Ex Nihilo

Ex Nihilo, duo théâtral et musical de Corinne Frimas et Guillaume Roy.

ex nihilo presse bPendant deux soirées, l’Atelier du Plateau a proposé une forme de spectacle originale et troublante : un duo musique-théâtre totalement improvisé. Corinne Frimas arrive au plateau ne sachant pas ce qu’elle va bien pouvoir dire et Guillaume Roy ne sait pas plus ce qu’il va faire sortir de son alto.
Elle fixe d’abord le public en silence, puis en riant, tente de nous expliquer quelque chose en hésitant beaucoup, en cherchant ses mots : « c’est ….c’est …c’est comme… comme…enfin c’est comme… » Elle développe des thèmes, répète ses mots, propose des phrases hachées avec beaucoup d’allitérations, parfois on est à la limite du chant, on bascule vers quelque chose de très poétique relié par l’alto de Guillaume Roy qui tantôt surligne, tantôt aère le propos avec une musique qui ne cherche jamais à être mélodique. Peut-être un peu malgré elle, elle propose un personnage comme on en rencontre très souvent, qui ne trouve pas ses mots mais qui ne veux pas lâcher le bâton de parole et qui le garde en hésitant mais en produisant sans cesse des sons. Ce genre de personne, agaçante et pathétique, avec qui il est impossible d’avoir une vraie discussion, qui fait les questions et, à votre place, les réponses.
Elle évite les chausse-trappes et les facilités de l’improvisation, comme utiliser ce que l’on voit dans la salle, dans le public. Elle varie beaucoup les expressions : chuchotements, cris, chant, emballement de la parole… Les regards et expressions bougent beaucoup aussi et on est accroché à ses lèvres. Elle n’oublie jamais d’être drôle, ou au moins de nous faire sourire, par petites touches délicates. Peut-être aimerait-on qu’à un moment, elle sorte de cette hésitation et se lance dans de grandes phrases de texte plus que dans des dialogues. Mais elle reste sur une structure un peu semblable : thème développé, montée en puissance puis musique avant de repartir sur un autre thème.
On se dit qu’il faut un métier incroyable pour arriver sur scène sans texte, mais, comme le dit Corinne Frimas, le fait d’être sur un plateau fait déjà théâtre. Ce que font déjà des musiciens ou danseurs qui, régulièrement se lancent dans des impros, à la différence près qu’on ne partage pas tous leur langage comme nous partageons ensemble la langue parlée.
Mais il y a bien une trame, un petit quelque chose en amont ? Mais non, Corinne Frimas assure qu’elle ne prépare rien à l’avance. Pour le coup,  on voit donc un spectacle différent chaque soir. On se pose beaucoup de questions à l’issue de cette représentation, et c’est passionnant. Quelle en est la préparation? Comment les deux acteurs jouent-ils ensemble ? Finissent-ils par acquérir des automatismes ? Quelle est la part d’inconscient en jeu ? Est-ce un spectacle surréaliste, un jeu automatique  comme il y a eu une  écriture  dite  automatique  ? Comment décide-t-elle de la fin du spectacle ?
Bref, un exercice théâtral mené à son terme, très étonnant et qui nous emmène dans les limbes de l’imagination, du questionnement du plateau, du texte et de l’improvisation. C’est très vivifiant !

Julien Barsan

Au Panonica de Nantes le 28 janvier.

 


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