Notre corps utopique

Notre corps utopique mise en scène du collectif F 71.

Une conférence radiophonique prononcée en 1966 par le philosophe Michel Foucault sert de support au spectacle. Le collectif F71 connaît bien les aspérités de ce penseur hybride, dont les œuvres majeures – L’Histoire de la sexualité, Les mots et les chosesSurveiller et punir et L’Histoire de la folie à l’âge classique -, ont ouvert d’immenses pistes de réflexion.
Les six comédiennes du collectif avaient déjà pétri ses textes, au cours d’une trilogie qui parlait dans Foucault 71 de l’engagement militant, dans La Prison des institutions disciplinaires, et dans Qui suis-je maintenant ? de sa passion pour les archives.
Sabrina Baldassarra, Stéphanie Farison, Emmanuelle Lafon, Sara Louis, Lucie Nicolas et Lucie Valon prennent ici à bras le corps « le moutonnement indéfini des commentaires » et nous guide avec une liberté maîtrisée vers les interdits et le désir, l’ordre et le désordre, et le pouvoir des mots.
Le public est accueilli dans une ambiance de boîte de nuit, avec musique de fond et entraîneuses en robes de soirée. Au centre du plateau, se trouve un cabinet d’aisance ou de curiosité, qui se dépliera ensuite comme un paravent, lieu de rencontre pour mini-conférences dont on a du mal, au départ, à saisir les fragments.Echauffement des corps face au public et de manière appliquée, comme au gymnase, chacune invente ses figures, avec détermination et dérision, entre phobie et récurrence, morceau de charme et cours de sciences naturelles. « Le sentiment du corps s’acquiert par le miroir et par le cadavre » dit le philosophe.
Et l’une, dans son ressassement, dessine à la craie,  de manière compulsive, les contours des corps et objets qu’elle trouve sur son passage et couvre de graffitis, les portes, bancs, comptoir et chaises ; deux autres se badigeonnent de peinture bleue, sorte de tatouages, laissant leur empreinte, comme un langage, sur le papier blanc qu’elles ont tendu; une autre fait acte de création via ses encres et écritures, renvoyées sur un écran par rétroprojecteur. Chaque comédienne vaque, et les choses au fur et à mesure, prennent corps et sens.

COLLECTIF 71 - © Huma Rosentalski

COLLECTIF 71 – © Huma Rosentalski

 

Le texte se révèle, lentement, chacune le portant dans la disparité des auteurs qui accompagnent Foucault, – Michaux et Artaud, Deleuze, Guattari et Kafka -, et illustre son propos, tel que rapporté dans L’Ordre du discours : « Bien des textes majeurs se brouillent et disparaissent, et des commentaires parfois viennent prendre la place première ».
Et l’expérimentation se poursuit, par l’adresse à un vrai-faux public invité à prendre place sur le plateau ; ensemble, ils font naître une phrase des mots entremêlés qu’ils ont écrits sur une partie de leur corps.
A la fois ludique et  intime, universel et utopique, cette exploration du corps déplace les interrogations et s’écrit par le dessin et la peinture, le papier froissé et les écritures, et par le corps même, dans une sorte de choralité non tempérée, où Foucault plane comme un aigle et où l’on retrouve ses «trois grands systèmes d’exclusion qui frappent le discours, la parole interdite, le partage de la folie et la volonté de vérité ».

 

Brigitte Rémer

 
Théâtre de la Bastille, à 19h30, jusqu’au 22 janvier T : 01-43-57-42-14. www.theatre-bastille.com 

 


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