constellations de Nick Payne

Constellations de Nick Payne, traduction de Séverine Magois, mise en scène d’Arnaud Anckaert.

constellationsNick Payne  appartient à la nouvelle génération  de jeunes auteurs anglais qui raflent les prix.Constellations a été créée au Royal Court à Londres en 2012,  et couronnée la même année  par le prestigieux Harold Pinter Award.
C’est une histoire d’amour qui finit mal, comme d’habitude… mais ici, avec une fin tragique, mais calme, sans une goutte de sang, sans aucune violence, mais programmée,  et inspirée à Nick Payne par la vie de son père. L’horreur absolue au sein d’un couple, et qu’on vous laissera découvrir…
Roland, un apiculteur a rencontré Marianne, une astro-physicienne, lors d’un barbecue et ils vont vivre ensemble. A priori, rien de commun entre cet homme entre deux âges et cette jeune femme.
Les dialogues paraissent tout simples comme chez Harold Pinter, singulièrement bien écrits avec des répliques  courtes, incisives. Mais  il y a  bien sûr un sous-texte, comme chez Harold Pinter encore, plus important que le texte lui-même. Autant dire que le travail de direction d’acteurs est dans ce cas absolument capital…
Exemples: (Marianne chuchote ce qui suit à l’oreille de Roland : « J’aime le miel de chez Tesco. Le truc bien dégueulasse, avec les rayures bleues et blanches. ») -Roland: Y a pas de mal. -Marianne: Vraiment ? -Roland: Bien sûr. -Marianne: J’espère que je ne suis pas une menace pour les petits apiculteurs, honnêtes et travailleurs ? -Roland : Je ne pense pas, non. »
Bref, une relation amoureuse qui commence, comme des millions d’autres, avec tous les possibles: le temps qui passe, l’amour qui évolue, avec les grands bonheurs, les blessures au quotidien et les petites trahisons, les interrogations sans réponse, et,  tout d’un coup,
aussi imprévu qu’irréversible , le malheur fracassant qui frappe à la porte, et que le public, reçoit la gorge nouée, un peu cassé:  le silence dans la petite salle de l’Hippodrome de Douai était impressionnant. Nick Payne, côté scénario et dialogues, sait faire, aucun doute là-dessus
Nick Payne employe des phrases sèches rapides et qui claquent: -Roland: Tu veux que je m’en aille? -Marianne: Ne le prends pas mal, mais ouais.-Roland: J’ai fait quelque chose de travers ? -Marianne: Non. -Roland: J’ai dit quelque chose, je t’ai froissée ? -Marianne:Non. -Roland: Alors je ne comprends pas. -Marianne: Je ne te demande pas de comprendre, je te demande de partir. -Roland: Putain, c’est un peu gonflé, non ? -Marianne: Pardon ? » Avec des répliques parfois très courtes et du genre cru, où tout est dit avec le plus grand cynisme, surtout de la part de Marianne: -Roland:Les six ou sept fois où vous avez couché, c’était d’affilée ou espacé dans le temps ? -Marianne: Espacé. -Roland: Vous êtes ensemble alors, vous voulez être ensemble?
On parle, on parle beaucoup chez Nick Payne, de relations amoureuses, mais aussi de la  mécanique quantique et de la vie des abeilles, dans une sorte de ping-pong qui va vite devenir infernal; les deux personnages ne  boivent même pas un verre comme dans les comédies américaines, ne mangent rien, même pas un yaourt ou un petit gâteau.
Ils parlent et le dialogue se poursuit avec parfois des phrases en boucle, dans une sorte de boîte en bois clair, imaginée aussi par le metteur en scène, absolument nue, sans une chaise; il y a juste une banquette dans le fond, où parfois, Roland et Marianne s’assoient.
Bref, la rigueur absolue pour ce huis-clos que les personnages ne quitteront pas, pendant un peu plus d’une heure. La direction d’acteurs d’Arnaud Anckaert est tout à fait remarquable, et de la même qualité  que  celle d’Orphelins de Dennis Kelly, autre jeune auteur britannique, qu’il avait mis en scène au dernier festival d’Avignon (voir Le Théâtre du Blog). Et on assiste, avec un  regard  d’entomologiste, à cet échange entre Marianne et Roland, aux allures à la fois légères mais teintées d’un humour décapant et grave.
Noémie Gantier et Maxence Vandevelde, dès qu’il arrivent  sur le plateau, à quelques mètres de nous, sont tout à fait  crédibles -diction et gestuelle parfaite- dans la joie de leur rencontre, ensuite dans leur vie quotidienne, puis frappés par le malheur.
Un beau travail d’acteurs et de mise en scène, simple et d’une  belle efficacité, sans éclairages stroboscopiques, sans micros HF, sans vidéos… sans tous les stéréotypes du théâtre contemporain. Bref, un spectacle que le public parisien apprécierait aussi sans aucun  doute… Message à tous les directeurs de salles de la capitale.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à L’Hippodrome de Douai le 21 janvier.
La Virgule/Le Salon de Théâtre. Du jeudi 13 au samedi 29 mars les mardi et jeudi à 19h30, les mercredi, vendredi et samedi  à 20h30, et dimanche à 15:30. Relâche les lundis et le dimanche 23 mars.
82 bd Gambetta 59200 Tourcoing T: : +33 (0)3 20 27 13 63 contact@lavirgule.com
Festival d’Avignon 2014.


Archive pour janvier, 2014

Macbeth : Leïla and Ben – a bloody history

Macbeth : Leïla and Ben – a bloody history  ,d’après William Shakespeare, adaptation de Lotfi Achour, Anissa Daoud et Jawhar Basti, mise en scène de Lotfi Achour.

 

 

galleriemacbeth1Un cri dans la nuit, un oiseau de proie sur un écran, une apparition angélique surgie de l’obscurité. Du pouvoir, Leïla en a rêvé, mais c’est Mac’zine qui s’en saisira par le glaive. Dans les geôles du pays,  on torture et on tue. Le sang coule. La dictature s’installe.
Mais, entre l’ascension au pouvoir de Mac’zine poussé par sa femme Leïla, et la culpabilité qui le hante sous la forme du fantôme de Bourguiba, il y a peu de liens entre Shakespeare et cette adaptation.
Il existe beaucoup plus de points communs entre les protagonistes de la pièce et le couple Ben Ali.  Mais la fable fonctionne : jusqu’à « la forêt de mains et de voix » qui avance vers le palais et qui va précipiter la chute du régime.
Lotfi Achour, Anissa Daoud et Jawhar Basti ont créé un spectacle composite qui se déroule sur plusieurs plans : les acteurs cohabitent avec des mannequins, un film projeté en fond de scène présente les témoignages de victimes du régime Ben Ali, les réflexions de philosophes sur le rôle de l’islam, le regard de politiciens sur l’histoire du pays et les derniers événements en date. Un commentateur éclairé intervient en contre-point de l’action.
La musique composée par Jawhar Basti (qui interprète aussi Mac’zine) occupe une place prépondérante. Avec les comédiens/chanteurs et les instrumentistes présents sur scène, il offre une relecture personnelle et contemporaine de la chanson populaire et une respiration bienvenue dans la dramaturgie complexe de la pièce.
Le texte, s’il emprunte littéralement peu à Shakespeare, s’inspire de sa langue et se teinte d’un forte teneur poétique  quand, du moins, on en lit  le sur-titrage en français. Il en conserve aussi la dimension fantastique avec ses spectres et ses esprits maléfiques.
Des images fortes viennent en appui, comme ces Mac’zine miniatures qui démultiplient la présence du tyran, ou ces petites vitrines éclairées comme des aquariums figurant les prisons tunisiennes. Beaucoup d’informations fusent au-delà de l’intrigue principale, notamment avec la vidéo parfois trop abondante. C’est un spectacle d’une grande densité qui confine  à la saturation.
Cependant, grâce à Shakespeare qui lui donne le recul nécessaire, le metteur en scène  aborde ici sans compromis la question du pouvoir, dans le chaud d’une révolution en marche. Il s’en prend au patriarcat, à l’ignorance, à la peur, aux superstitions qui font le lit de la tyrannie et du culte de la personnalité. Le printemps arabe saura-t-il s’en préserver?
Le collectif A.P.A. a été créé par Lotfi Achour,  dans le but de mettre en place des échanges artistiques entre la France et la Tunisie; il regroupe des artistes  des deux pays. La pièce, une commande de la Royal Shakespeare Company, a été  créée en Angleterre en 2012,  puis jouée en Tunisie en 2013, au lendemain de l’assassinat de Chokri Belaïd , et le soir de la démission du premier ministre…
C’est dire si la situation était tendue. Selon l’équipe, elle a pourtant été reçue sans provoquer de rejet majeur et appréciée pour la manière crue, dont elle abordait la réalité historique du pays.

Mireille Davidovici

 

Le Tarmac, 159 avenue Gambetta 75019 Paris T.01 43 64 80 80   jusqu’au 7 février ; www.letarmac.fr

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Contractions

Contractions de Mike Bartlett, traduction de Kelly Rivière, mise en scène d Elsa Bosc et Yaël Elhadad

 

Contractions Paris Villette @Anne GayanLe théâtre Paris-Villette où jadis Patrick Gufflet accueillit  Joël Pommerat qui y créa de passionnants spectacles traitant du monde du travail, a rouvert ses portes.
Et c’est justement ce monde du travail qui est  au cœur de la pièce dont se sont emparées les deux comédiennes/metteuses en scène. Dans un décor d’une sobriété clinique, la  directrice (Elsa Bosc) convoque son employée, Emma (Yaël Elhadad).
Après les quelques échanges polis de rigueur, la dirigeante rappelle que, par contrat, personne au sein de l ‘entreprise «ne doit s’engager dans aucune relation, activité ou action qui soit entièrement, principalement ou partiellement de nature pouvant être qualifiée de sexuelle ou amoureuse… » . Où veut-elle en venir ?
Le  dramaturge britannique (34 ans) s’est inspiré du «love contract » qui sévit dans certaines firmes américaines pour prévenir toute accusation de harcèlement sexuel à l’encontre des employés de l’entreprise. Le titre de la pièce, qu’il a adaptée en 2008 de sa pièce radiophonique, fait référence à ce contrat.
Mike Bartlett, en poussant ce dispositif à l’extrême,  décortique au scalpel le discours  directorial, en quatorze courtes séquences de forme identique. La  directrice, sans jamais perdre de son amabilité, et soit-disant pour le bien-être au travail, soumet Emma à un interrogatoire serré, de plus en plus policier. Elle la contraint d’abord à avouer son penchant pour un collègue. Puis, d’un entretien à l’autre, elle va suivre l’évolution de cette relation amoureuse, jusqu’à la détruire et à broyer Emma. A travers ces entrevues inquisitrices, on voit comment se joue le destin d’individus – les salariés – pris dans les rets d’une logique absurde, celle du rendement qui dicte  des règles aussi implacables qu’inhumaines.
Elsa Bosc a toute la superbe du petit chef : elle joue de la séduction du pouvoir, et  arbore une sourire forcé ; tel un robot anonyme et bien huilé, elle ne sort jamais de son rôle, en incarnant avec grâce l’autorité aveugle. Que subit Emma,  humaine, trop humaine, et qui, tout en ingérant le discours de l’entreprise, se décompose au fur et à mesure qu’elle s’y soumet.
Réglée selon la rigueur métronomique de la pièce, la mise en scène maintient la tension sans jamais céder au pathos ni à la caricature. Dans l’interstice de répliques brèves et convenues, les deux comédiennes jouent les non-dits, et créent un espace de connivence avec le public. Cette interprétation, bien dosée et teintée d’un humour malicieux,  donne d’autant plus de force à cette fable sur le totalitarisme ordinaire.
Une jeune équipe à découvrir au service d’un auteur…

Mireille Davidovici 

Théâtre Paris-Villette, 211 av Jean Jaurès 75019 Paris T.  01 40 03 72 23 du 29 janvier au 8 février

 

*Contractions est publié aux éditions Actes Sud-Papiers, 2012

 

 

Les Aveugles

Les Aveugles de Maurice Maeterlinck, mise en scène de Daniel Jeanneteau, création musicale et sonore d’Alain Mahé

 

6 Visuel Aveugles«Une très ancienne forêt septentrionale, d’aspect éternel, sous un ciel profondément étoilé… Il fait extraordinairement sombre, malgré le clair de lune qui, çà et là, s’efforce d’écarter un moment les ténèbres des feuillages», ce sont les premiers mots d’une pleine page de didascalies  aussi précise qu’une peinture.

Figure du symbolisme au théâtre à la fin du XIX ème siècle, l’auteur de Pelléas et Mélisande et de La Mort de Tintagiles apporte ici étrangeté et tragique. Daniel Jeanneteau place le spectateur dans un univers de silence et de nature, en lui faisant percevoir ce qu’est la cécité, avec un épais brouillard qui règne dans le théâtre où on doit chercher sa chaise à tâtons, et où on va se remplir d’étranges sensations.

Pas de plateau, donc aucune séparation entre acteurs et spectateurs; d’imperceptibles bruits commencent à se faire entendre, proches ou lointains, et voyagent autour de nous:  porte qui craque, eau qui coule, pépiements d’oiseaux. On entend aussi comme des murmures, des prières, des voix qui sortent d’on ne sait où, et se répondent en écho d’un bout de la salle à l’autre. « Il ne revient pas encore ? » dit  l’un d’eux « Vous m’avez éveillé » dit  un autre… « Il fait froid depuis son départ… » « Il faudrait savoir où nous sommes ».
Le prêtre qui les a sortis de l’hospice et les a amenés au milieu de cette nature sauvage, a disparu, et trois Aveugles-nés, le plus vieil Aveugle, le cinquième et le sixième Aveugle, trois vieilles Aveugles en prière, la plus vieille Aveugle, une jeune Aveugle, une Aveugle folle qui porte sur les genoux un enfant: « Tous semblent avoir perdu l’habitude du geste inutile et ne détournent plus la tête aux rumeurs étouffées et inquiètes ».

Deux notes, lancinantes, renforcent l’idée de solitude, et l’appréhension de la distance entre les personnages en est troublée. La pièce fondée sur l’attente, parle de l’absence. « Maintenant, je crois qu’il est allé chercher du pain et de l’eau pour la folle. Il a dit qu’il lui faudrait aller très loin… Il faut attendre… » La montée dramatique des cordes du koto accompagne le bruit de l’eau, et la promenade dans l’Ile qu’organisait l’énigmatique prêtre pour ses pensionnaires, s’est transformée en parcours initiatique où chacun se révèle. «Sommes-nous près de la mer ?… Oui, taisez-vous un instant, vous l’entendrez »… Et l’attente se prolongera, jusqu’à découvrir que le prêtre, leur guide, est au milieu d’eux, sans vie et déjà refroidi.
Formé à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs et à celle du Théâtre National de Strasbourg, scénographe de Claude Régy pendant une quinzaine d’années,  et de nombreux chorégraphes, Daniel Jeanneteau, directeur du Studio-Théâtre  depuis 2008, met en scène, avec intensité, ce poème dramatique qui porte en lui quelque chose de visuel et qui ouvre sur l’infini. Il a  donné ici de l’importance à l’architecture sonore sensible d’Alain Mahé, accompagnée par une partition fondée sur l’informatique et due à l’ I.R.C.A.M.

Entre Paul Claudel, pour la gravité et le lyrisme, et Samuel Beckett, pour l’attente de celui qui ne viendra plus, cette traversée ténébreuse a quelque chose de contemplatif et, quand le brouillard s’est dissipé-création lumières d’Anne Vaglio tout à fait remarquable-nous sortons de l’obscurité, troublés, découvrant enfin le visage des acteurs et leur position dans l’espace: « Moi, j’ai vu le soleil lorsque j’étais très jeune… Moi aussi ; il y a des années ; lorsque j’étais enfant ; mais je ne m’en souviens presque plus ».

 Brigitte Rémer

Studio-Théâtre de Vitry, du 23 janvier au 3 février, 18 avenue de l’Insurrection, Vitry-sur-Seine, T: 01-46-81-75-50 ; du 8 au 16 février, au Cent Quatre à Paris; les 14 et 15 mars, à la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne; les 11 et 12 avril, au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine.

Love and Money

Love and Money de Dennis Kelly, traduction de l’anglais de Philippe Le Moine, mise en scène de Blandine Savetier.

 
  Love and MoneyL’écriture de l’auteur britannique, Dennis Kelly, relève du non-politiquement correct fidèle au mouvement politique et esthétique « en pleine gueule » des années 1990, avec, pour égérie, l’extrémiste Sarah Kane. La création en 2006 de Love and Money évoquait étrangement, de façon prémonitoire, la course à l’argent qui brûle et consume les hommes en leur faisant perdre la raison.
  À la mi-temps de la représentation, la pièce propose en effet une illustration de cette réalité socio-économique précise à travers des personnages virtuels – veste, cravate et chemise blanche, le côté glamour des traders, nos demi-dieux  pour certains, aujourd’hui. 
Ces êtres anonymes  informent d’un monde en phase de « cynisme terminal ». Prophétie ou anticipation, ces pantins déshumanisés décrivent le mécanisme qui a mené  à la crise du secteur des prêts hypothécaires à risques aux Etats-Unis en 2007 et qui a déclenché une crise financière mondiale jusqu’en 2011. Et les effets de cette récession qui touche la planète entière résonnent encore, et pour longtemps, semble-t-il.
Ainsi,  la pièce dénonce brutalement la réalité sociale de notre Occident qui, au mépris de l’éthique, des sentiments et du droit, manifeste sans aucun scrupule, non pas un Love and money, mais bien, l’amour de l’argent, et le côté réversible de l’amour du pouvoir. Révolte, écœurement, chacun murmure : «  J’ai peur d’être pauvre – et j’aime l’argent, c’est l’argent seul-  je l’ai assez entendu dire- qui ouvre les portes de la vie … au seuil de laquelle les déshérités végètent ; c’est l’argent seul qui donne la liberté »,  comme l’avoue le Voleur de l’anarchiste Georges Darien.
 Kelly s’interroge, lui, sur le choix ou pas, de rester sur la touche. Si agir, c’est lutter pour la vie, acquérir de l’argent implique une activité conflictuelle, c’est gagner, perdre, acheter, vendre, prêter, donner, voler, gérer, dépenser, dilapider. Il faut réussir selon les lois compétitives de la concurrence et de la performance, pour  être, à soi seul, une entreprise de désir qui génère toujours – sexuellement certes, mais plus généralement encore – davantage de jouissance. 
 Le simple plaisir de vivre ne suffit plus.
Love and Money est l’histoire, à rebours et en sept scènes, de la déroute d’un jeune couple, Jess et David, écartelé entre les contradictions d’une époque funeste. L’homme est un enseignant e qui veut effacer l’ardoise des dettes de sa femme, elle-même partagée entre quête de sens et consommation compulsive.
« Tu vas souffrir pour gagner de l’argent », dit Val, une ex-amie du jeune homme qui a remplacé sa foi en Dieu par sa foi « dans le fric », en dirigeant une société de télécommunications. Dans un registre plus bas, le fort peu recommandable Duncan propose à une jeune fille, Derbie, de gagner facilement de l’argent en se prostituant sur Internet. Tout est possible, dès qu’on fait le deuil de sa propre morale et de sa vision du monde…
  La mise en scène de Blandine Savetier épouse avec justesse le rythme heurté, sec et sans concession, d’un état d’esprit issu de la violence crue des temps actuels. À la manière de l’écriture de Kelly, la metteuse en scène ne fait jamais l’expérience de l’apaisement ni de la chute de tension, et sait montrer  les soubresauts d’un univers urbain sonore,  avec coups humains feutrés, mains ensanglantées dans l’espace ouvert, et glacial, de bureaux, avec ordinateurs, relais de fibre optique et de  seules communications par mails. 

  Des vitrines d’exposition mobiles obéissent, d’une scène à l’autre, à l’urgence d’une parole dénonciatrice : vivacité physique et chorégraphiée des comédiens, vérité saillante de leurs émotions,  jusqu’à l’indifférence et au réflexe absurde du repli nationaliste et de la xénophobie. Contre la vanité des esprits asservis à l’argent, les acteurs engagés donnent un coup de balai rageur aux atermoiements faciles, et  jouent avec brio, la fausse gloire et le goût de soi des chefs d’entreprise, ces faux héros modernes, pour mieux les neutraliser.
Alors seulement, on pourra enfin parler d’amour. Les vrais héros, ce sont eux, Guillaume Laloux, Gilles Ostrowsky, Laurent Papot, Julie Pilod et Irina Solano.
Véronique Hotte
Théâtre National de Strasbourg, du 15 au 26 janvier..  Et à Besançon Centre Dramatique National de Franche-Comté, du 4 au 7 février. Théâtre d’Arras, les 11 et 12 février. Auchel, en collaboration avec la Comédie de Béthune, le 14 février. Centre Dramatique Régional de Tours, du 18 au 20 février. Maison de la Culture de Bourges, du 14 au 17 avril.  Et Théâtre du Rond-Point 75008 Paris, du 6 mars au 6 avril . Tél : 01 44 95 98 21
Le texte est publié à l’Arche éditions

Tauberbach

Tauberbach par les ballets C de la B conception et mise en scène d’Alain Platel. 

 

photoC’est la scénographie qui frappe d’emblée le  public de cette nouvelle création d’Alain Platel. Le grand plateau de la salle Jean Vilar est couvert de  fripes multicolores symbolisant une décharge publique. A jardin,  un amas plus important de tissus vient amortir la chute des danseurs,  quand ils se jettent d’une des deux potences mobiles manipulées par les artistes eux même à partir d’une console.
La chute ou la perdition est symbolique, que cela soit celle, mentale d’Elsie de Brauw, la comédienne qui incarne cette femme schizophrène perdue dans une décharge de Rio de Janeiro, (son histoire a donné lieu à un documentaire en 2004, Estamira réalisé par Marco Prado, dont s’est inspiré Alain Platel), ou que cela soit celle des deux danseuses et des trois danseurs dont les silhouettes se confondent au sol avec cet amas de tissus, donnant à voir ainsi la négation de leurs propres corps, qui caractérise habituellement le ressentis des sans-abris.
Le spectacle fait alterner le discours de cette femme parasitée par un automatisme mental que l’on entend en voix off, avec des chants, (Tauber Bach: Bach chanté par les sourds), qui induisent des chorégraphies de groupe. Cette alternance  est  parfois trop systématique et manque de rythme d’où la sensation de longueurs pour un spectacle qui dure au total… une heure trente.
La musique de Bach est sublime et l’engagement physique de chacun des artistes  total. Plus on travaille le corps plus l’âme de celui-ci peut se révéler, c’est ce que recherche Alain Platel; ancien orthopédagogue auprès d’enfants handicapés, il  aime nous montrer des êtres fracturés de la vie et mis à l’écart de la société.

  Et cette création dérange, au point que les spectateurs hésitent dans un premier temps à applaudir, quand, à la fin d’une séquence de vingt très belles minutes de danse pleine de folie, les six artistes se présentent face à eux et les questionnent du regard.

 Jean Couturier

Théâtre National de Chaillot jusqu’au 1er février.

 

 

Candide

Candide  de Voltaire, adaptation et mise en scène d’Emmanuel Daumas.

gp1314_candide Dans le célèbre conte de Voltaire, il  était une fois un jeune homme  simple mais bâtard comme on disait qui vivait au château du baron de Thunder-ten-tronckh qui se trouve en Westphalie et   maître Pangloss, un philosophe  enseignait la « métaphysico-théologo-cosmolonigologie »,  et prétendait que comme Leibniz  tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Mais Candide, tombé amoureux  de Cunégonde, la jeune fille du baron, va être chassé à la suite de caresses un peu trop osées, Candide va  alors entreprendre de découvrir le monde, mais, on s’en doute, ne va pas être déçu du voyage! Il est enrôlé de force dans l’armée bulgare, dont les soldats violeront Cunégonde.
Quant à Pangloss, déjà atteint par la vérole, il  sera pendu à Lisbonne au cours d’un autodafé. Et
Candide,  bien plus tard, retrouvera sa Cunégonde… maîtresse d’un grand inquisiteur; mais c’est  pour lui  le  début de multiples aventures semées d’épreuves iniatiques… Il aura ainsi pu observer à loisir,  la souffrance et la misère humaines, identiques une peu partout, que ce soit en Italie, Turquie, Argentine, Paraguay…. Avec Paquette, la servante du château de Thunder-ten-tronckh et de son amant, le moine Giroflée, Candide  finira sa vie , selon la fameuse formule, en cultivant  son  jardin…
  Quel scénario sublime! Et le conte, plus de deux siècles et demi après sa parution, n’a rien perdu de son insolence; Voltaire, exilé à Genève,  s’y livre à un jeu de massacre éblouissant où il ne se prive pas de dénoncer l’optimisme de Leibniz et les  horreurs de son époque, naturelles comme le tremblement de terre de Lisbonne, ou politiques, comme les multiples guerres sanglantes, dont celle de Sept ans.
C’est, très curieusement la première fois qu’une adaptation de Candide a les honneurs de la Comédie-Française, alors que nous en avons vues un peu partout en France, et même à New York en comédie musicale, signée Léonard Bernstein… il y a déjà quarante ans!
Emmanuel Daumas a choisi  les moments de ce conte philosophique  qui lui paraissaient le mieux convenir pour ce format poche, avec des scènes  qui reprennent les fameux dialogues où Voltaire remet en question les idées dogmatiques à la mode, et d’autres scènes qui privilégient le récit, avec une petite teinture brechtienne, assez bienvenue.
Beaucoup de choses sont donc simplement suggérées, comme l’autodafé ou la pendaison de Pangloss. Et Daumas a eu raison de mettre l’accent  sur la joie érotique qui parcourt Candide pour le plus grand plaisir des jeunes lycéennes qui peuplaient la salle, tout émoustillées d’apercevoir Candide sodomiser Cunégonde…
Voltaire, comme dit Emmanuel Daumas,  se révolte et  veut se débarrasser de Dieu et s’émanciper une fois pour toutes de la religion et de ses prêtres,  dont on a  imagine mal le poids moral qu’ils faisaient peser sur  la société de son temps, et en particulier, sur la sexualité des jeunes femmes.  » Cette version de Candide , dit-il, a été pensée pour un spectacle d’une heure sur un petit plateau. L’enjeu, ici, est de détourner l’idée de l’épopée, du grand voyage initiatique, pour rendre compte de quelque chose qui ne soit pas spectaculaire ».
Et le pari est tenu; cela se passe dans une sorte de hall d’attente assez sinistre, avec deux appliques  kitch, et des vitrines sur roulettes pleines de vaisselle, et où il y a, dans le mur du fond, des passe-plats donnant sans doute sur une cuisine; cela fait penser au décor délirant de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff pour Lapin-Chasseur.
Cette remarquable scénographie est signée Katrijn Baeten et Saskia Louvant; elles ont aussi dessiné, avec bonheur, des costumes contemporains de soirée du genre un peu désuets, avec des boas de fourrure pour les  comédiennes,  dans une parfaite unité avec le décor et les lumières intelligentes de Bruno Marsol.
C’est excellemment interprété  par cinq acteurs  qui, parfois, jouent plusieurs personnages: Serge Baldassarian, (le baron de Thunder-ten-Tronck), puis le valet Cacambo,
Claude Matthieu (la baronne)  Julie Sicard ( Cunégonde),  Laurent Lafitte en Pangloss et Laurent Stocker qui joue Candide en parfait ahuri. Ils savent bien rendre le climat très particulier de ce conte, sans en faire des tonnes, avec une grande précision, même s’il y a parfois quelques petites longueurs.
Cette heure de spectacle est tout à fait jubilatoire.  Sur ce petit plateau, et dans une grande proximité avec les spectateurs, les acteurs de la Comédie-Française, bien dirigés dans une mise en  scène efficace qui n’a rien de de prétentieux, sont visiblement heureux de travailler ensemble, et cela se sent. Bref, bravo!  cela fait oublier  le redoutable Hamlet de la salle Richelieu,  et c’est un vrai bonheur pour le public…
On peut simplement espérer sans trop y croire, vu la charge habituelle des comédiens du Français, que ce Candide parte en tournée et fasse aussi la joie du public provincial.  Après tout, le musée du Louvre a bien une antenne à Lens…  Tiens une idée pour Murielle Mayette avant qu’elle ne quitte son poste d’administratrice. Aucun rapport , du Vignal, vous êtes encore plus fou que d’habitude!

Philippe du Vignal

Studio-Théâtre Pyramide du Louvre jusqu’au 16 février.

Nous qui sommes cent

Nous qui sommes cent, de Jonas Hassen Khemiri, mise en scène Édouard Signolet.

 

nous-qui-sommes-centSur le plateau, elles sont trois, ou plutô,  elle  est trois. La partition de Jonas Hassen Khemiri est distribuée entre trois comédiennes qui jouent la même femme à différents âges de la vie, mais aussi les hommes et  les femmes qu’elle a rencontré(e)s, et ses propres contradictions et désaccords internes. Cela vaut-il vraiment la peine de tenter de recommencer sa vie ?
Elle essaie, elles essaient, et corrigent et s’engueulent–désolée, c’est le mot-, et nous emmènent tout au long d’une existence banale, sauf pour celle qui la vit.
Les illusions, les enthousiasmes, la politique, la passion, l’amour… Tout est passé à la moulinette. Et il en ressort quoi ? A côté de la désillusion, l’envie de vivre quand même, l’humour sur soi, l’énergie de râler, et un étonnement toujours jeune devant l’éternel retour .

On n’est pas ici dans Un, personne, cent mille de Pirandello : la personnalité comme l’identité ne sont pas ici « décomposées », mais composées. On le sait, chacun est fait d’un certain lot d’hérédité, et du monde où il vit et s’est formé. La nouveauté est d’utiliser cette donnée au théâtre. Le vécu de cette femme,  qui est peut-être “cent“, est rendu en trois dimensions par trois formidables comédiennes. Emmanuelle Brunschwig, Céline Groussard et Elsa Tauveron forment une femme au pluriel, où nombre de femmes se reconnaîtront. Et pas seulement elles : la pièce questionne radicalement l’existence, et ouvre la blessure faite à l’humain. L’auteur n’a peur ni de l’émotion, ni de la brutalité, ni du rire.
Pas de décor, sinon trois chaises, très poétiques,  inventées pour l’occasion. Pas d’effets, sinon la présence d’un accordéoniste bienveillant (et très jeune) qui peuple la mémoire de cette femme plurielle, de chansons, de soupirs, de quelques angoisses et cris. C’est le seul petit reproche qu’on a envie de faire à ce spectacle : l’accordéon est une arme un peu facile pour  aider à tirer des larmes…
On parle ici avec puissance, légèreté et drôlerie, des choses importantes qu’on met trop souvent de côté, parce qu’on se laisse emporter par le travail, les obligations routinières, et  toutes sortes de nécessités qui n’en sont pas. Alors, arrêtons-nous à Théâtre Ouvert, pour un moment de rire et de vérité.

 

Christine Friedel

 

Théâtre Ouvert  Cité Véron T:  01 42 55 74 40, jusqu’au 14 février.

Le Prince

Le Prince, création théâtre de Laurent Gutman, d’après Nicolas Machiavel.

 

lpr_140106_302Tout le monde le sait peut-être aujourd’hui, mais peut-être aussi n’est-il pas mauvais de le rappeler : Machiavel n’est pas le cynique et retors conseiller des tyrans que l’on croit, mais l’un des premiers (et définitifs) penseurs de la politique. Pour gagner le pouvoir et le garder, il y a un certain nombre de règles à suivre et d’erreurs à éviter. À bon entendeur, salut : ces règles et ces erreurs sont à la disposition de tous, peuples et princes. Et souvent, ni les uns ni les autres ne les lisent avec assez d’attention, ce qui donne des princes fragiles et des peuples opprimés.

Laurent Gutman a pris ce texte pédagogique à la lettre, en le mettant au théâtre sous la forme d’un stage pour futurs dirigeants. Il y a loin de la coupe aux lèvres, disait Musset, et du désir de pouvoir au pouvoir, constatons-nous. Les trois stagiaires pressés, vivement conseillés par une manageuse plus vraie que nature, s’emmêlent très vite les pieds là-dedans. Voilà, je suis prince : encore faut-il exercer le pouvoir, c’est-à-dire tenir compte au mieux (de ses intérêts) des autres, de l’entourage, des serviteurs, et quand même, du peuple.
Le peuple, là, devant eux, c’est nous, le public. Celui-ci se prête assez facilement au jeu (il y a peut-être bien des « barons » dans la salle…), protestant contre l’injustice des jets de bonbons (il n’y en a pas pour tout le monde) et refusant de payer aucune taxe, ayant déjà payé son billet… Quant aux candidats au pouvoir, éliminés aussi vite qu’à la télé, ils ont le droit de revenir et de tenter à nouveau leur chance.
À chaque échec, Machiavel en personne leur livre la sentence et la réflexion qui les eussent fait garder leur place, s’ils avaient eu le courage de les lire. À chaque tentative, ils sont solennellement intronisés, avec une petit cérémonial tout à fait royal. Et, bien entendu, finissent par faire des progrès en « machiavélisme ».

On aura compris que le spectacle est cocasse à souhait. Il est aussi très intelligent. La forme aurait pu être quelque peu répétitive mais cet écueil est évité en dressant peu à peu la manageuse et Machiavel l’un contre l’autre. Laurent Gutman donne une nouvelle dimension aux jeux du pouvoir. Les trois stagiaires ont aussi appris à composer ensemble : sous la direction musicale d’un Machiavel patient, leurs parenthèses chantées passent d’une horrible cacophonie à une indéniable harmonie.
Le Prince doit-il déléguer ou tout contrôler ? Peut-on rester au pouvoir si l’on paraît hésitant? Faut-il avoir des ennemis extérieurs pour rassemble son peuple derrière soi ? Un prince doit-il se faire aimer ou se faire craindre (pour Machiavel, compte-tenu de la nature humaine, la crainte est plus sûre) ? Voilà : face à des questions très actuelles de gouvernance, posées de façon directe et presque brutale, et l’on imagine bien les dérapages possibles dans cette situation, c’est l’intelligence qui reprend les rênes.
Enfin, la politique redevient passionnante. Conviction certainement partagée par Christiane Taubira, venue assister au spectacle en connaisseuse. Bref, à ne pas manquer. À défaut, plongez-vous dans la lecture du Prince, le texte est en vente libre.

 

Christine Friedel

 

Le 28 janvier à La Passerelle, Scène Nationale de St-Brieuc T : 02 96 68 18 40, et les 25 et 26 mars au Théâtre Anne de Bretagne de Vannes T : 02 97 01 62 00

Mary Prince

Mary Prince, traduction et adaptation d’Emma Sudour et Souria Adèle, mise en scène d’Alex Descas.

mary_prince_serieuse_bisCe monologue  est en fait un dialogue intense entre deux acteurs qui se retrouvent sur le plateau pour la première fois. La comédienne qui incarne Mary Prince a une longue expérience dans le théâtre comique où elle a créé Marie-Thérèse, dans Négresse de France , un personnage flamboyant qui affirme sa prise de possession du monde et son indépendance face aux hommes.
Ici, elle incarne une femme qui a vécu l’esclavage dans les îles anglaises et a lutté pour obtenir son affranchissement en Angleterre. Jeu intériorisé, ton sérieux, corps presque effacé. Le metteur en scène , surtout connu comme acteur de cinéma et de théâtre, n’avait jamais fait de mise en scène. Et son spectacle ressemble à une conversation, dans une rencontre inhabituelle et intime.
Mary Prince s’épanouit ainsi lentement, et avec beaucoup de pudeur , puisque  le metteur en scène a  ressenti au plus profonde lui-même cette suite d’horreur …
Mary Prince
raconte sa vie d’esclave dans tous les détails, les plus douloureux comme les plus honteux. Les descriptions sont insupportables, surtout quand nous savons qu’il s’agit d’une expérience racontée par une femme qui décrit ce qu’elle a vécu, pour obtenir son affranchissement et pour que les Européens (surtout les Anglais, puisque de tels récits d’esclaves n’existent pas en français) sachent  ce que peut être une vie comme celle-ci.
Elle voulait mettre à bas les mensonges de ceux qui affirmaient, à l’époque où les discours abolitionnistes effaraient les propriétaires de plantations, que la réalité de l’esclave n’était pas si mal que cela. Ici, l’accumulation de détails finit par nous faire entrer dans un univers cauchemardesque de torture, de punitions sanglantes, de cruauté, et de perversions inimaginables. Et les deux complices ont pris le parti de ne pas permettre au jeu de rivaliser avec le texte.
Absence de grandes émotions et de sentiments trop évidents. Ils ont laissé parler le texte qui est en soi si puissant que la pudeur du jeu contribue à mettre en valeur la véracité du récit. En dédramatisant la représentation : avec un plateau nu éclairé par Agnès Godard qui saisit le passage du temps par des moments d’obscurité, où les ombres transforment la femme, en revenante de l’histoire.
Souria Adèle est là, devant nous, femme blessée dans son corps et son âme. Elle bouge à peine, et on dirait presque l’incarnation d’un témoignage malaisé mais tout à fait authentique devant un tribunal. L’on comprend alors que la publication de ce texte en Angleterre en 1831, ait pu jouer un rôle fondamental dans l’abolition de l’esclavage dans les colonies.
Ce spectacle-témoignage dépasse les tendances d’une forme de théâtre actuelle qui illustre les rapports de vérité et réconciliation, en mettant les anciens bourreaux face à leurs victimes. Ici, pas de discours  mais récit d’une lutte pour la survie dans des conditions les plus effroyables qu’un être humain puisse endurer. Le récit dans
Mary Prince dépasse ainsi le personnage et contribue à éveiller les consciences devant tous les génocides et les atrocités, passées comme présentes, à travers l’histoire de l’humanité. Il faut féliciter cette petite équipe d’avoir su atteindre une telle vision du monde par le théâtre…

Alvina Ruprecht

Manufacture des Abbesses, 7, rue Véron, Paris 18ème jusqu’au 22 mars. T : 01-42-33-42-03

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