours au-dessous de la grandiose mise en scène de la mort des stars. Mais là où l’équipe de Tahoe reprend le pouvoir, c’est justement en jouant petit jeu avec cette mort, au ras du sol, au ras du lit et de la pesanteur d’un corps.
  Ça devrait être ennuyeux, ça l’est pour certains. Parce que c’est insupportable : pas le spectacle, ni son rythme musical très particulier, cotonneux, avec ses brefs soulèvements, impeccablement tenu par les trois acteurs, Frédéric Gustaed, Catherine Jabot et Nathalie Pivain. Mais le monde auquel il renvoie, dans un accord parfait entre texte, acteurs et scénographie : en gros, le monde riche, transformé en piège mou où l’idolâtrie piège tout, sentiments, émotions (sans parler d’action ni de pensée), en contrepartie d’un confort.
  Le titre de la pièce fait allusion à un épisode, aussi triste que sordide, de la vie de Marilyn : consultez internet et vous serez édifié. Si le théâtre est un miroir…

 

Christine Friedel

Théâtre de l’Echangeur. T : 01 43 62 71 20, jusqu’au 21 décembre.

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article d’Edith Rappoport, 13 juin 2013

Tahoé de Frédéric Vossier, mise en scène de Sébastien Derrey.

Chaque mois, le petit mais chaleureux Studio-Théâtre de Vitry ouvre ses portes à une cinquantaine de spectateurs professionnels, pour des spectacles en devenir qu’ils ont accueillis en résidence pour  un mois de répétitions.
Tahoe
est le deuxième volet d’un dytique, dont Mannekjin du même auteur  constituait la  première partie; ces deux spectacles,  ont été créés en 2012 à l’Échangeur de Bagnolet et ensuite repris à Anis Gras d’Arcueil.

« J’ai toujours pensé qu’il fallait aborder au théâtre la question de l’industrie du spectacle – de son pouvoir économique, social et idolâtrique. Le phénomène de la célébrité est un facteur de domination sociale qui s’exerce massivement sur les subjectivités », dit Frédéric Vossier. C’est, selon lui, une évocation de la fin du « King » Elvis Presley!
Sur le plateau, un homme  est allongé sur un  grand  lit, avec, à ses côtés,  une forme féminine qui  s’agite sous les draps de satin gris. Coiffée d’une perruque blonde, elle  en surgit, toute habillée, chausse ses bottes et déclare qu’elle s’en va.
Le téléphone sonne, l’homme peine à répondre et  supplie la fille de revenir. Elle revient en effet, accompagnée d’une amie apeurée. Il y a des allées et venues des deux filles parties « se promener » dans les immenses pièces de cette demeure, les supplications amoureuses et  les paroles violentes du mâle en robe de chambre, des « fiançailles » dans la salle de bain, une alternance de faux départs et de retours figés auprès du lit.
Malgré l’engagement d’acteurs solides :Frédéric Gustaedt, Catherine Jabot et  Nathalie Pivain , ce spectacle nous a provoqué une violente allergie…

Edith Rappoport

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