Prophéties d’amour

Prophéties d’amour, création théâtrale de Fadwa Souleimane.

 

photofadwa« Je suis de là-bas mais je ne suis pas là-bas. Je suis la porte de la maison. Je suis les minarets écroulés… Je suis… Nous sommes un seul nom… Nous sommes les hommes libres ».
En exil depuis deux ans, Fadwa Souleimane, actrice syrienne, a dû fuir son pays en raison de son engagement auprès des combattants, à Homs. Depuis, en France, elle ne cesse d’allumer des feux de détresse. « Ton pays est maudit, mon ami »…
C’est aujourd’hui avec ce chantier-théâtre, et à travers les mots de Mohammad Alaaeddin Abdolmoula, Tamam Tellawi, Mohamed Dibo, Hounadi Zarka, et  par les siens propres, qu’elle lance ses bouteilles à la mer. «J’ai vu ton ombre tenir la main de mon frère ».
Cinq acteurs (Soleïma Arabi, Marcel Mankita, Clara Schwartzenberg, Fadwa Souleimane, Ania Svetovaya et Trung-Tien Lê), sorte de chœur tragique vêtu de blanc, portent textes poétiques et lettres résonnant comme des prières et imprécations, en syrien et en français, mais aussi en bambara, italien, russe, et viet namien. Gülay Hacer Toruk, chanteuse et compositrice, fil rouge du spectacle, les guide, en s’accompagnant parfois d’un tambour, le daf, ou d’un oud.
Ce chœur nocturne parle du drame humain, social et politique, comme le faisait Mahmoud Darwich  à propos de la Palestine; il murmure et scande, se frappe la poitrine, rythmant le chant, et le regard de photographes (celui de jeunes gens du Hauran, de Damas, de Deir es-Zor, d’Alep et de Homs, celui d’un jeune photographe ordinaire et celui de Raimondo Pictet ) appelle la réalité
, sans aucune complaisance.
Guernica apparaît à l’écran, juste référence devenue universelle : « La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements, c’est un instrument de guerre offensif et défensif, contre l’ennemi » disait Picasso, à propos de son tableau.
La vue se brouille avec les bribes d’images que Fadwa Soleiman lance, comme des roquettes, à partir d’un projecteur fou tenu à bout de bras, images qui atteignent les acteurs et qui  font vaciller la terre, images qui effleurent ce tulle tendu, mettant de la distance au réalisme des images. « Si tu pleures par peur de la guerre, retiens tes larmes jusqu’à ma mort ».
Les filets de lumière des torches portées par les acteurs au début du spectacle, s’effacent à la fin, un à un, mais les mots ne s’éteignent pas : « Quelle est la couleur du ciel, ma petite ?… Rouge. Quelle est la couleur de la mer ?… Rouge ».
Acte militant et poétique, acte de création et de vie, ces Prophéties d’amour, première étape de la création théâtrale de Fadwa Souleimane, ont valeur de manifeste, pour la liberté.

 

Brigitte Rémer

 

Vu le 16 janvier à la Maison d’Europe et d’Orient, 3 Passage Hennel. 75012. www.sildav.org.

 

 

 

 


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