Quatre heures à Chatila

 

796935_97565747791_357984_largeDe Quatre heures à Chatila, on garde le souvenir vivace de Clotilde Mollet mise en scène par Alain Milianti. Elle reprend les mots de Jean Genet, premier témoin européen avec  Leila Shahid en 1982, de  l’horreur ce massacre qui avait été perpétré au Liban dans un camp de réfugiés palestiniens.
Stéphane Olivié-Bisson, dont on avait pu apprécier le Caligula d’Albert Camus  à l’Athénée, a repris un travail esquissé à la fin des années 90 qui l’emmena, l’hiver dernier, de l’Institut du Monde Arabe, à Beyrouth, Amman et Jérusalem,  avec la mise en scène de ce texte  terrible, avec Carole Abboud, une actrice du Théâtre Monnot de Beyrouth, .
Le Théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi l’a accueilli pour une soirée unique, en version française, surtitrée en arabe. À l’entrée, on distribue des tracts sur le blocus de Gaza privée d’essence, d’électricité et d’eau potable, où la centrale électrique a cessé de fonctionner… Dans la salle, où de nombreux jeunes d’origine maghrébine côtoyaient des élus de la ville, régnait un silence tendu.
Sur le plateau, un amoncellement de vêtements, de chaussures, et d’objets calcinés, couverts de poussière. La parole de Genet découvrant l’horreur absolue de ce massacre d’enfants, de femmes, de vieillards, d’hommes assassinés dans ce camp de réfugiés palestiniens, s’élève dans les sanglots de Carole Abboud. Terrifiée, elle fouille dans les décombres, en sort un vieil imperméable, et s’en revêt : « Les cadavres noirs et gonflés étaient tous palestiniens ou libanais. Le massacre de Chatila se fit-il dans un murmure ou un silence total ? Il m’a fallu aller à Chatila pour percevoir l’obscénité de l’amour et de la mort (…) On parlait hébreu à Chatila, aucun ne le dira… »
Carole Aboud erre dans les décombres, puis  se couche sur les restes qui jonchent le sol, en  poussant comme des hurlements silencieux ininterrompus.  Mais,malgré de beaux éclairages rasants, et l’investissement de l’actrice, très concentrée, l’émotion ne surgit pas tout à fait comme à la création, il y a plus de vingt ans…

 

Edith Rappoport

 Spectacle vu au Théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi, le 17 janvier


Archive pour janvier, 2014

Andromaque

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Andromaque de Jean Racine, mise en scène de Frédéric Constant.

 Pour cette tragédie en cinq actes (1667), Racine- il n’avait que  vingt huit ans!- s’est inspiré de l’Iliade, de L’Enéide mais aussi d’Andromaque, et des Troyennes d’Euripide, pièce adaptée plus tard par Sénèque. Cela se passe après la trop longue guerre de Troie, en Epire,  au palais de Pyrrhus, le fils d’Achille.
Oreste,
ambassadeur des Grecs, est venu, accompagné de son fidèle ami Pylade, pour faire tuer  Astyanax, le fils d’Hector et d’Andromaque, de façon à rompre, à terme, le cycle infernal de la vengeance, et à installer enfin la paix, puisqu’il n’y aurait plus ainsi de survivant troyen.
Mais Oreste est venu aussi… revoir Hermione, la fille de Ménélas; il l’aime toujours mais elle s’intéresse peu à lui. Bref, une fois de plus, l’histoire personnelle va croiser sa sœur, l’histoire collective. Bon terreau pour  une tragédie…
En fait, Hermione est amoureuse de Pyrrhus, qui, lui est amoureux d’Andromaque  qui, elle, est encore amoureuse d’Hector, tué par Achille: situation explosive qui peut déclencher une guerre à cour terme. De façon pas très élégante, Pyrrhus pratique alors un petit chantage: ou Andromaque lui cède, ou il livre Astyanax à Oreste. Mais revirement: Hermione est d’accord pour partir avec Oreste… si Pyrrhus refuse de livrer  l’enfant.
Mais Pyrrhus a décidé de le lui remettre,  et de se marier avec Hermione, même s’il garde un faible pour Andromaque. Mais, dans ce cas, Oreste perdrait Hermione;  il pense donc l’enlever  de force.
Andromaque supplie alors Hermione d’intervenir auprès de Pyrrhus pour sauver
Astyanax . Mais  elle refuse et s’en va. Pyrrhus prend pitié de la veuve d’Hector et décide de ne pas  livrer  son enfant si… elle   accepte le mariage. Bref, la situation est bloquée: elle accepte en effet mais dit à sa confidente qu’elle se tuera aussitôt.
Hermione sent le danger, et dit à Oreste qu’elle a toujours l’intention de partir avec lui mais, pour se venger, elle exige d’abord qu’il tue Pyrrhus, lors de son mariage. Il donne son accord mais elle lui rappelle  aussi  qu’il a tué Priam, le roi de Troie et père d’Hector, et Polyxène, la petite sœur d’Hector. En fait, Hermione  ne sait plus trop, si elle veut ou non la mort de Pyrrhus, qu’elle aime mais qui l’a trahie.
Oreste lui annonce alors fièrement qu’il a fait tuer Pyrrhus, ce qui désespère Hermione qui se suicide sur son corps. Oreste, lui,   sombrera dans la folie avant de s’enfuir. Quant à Andromaque, elle veut  venger  Pyrrhus.
Pour Frédéric Constant, l
a guerre, est un des acteurs principaux de la pièce; il s’y intéresse depuis longtemps et  a  donné comme sous-titre à  son AndromaqueChronique des temps de guerre et  décidé d’accompagner  cette création, de trois  autres: Tableau autour de G, sur le thème de la guerre de Troie, Enéas, Neuf  »qui s’intéresse à l’exode de ceux qui sont jetés sur les routes par la violence du monde » , et enfin Astyanax voit rouge, « rêverie sur les mécanismes du pouvoir ».
Frédéric Constant pense avec raison que  les désirs individuels des personnages dans Andromaque,  sont toujours liés à une histoire collective, avec « l’inscription d’une intrigue amoureuse dans l’horizon sanglant de la guerre ». C’est une vieille histoire, hélas encore bien actuelle, où le futur rejoint le passé, dans un présent plein de fureur, avec des morts en série: une enfant, Polyxène, a été tuée autrefois et un autre enfant,  Astyanax, en est maintenant l’enjeu, puisque Pyrrhus aime une Andromaque, encore amoureuse d’un mort.
Le metteur en scène situe l’action dans l’entre-deux des guerres 14-18 et 39-45,  où un conflit était encore bien présent et où le suivant se dessinait déjà… Sur le plateau, une grande verrière, diffuse une lumière assez glauque sur de hauts murs noirs;  » L’alexandrin racinien dans le bouche et le corps d’un ambassadeur des années 20, dit-il, nous parait un pari fertile ». On veut bien mais ce n’est pas un pari au sens strict du terme mais plutôt un habillage…
Le prologue écrit par Constant rappelle la situation issue de la guerre de Troie, ce qui n’éclaire en rien la pièce et allonge inutilement le spectacle. Et parmi l
es choses anecdotiques et racoleuses, il aurait pu nous épargner ces images inutiles- la vidéo a encore frappé, tous aux abris!-  comme cette petite promenade dans l’ancienne Maison de la Culture de Bourges,  en travaux et donc pleine de gravats, sans doute pour évoquer les ravages de bombardements, ou à la fin, la mer avec son écume, et Oreste buvant une canette de bière, des allers-et-retours dans la salle, les gesticulations de Pyrrhus comme d’Oreste, et ces musiques en intermède sans aucune unité qui vont du Didon et Enée de Purcell, au célèbre:  » Ne me dis pas que tu m’adores, chanté par Joséphine Baker ou à Spiegel im Spiegel d’Arvo Pärt… Il aurait pu  aussi nous dispenser  de ces changements inutiles et trop fréquents de costumes style 1930 et pas très beaux, comme les pratiquent souvent les  théâtres de boulevard. Même si Voltaire remarquait finement qu’il y avait des scènes de comédie dans cette tragédie, ce n’était peut-être pas la peine d’en rajouter… Et il aurait mieux valu supprimer l’entracte qui casse le rythme…
Cela dit, le travail de Frédéric Constant est rigoureux,  et il a privilégié le « profond parfum de la parole qui nous pénètre tout entier, c’est le sens » comme le disait Paul Claudel, dont il cite cette phrase que l’on pourrait mettre en exergue de sa mise en scène. Et on entend le texte de Racine, comme rarement, dans cet auditorium du conservatoire de Bourges à l’impeccable acoustique. Et il a des acteurs solides, et tout à fait crédibles,  dont le meilleur est sans doute Frank Manzoni (Oreste).
Il y a aussi de très beaux arrières-plans sonores dus à Christine Moreau (rafales de mitraillettes, bruits inquiétants de voitures… ), comme dans la très fameuse Electre de Sophocle mise en scène par Antoine Vitez,  rappellant, en écho au texte, la présence de la guerre qui a envahi et façonné les sentiments des personnages, la guerre comme élément de mémoire collective et  menace permanente.
Bref, on est sans cesse entre les séquelles toujours atroces d’un conflit avec les deuils et les ravages  appartenant au passé récent, mais qui pourrit le présent de millions de gens, et l’inquiétude engendrée par ce même passé, et qui peut faire basculer le présent dans un avenir encore plus atroce … Et cela, on le sent bien dans la mise en scène de Frédéric Constant.
Au total, un spectacle assez rigoureux,  malgré les réserves indiquées plus haut,  et d’une grande honnêteté mais qui pourrait aller encore plus loin…

Philippe du Vignal
Spectacle vu à Maison de la Culture  de Bourges, scène nationale le 16 janvier; représentations au Quartz de Bretz du 21 au 23 janvier; à L’espace Malraux de Chambéry, les 26 et 37 mars et au Théâtre de la Croix-Rousse du 1er au 6 avril et du 8 au 11 avril.

Le Jeu des 1000 euros

 Le Jeu des 1.000 euros, d’après l’émission de France Inter, texte et mise en scène de Bertrand Bossard

 

Le_jeu-des-mille-eurosHistoriquement, Le Jeu des 1000 euros est une émission radiophonique créée en 1958 par Henri Kubnick; c’est le jeu de questions réponses de culture générale, et le plus ancien du paysage radiophonique français; il s’appelait Le Jeu des 1000 francs, jusqu’en 2001…
L’émission se déplace toute l’année dans de nombreuses- grandes ou petites- villes, et parfois même à l’étranger. Les questions sont posées par les auditeurs de la France entière, des plus faciles aux plus difficiles. Lucien Jeunesse a occupé le poste d’animateur de 1965 à 1995, repris par Louis Bozon jusqu’en 2008 et par Nicolas Stoufflet aujourd’hui.
Bertrand Bossard voit dans Le Jeu des mille euros une institution populaire, un rituel, une cérémonie, une liturgie républicaine qui fait appel à la culture et à la connaissance des candidats à travers, notamment des  citations d’auteurs.
Les moments les plus amusants de ce  spectacle sont ceux qui reprennent le jeu des questions/ réponses auxquelles tous se soumettent sur le plateau comme dans la salle, avec un esprit de répartie, convivial et bon enfant.
Quel est le nom en langue hindi de la philosophie défendue par Gandhi, traduite par « force de la vérité», une sorte de résistance de la non-violence ?
Réponse: « Satyagraha ».
Les relations interactives entre examinateur, candidats et public fonctionnent à tous les  coups. Bossard en animateur y met du sien, de l’enthousiasme et une fougue à revendre, relayé par son compère pour la technique et la régie, Vincent Berger, qui, lui, gère le métallophone, un xylophone qui tient lieu de carillon dans l’attente collective et stressante de la réponse juste.
Si ce n’est ce rendez-vous quotidien, cette fois posé sur une scène de théâtre, ici, les numéros ne s’enchaînent guère, et le spectacle souffre d’un rythme pesant pour l’insatisfaction prolongée du spectateur. Il y a bien le romantisme, et Goethe  qui provoque chez l’une des candidates (Louise Belmas) une colère et une crise d’agressivité incontrôlable ; il y a bien le préposé à la musique (Benjamin Farfallini) qui se rebelle contre la soumission de tout fonctionnaire, s’inspirant de L’Homme révolté de Camus.
Toutes ces ires déchaînées sont en porte-à-faux, même si elles illustrent l’état général de catastrophe dont Bossard et son compère nous font part, et  de façon fastidieuse, au début de la représentation. Déguisés en astronautes en combinaison spatiale sortis de 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, ils déplorent la fin des civilisations et le retour au chaos.
Un seul salut : refaire vivre Le Jeu des 1000 euros qui exigeait, dans un âge d’or perdu, lectures, connaissances, concentration et retour sur soi. Puis, à la fin, sans crier gare, après les noms propres de Racine et de Charlemagne et le nom commun de  cinéphile, on retombe sur le grand Deleuze : « Qu’est-ce que la création ? »
Les quatre lobes répertoriés et colorés du cerveau s’animent sur le plateau grâce aux quatre comédiens. Il y a de l’idée, une idée qui n’a pas fait son chemin ou n’a pas abouti. Un moment sublime pourtant, quand le musicien Gérald Kurdian se met à jouer et à chanter, un moment de grâce, enfin.

 

Véronique Hotte

 

Centre Dramatique National d’Aubervilliers jusqu’au 1er février, mardi et jeudi à 19H30, mercredi et vendredi à 20H30, samedi à 18h, dimanche à 16h. T : 01 48 33 16 16. 

La Révolution des escargots

La Révolution des escargots, à partir de textes de Joël Egloff, conception et mise en scène de  Christelle Harbonn,

 

SAUT 2C’est une première répétition publique d’un spectacle en devenir, avec Marianne Houspie, Solenn Keravis, Sébastien Roullier et  Gilbert Traina. Derrière un transparent, une jeune femme s’angoisse avant de quitter son appartement. Elle ferme tout, l’eau l’électricité, et décroche toutes les prises, débranche le téléphone, vérifie et revérifie tout plusieurs fois de suite.
Mais le téléphone sonne, elle hésite encore un moment. Il y a des projections élégantes dans la pénombre sur les rideaux, on empile des chaises dans un grand brouhaha. « Plus je vieillis, plus je me transforme en point d’interrogation ! (…) Combien de temps déjà que je ne suis pas sortie de chez moi ? »… Une femme secoue tous les jours son linge par la fenêtre, « ma mère est morte, il faut que je parte avant 13 h…(…) il y a des choses qui ne meurent pas, même si le corps meurt ! ».
Le spectacle se termine par un suicide, pas très gai, tout ça !

 

 Edith Rappoport

 

Prochaines représentations 7 et 8 mars à la Friche de la Belle de mai Marseille les 21 et 22 mars Théâtre Eurydice Plaisir et les 28 et 29 mars aux Lilas en scène.

 

À tous ceux qui

À tous ceux qui de Noëlle Renaude, mise en scène de Sophie Thebault.

 

Nolwenn-Marthe-CatherineLes Robichon, Oscur, Gloriette, Moulard, Gloton, Faitard et branches collatérales, soit trente-six personnages, ou plutôt trente-six voix, peuplent cette pièce initialement écrite pour la radio : quinze hommes, vingt-et-une femmes de quatre  à quatre-vingt seize ans ans, pris dans l’instantané d’un dimanche de fête.
Une table est dressée pour un banquet. Il règne une gaîté nostalgique induite par de vieilles chansons françaises :« Et hop en s’en sortira, on s’en tirera, comme toujours en France » ou « « Non, je ne me souviens plus du nom du bal perdu », etc… Douze comédiennes investissent la scène : elles feront entendre tous les personnages (ou presque).
Tour à tour, elles se présentent : nom, prénom, âge. Puis elles racontent : leurs vies, leurs amours, Elles parlent de ce qu’elles ont perdu : un mari, un frère, les cheveux, la raison, des illusions. Disent leurs rêves, leurs joies et leurs chagrins. Des existences déballées, au féminin mais aussi au masculin car les actrices, par le truchement de la mise en scène, lisent la partition des hommes manquants.
À travers les petites
histoires de ces familles, dont les versions diffèrent selon les protagonistes, se compose une fresque sociale de la France profonde. La guerre hante encore les mémoires: 14-18, 39-45, l’Algérie… Les chronologies se brouillent d’une génération à l’autre.  Mais on chante et on danse, on mange et on boit à la paix toute nouvelle, à l’avenir, au progrès, au bachot d’Albert, à la fiancée de Bouboule, aux absents, aux morts, à tous ceux qui …
De libation en libation, il appartient au spectateur de remonter le fil des généalogies, des alliances et des cousinages, depuis Salut-photos MarieDarnis-rectola petite fille au seuil de sa vie qui, en ouverture du spectacle, serre un oiselet mort dans sa poche, jusqu’au vieillard de «l’âge des déjà morts» à qui elle va l’offrir à la fin. Celui-ci conclut, en voix off, venue de l‘au-delà, que, comme l’oiseau, il « n’a vu de la vie qu’un fragment de ciel ».
La mise en scène, précise, directe, prend le texte à bras le corps. Le pari de faire interpréter la pièce au féminin, en constituant un chœur de femmes aux personnalités et aux morphologies contrastées, confère une délicatesse et une élégance au spectacle. L’auteure ne se sent pas trahie : « Ce choix s’inscrit dans une cohérence scénique et textuelle bien décidée : qu’on dise le texte ou qu’on le lise, au fond, l’histoire se racontera d’elle-même, les corps s’inventeront d’eux-mêmes, et la question du genre (risquée) se dissout d’elle-même pour laisser juste la place à de l’humain. »
La justesse de l’interprétation, le travail des rythmes, des silences, jusqu’aux hésitations et aux flottements, collent à l’écriture acérée, alerte, drôle, grinçante, toujours musicale de Noëlle Renaude. Ce flot de paroles, conçu comme un oratorio, constitue une partition brillante mais d’une grande simplicité, d’où naît une série de portraits hauts en couleurs.
Sophie Thébault monte essentiellement des textes d’auteurs contemporains, de Philippe Minayna à Remi De Vos ou Urs Widme
r en passant par Christophe Pellet ou Jean-Luc Lagarce : elle a une fois de plus tenu son pari.

 

Mireille Davidovici

 

À tous ceux qui est paru aux éditions Théâtrales- 2002 – 68 pages.

 

 

Les Gens, d’Edward Bond

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Les Gens d’Edward Bond, traduction de Michel Vittoz, mise en scène d’Alain Françon.

 

Qui sont ces gens ? Eux, nous, quelque part sur la terre devenue un immense no man’s land à la fin de notre vingt-et-unième siècle. Ils sont quatre,  dans  quatre situations sans issue. Et leur question à chacun semble être : comment?
Pour Postern, blessé abandonné dans la boue, c’est comment mourir, comment finir de mourir. Comme dirait Beckett – mais Bond est très loin de Beckett - : « C’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir ». Pour Lambeth, dépouilleuse de morts, c’est comment trier inlassablement ces précieux vêtements qu’elle récupère, comme si, sans plus personne pour les porter, ces vêtements avaient une valeur incalculable. Pour Margerston, c’est comment oublier, car sa mémoire obsessionnelle tourne et retourne en vain.
Reste quelqu’un , Ken, celui qui vient chercher son nom. Notons qu’ils ont chacun un nom, même s’ils l’ignorent et si cela n’a pas beaucoup d’importance: ces noms font partie du lyrisme, de la poésie violente de Bond. Qu’ont-ils à faire ensemble, ces quatre-là ? Rien, sinon tenter sans même le savoir de reconstituer, dans un monde où toute société serait détruite, des embryons de liens. Voler le manteau, faire circuler le manteau, récupérer le manteau -relativement en bon état- du mourant, c’est pratiquer un échange. Il y a aussi un revolver, qui passe de main en main, mais personne ne va tuer personne, on est au-delà de ça. Et pour finir, celui qui ne sait pas qui il est l’apprendra, et le mort pourra enfin mourir.
On connaît la vision noire de Bond, et la force avec laquelle Alain Françon a mis en scène ses Pièces de guerre.  Les Gens appartiennent à la Quinte de Paris, avant-dernière d’une série de cinq, née du désir de Bond d’écrire pour un metteur en scène qui le comprend. On aura compris qu’elle va loin dans la violence, le dégoû
t, goyal’horreur ou l’abjection. Cette audace-là, ce défi, on les trouve généralement davantage chez les peintres d’aujourd’hui que dans l’écriture. Mais Bond se sent « un citoyen d’Auschwitz et un citoyen d’Hiroshima », et il ajoute « citoyen d’un monde humain qui est encore à construire ». Dernier point à ne pas oublier.
Qu’est-ce que cela donne, sur scène ? Un spectacle à la limite du supportable, porté cependant par un incontestable lyrisme (la traduction de Michel Vittoz y est pour quelque chose), et des acteurs vaillants : Dominique Valadié, Pierre-Félix Gravière, Aurélien Recoing et Alain Rimoux tiennent, avec une remarquable énergie, cette suite de chutes et de rechutes. Ne pas « laisser tomber ».
Pour ceux que la série des Horreurs de la guerre de Goya n’effraie pas, pour ceux qui supporteraient ce texte répétitif jusqu’à en être assourdissant, pour ceux qui tiendront jusqu’au bout : il y a là des pépites à trouver dans la boue, comme le signale justement le traducteur. De profundis ad te clamavi, et tant qu’on a l’énergie de crier…

 

Christine Friedel

 

Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, 01 48 13 70 00, jusqu’au 1er février.

 

Catherine Zambon

Soirée Catherine Zambon.

arbrecatherine   Le Jeune Théâtre National, installé dans le Marais à Paris, facilite l’entrée dans la vie professionnelle de jeunes comédiens issus du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, de  l’École du Théâtre National de Strasbourg, etc.. … C’est aussi un laboratoire qui leur permet de rencontrer des professionnels. Et des maquettes y sont régulièrement données. Le  J.T.N. organise aussi le festival JT 14 avec le Théâtre de Vanves, le Théâtre de la Cité Internationale et le  Nouveau Théâtre de Montreuil qui aura lieu du 28 février eu 8 mars prochain.
Il a un comité de lecture d’auteurs contemporains, et organise des soirées qui sont autant de coups de cœur, cette fois-ci, avec Catherine Zambon qui  a grandi dans le Beaujolais. Elle en garde un  attachement à la nature qui ne se démentira jamais. Elle écrit partout, à La Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, en Picardie ou dans le Dauphiné, où elle a longtemps été partenaire de Textes en l’Air, un beau festival en campagne.
Installée plusieurs heures dans quelques  maisons vides de leurs occupants inconnus, elle avait  imaginé  et écrit ce que les murs lui dictaient comme avec Les Habitants, une pièce publiée en 2009.  L’œuvre de Catherine Zambon a été éditée à la fois à L’avant-Scène, chez Lanzmann,  Lafontaine, mais aussi aux  éditions Théâtrales,  chez  Actes Sud Junior  avec Mon frère ma princesse, prix Colidram en 2013,  et enfin à  L’École des Loisirs, dont le fondateur Jean Fabre, qui a tant fait pour la littérature jeunesse,  vient de décéder.
Ses textes ont été montés par le Turak Théâtre, la Fabrique des Petites Utopies, Les Fous à Réaction, Anne-Laure Liégeois, Alexandra Tobelaim… Elle  travaille  en ce moment sur Les Agricoles, une commande  qui l’a emmenée en immersion chez des agriculteurs de Lozère pendant plusieurs semaines, et qu’elle  mettra en scène en 2014. Pour cette soirée, les comédiens du J.T.N. se sont concentrés sur trois textes d’elle, La Chienne de l’Ourse,  et des récits en séquences : Les Ramasse-Miettes et Les Inavouables.  Directe et  franche,  l’écriture de Catherine Zambon  parle d’homosexualité, d’obésité, de tout ce qui change  en nous,  et de ce que l’on tait aux autres, de notre rapport à eux.
Après un début de lecture un peu convenu, on ressent vite  la fureur des personnages. L’ écriture de Catherine Zambon est incandescente, mais étudiée et raisonnée, bien tissée, qui prend vie dans la bouche de ces jeunes gens qui  se sont vraiment engagés  dans ce qui est finalement plus qu’une simple lecture.
On y décèle des futurs talents qu’on aura plaisir à retrouver ces prochaines années sur les plateaux…

http://www.catherinezambon.com/
http://www.jeune-theatre-national.com/

Julien Barsan

Le Cabaret calamiteux

 

Le Cabaret calamiteux de Camille Boitel et la compagnie L’Immédiat.

 

cabaret-calamiteux6mathildedelahaye* Camille Boitel est actuellement aux cent coups au Théâtre de la Cité Internationale avec sa Conférence sur la jubilation, son Cabaret calamiteux et sa Machineajouer. Ce dernier spectacle est préparatoire, c’est un amuse-gueule, une réflexion et une mise en pratique simultanée de l’improvisation de ces artistes de cirque. Il suffit, à côté de la fougue initiale des interprètes, d’une régie sons et lumières, de micros-voix sur pied et de micros-musique, et le public est convié, s’il le veut, à mettre en scène, à ordonnancer la représentation et à inventer une création dont les interprètes, professionnels et amateurs,  comme  les musiciens sont sur le plateau.
Le spectateur candidat peut ainsi passer sur la scène et jouer avec les acteurs de la compagnie de l’Immédiat. Pour décor, une maison démontable, à monter et à démonter à l’infini avec des parois de murs mobiles, qui se plient et se déplient, et d’où surgissent portes battantes et trappes de soupiraux. Les acrobates foncent et se jettent comme des balles dans les ouvertures pour surgir à un endroit diamétralement opposé, le corps horizontal, oblique ou bien vertical. De quoi donner le tournis à un public de spectateurs enchantés par cette vitesse.
Quant au Cabaret calamiteux, plat principal de la soirée, le spectacle répond à l’esprit de créations déjà répertoriées de Camille Boitel, comme le fameux Immédiat. Nulle règle, nulle loi, si ce n’est celle du chaos, du ratage, de l’échec, du non-accomplissement et de la non-satisfaction. Le public, s’il le souhaite, est habillé en tenue de soirée féminine – qu’il soit homme ou femme -, puisque Camille Boitel dit ne s’adresser qu’à des demoiselles.
Les spectateurs élégants prennent ainsi place sur la scène, assis à des tables de cabaret, ou sur  des lits ou coussins de salon. Et le public non costumé s’installe dans la salle, comme d’habitude. Sur le plateau, entre les tables, virevoltent des serveurs et serveuses artistes, portant une vaisselle qu’ils cassent, ou jouant  au tennis avec des parts de gâteau qui trouvent leur point d’atterrissage sur des assiettes tremblantes.
Un petit castelet indique clairement qu’il s’agit de cabaret dont les numéros se dérouleront hors champ, avec  , entre autres, une femme, qui, en  rythme et musique, est  rivée à un fauteuil roulant, un M. Loyal qu’on malmène, un homme vêtu de ballons d’eau qui se voit agresser par un public maniant l’art des agrafeuses propices à leur éclatement , une femme de langue hispanique en pleurs, qui  perd ses faux cheveux comme ses faux ongles, un homme mélancolique  façon Pina Bausch, qui accomplit un strip-tease déglingué  (un fil  dans la lenteur et la patience, fait sauter boutons de chemise, descendre les chaussettes et le short jusqu’à la nudité, cachée in extremis par la disparition totale de la lumière. Des musiciens, saxos et piano, s’apprêtent à jouer… sans jamais s’exécuter.
Camille Boitel lui-même, piano et musique contemporaine, n’en finit pas de pleurer… Un duo d’acrobates contorsionnistes dessine une roue dynamique, un autre interprète s’inflige des claques corporelles musicales. Et la faillite est élevée systématiquement au rang de succès et de gloire, un paradoxe à interroger… La soirée est bon enfant malgré tout, poétique, et dérangeante, juste ce qu’il faut.
On aimerait juste que tout se refasse et réussisse enfin, hors de l’erreur et de la catastrophe, ce qui mettrait en colère le maître de cérémonies, attaché à ce que rien ne tourne en rond.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de la Cité Internationale, Boulevard Jourdan 75014.  Jusqu’au 28 janvier à 19h30 ou 20h30, selon les jours. T : 01 43 13 50 50.

Spamalot

Spamalot, adaptation d’Éric Idle et John du Prez, mise en scène de Pierre-François Martin-Laval.


Pierre-François Martin-Laval (PEF), qui avait obtenu un gros succès en  2013 avec son film  Les Profs (quelque quatre millions d’entrées!), s’est emparé de cette adaptation des Monty Pythons Sacré Graal, où il interprète  le rôle du roi Arthur. Et, trois ans après l’avoir joué au Comédia, la troupe revient à Bobino avec dix-huit
comédiens, chanteurs, danseurs et  orchestre sur scène, et plein de costumes.
Le spectacle d’origine,
créé à Broadway en 2005, avait  reçu  trois Tony Awards dont celui du  Best Musical. Pierre-François Martin-Laval a conçu une mise en scène où l’absurde le dispute au loufoque, et on retrouve les personnages mythiques dont le cinéma s’est emparé plusieurs fois:  Excalibur, la Dame du lac jouée par Gaëlle Pinheiro, le combat avec l’homme de fer et…  Robin des bois qui sont tournés en dérision mais avec un humour qui n’est pas toujours des plus légers…
Le film (1975) des Monty Pythons Sacré Graal, iamginé et réalisé par les cinq compères Grahma Chapman, John Clerre, Terry Gillain, Eric Idle, Terry Jones et Michael Palin, tous nés à quelques années d’intervalle)  avait été  tourné en Ecosse et, en raison d’un budget limité,  sans chevaux, et gag rapidement devenu culte, on voit  les acteurs chevaucher à pied, et leurs écuyers tapent deux demi-noix de coco  pour imiter le bruit des sabots… Spamalot, comme de nombreuses comédies musicales américaine, parodie  Broadway, et c’est souvent drôle et bien interprété, même si  cette adaptation française reste honnête, compte-tenu de  moyens qui ne sont sans doute pas ceux de New York , et avec un esprit  sans doute moins  subtil que celui des Monty Python. On y  chante : « Prenez toujours le bon côté de la vie ! (…) Broadway est un endroit très spécial où les gens savent chanter, jouer et danser. Si tu n’es pas dans le show-biz, tu ne fais pas le poids ! » .
C’est, aujourd’hui la 150 ème représentation du spectacle à Bobino, devant une salle toujours bourrée d’un public plutôt jeune, et Spamalot a encore de beaux jours en perspective…

Edith Rappoport

Bobino, rue de la Gaieté, Paris, jusqu’au 24 janvier.

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Tristesse animal noir

Tristesse animal noir d’Anja Hilling, traduction de Silvia Berutti-Ronelt, mise en scène de Guy Delamotte.

   tristesseC’est comme une sorte de roman qui ne serait pas une pièce,  ou une pièce qui n’arriverait pas à quitter le forme du roman, écrite par Anja Hilling, auteure allemande de 37 ans. Et qu’avait monté l’an passé Stanislas Nordey au Théâtre de la Colline (voir l’article de Mireille Davidovici dans Le Théâtre du Blog).  Structurée en trois parties,  Tristesse animal noir combine plusieurs écritures.
Dans la première partie,  cela commence par un  pic-nic entre jeunes bobos assoiffés de nature  arrivés en forêt à bord d’un minibus Woslkswagen. Il y a là plusieurs couples:  Martin et Oskar, un peintre, qui a une sœur Jennifer, elle est photographe et en couple avec  Flynn, un jeune musicien; il y a aussi Paul, Miranda  et leur  bébé, Gloria. Paul est l’ancien mari de Jennifer.
Martin  dirige une agence de mannequins où Jennifer et Miranda ont  travaillé. Vous suivez? Le texte comprend de longues didascalies d’une grande précision et très détaillées qui font vraiment partie de la pièce, et des dialogues, parfois crus, où règnent les sous-entendus habituels, dès qu’il s’agit de relations amoureuses entre les personnages. On parle  de tout,  entre membres d’une sorte de même et grande famille. Les saucisses et côtelettes vont griller sur le barbecue, il y a une bonne salade, des bouteilles de bière, de l’érotisme et de la rigolade  dans l’air, et ils vont passer le nuit dehors dans un sac de couchage. Bref, tous les ingrédients pour les rendre heureux d’être ensemble, du moins quelques heures, et dans une relation différente de celle qu’ils peuvent avoir dans un milieu urbain. Mais le spectateur a un peu de mal à savoir qui est qui, et le processus d’identification difficile à réaliser, un peu comme si pour Anja Hilling, ce n’était vraiment pas là, l’essentiel.
On parle de tout et de de rien, de la célèbre maison sur la cascade de Franck Lloyd Wright, de Walden de Thoreau… et l’un d’eux chante à la guitare,  la chanson bien connue Always on my mind d’Elvis Presley. Dans une nature accueillante mais  qui va bientôt se venger: les hommes ont une fois de plus,  oublié l’exceptionnelle force de la Nature…
Après le bonheur d’une échappée belle dans la forêt: c’est le récit cauchemardesque d’une tragédie programmée,  qui occupe la seconde partie: celui d’un gigantesque  incendie de forêt provoqué par l’imprudence de ces bobos, pris au piège d’un barbecue oublié, et qui vont voir les arbres en feu, comme d’abord une fresque effrayante mais formidable à voir: « Les couleurs, dit l’un, convoquent une magie, une lumière, un bonheur englouti ». (…) « Derrière lui, le feu jaune clair, presque doré, a atteint les cimes ». Plus haut, des traînées de fumée, l’affaissement du ciel, gris sombre. »mais aussi l’âcreté de la  fumée, et la poussière de cendres qui va tout envahir: «  «  Miranda cherche son bébé, lui aussi mort, alors qu’il dormait:  »  Elle voudrait dire quelque chose au bébé. Quelque chose de beau, de tendre. D’aussi rose et pur que cette chair. »  Mais à la mort de ce bébé, s’ajouteront celles d’adultes, d’animaux, et de milliers d’hectares de forêt!
La  troisième partie est tout à fait chorale, et comprend aussi des messages sur répondeur où les personnages, détruits, vont errer, essayant maladroitement de survivre, en proie à une insupportable douleur, à un sentiment de culpabilité, et à la solitude.
  Reste à savoir comment on peut  présenter ce gros pavé de deux heures à la fois  très séduisant, et à l’écriture particulièrement complexe, et éloigné d’une possible représentation théâtrale. Montrer l’incendie, de façon hyperréaliste, avec des images de cinéma, ou simplement le suggérer? Y associer les dialogues?  Stanislas Nordey n’y était pas vraiment parvenu selon Mireille Davidovici. Quant à Guy Delamotte, il a aussi peiné:  » On a utilisé, dit-il,  les ressources de la vidéo, de la musique et des lumières, tout en laissant la place à l’imaginaire, car cette traversée du feu est avant tout une traversée intérieure pour les personnages. Pour ce qui est de la forme, on a cherché comment aborder ce qui résiste au plateau, en allant vers une forme d’oratorio, c’est à dire du texte face public, tout en ménageant des modulations à ces dispositions ».
  Et cela donne quoi? Au début, la mise en scène de Guy Delamotte fonctionne plutôt bien: il y a de belles images dans sa vidéo, avec ce mini-bus roulant sur une route  de campagne puis stationné dans la forêt, et le pic-nic avec ces personnages qui sont un peu nos semblables, dans une situation que nous avons tous connue. Et c’est bien dirigé, mais, très vite, la vidéo devient envahissante, comme les effets sonores et la musique: ils surlignent tout, en particulier la séquence de l’incendie qui manque singulièrement de sobriété.
D’autant que le texte souvent bavard, aurait exigé de sérieuses coupes,  si bien que l’on finit par décrocher!  Et Guy Delamotte a eu la très mauvaise idée de doter ses acteurs de micros HF, ce qui n’arrange pas les choses. Du coup, toutes les nuances du  texte d’Anja Hilling, passent à la trappe! Quand les metteurs en scène comprendront-ils que cette foutue amplification ne sert absolument à rien sur une scène de dimension moyenne? Sinon,  peut-être à les rassurer, eux?
 Dommage ! Mais l’art du théâtre consiste quand même à dire les choses en les suggérant, et non en matraquant le public à coups de recettes fondées sur les  technologies contemporaines… Souvenons-nous de la leçon du grand Chikmatsu Monzaemon: « L’art du théâtre se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ». C’était dans les années 1.700…
Philippe du Vignal
Comédie de Caen, Théâtre des Cordes jusqu’au 26 janvier. 
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