Putain D’Vie

Putain D’Vie d’après Les Soliloques du Pauvre et Le Coeur Populaire de Jehan Rictus, mise en scène de Didier Perrier.

rictusLes Déchargeurs accueillent un spectacle musical autour de Jehan Rictus, poète français qu’on ne croise  que trop rarement sur les plateaux.  Né en 1867, mort en 1933, il  s’illustre par une poésie du peuple, dans  une langue qui ne respecte rien, et  surtout pas Jésus qu’il fait revenir dans plusieurs de ses poèmes et chansons. Il avait  lui-même vécu quelque temps dans la rue, et  n’avait pas son pareil pour évoquer les pauvres gens… Il eut un beau succès dans les cabarets de Montmartre, où il  connut Guillaume Apollinaire et Max Jacob.
  L’Échappée, compagnie picarde, nous avait  plutôt habitués à des textes contemporains, (dernière création en date: Haute-Autriche de Franz-Xaver Kroetz, et Écoute un peu chanter la neige de Mariane Oestreicher-Jourdain.Putain D’Vie est une reprise, et  avec les mêmes trois comédiens, dont Chantal Laxenaire qui tient aussi l’accordéon.
C’est un bel enchaînement assez fluide de chansons interprétées correctement (sans plus) et de textes tous issus de deux ouvrages de Rictus. A part un petit creux dans le rythme au moment où chaque comédien interprète en parallèle une histoire différente un peu longue, on ne s’ennuie pas et on goûte  la langue si particulière de Rictus, que les comédiens doivent avoir bien en bouche pour ne pas « savonner »… On apprécie aussi son enracinement social et  révolutionnaire, troublant d’actualité et d’engagement. Quelque part entre San Antonio et Céline (certes, il y a de la marge !), Rictus nous fait rire parce qu’il ose tout mais nous glace aussi par moments, comme dans ce  poème  où une mère se rend sur la tombe de son fils qui a été guillotiné pour une sale affaire; elle raconte  comment, en plus de son chagrin, elle doit supporter d’être mise au ban de la société,  parce qu’elle a été la mère d’un mauvais garçon.

Les trois comédiens chanteurs au visage blanchi, évoluent dans un décor de caisses, et de guirlandes de lumières; on repère Thibaut Mahiet, toujours juste, qu’il incarne un enfant, ou un ouvrier. Chantal Laxenaire apporte de son  côté une belle respiration musicale et  a un  jeu tout à fait remarquable. Même si la mise en scène de Didier Perrier  n’a rien  de révolutionnaire, on passe malgré tout un excellent moment à la découverte  de ce grand poète des opprimés, fantôme du Paris en ce début du vingtième siècle.
Le spectacle finit sur une étonnante chanson qui distancie un peu l’affection qu’avait Rictus pour les ouvriers, Rictus qui, grâce à son succès, a fini sa vie plus proche des bourgeois ! En tout cas,  une belle occasion de faire connaissance avec un grand poète français, ou de le retrouver…

Julien Barsan

Théâtre des Déchargeurs du mardi au samedi à 19h30,  jusqu’au 8 février.

 


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