Eugène Onéguine

Eugène Onéguine, d’après le roman d’Alexandre Pouchkine, mise en scène de Rimas Tuminas (en russe, sur-titré en français).

 

oneguine_66Le théâtre Vakhtangov est un des plus connus de la capitale russe; chargé d’histoire, il est situé dans une de ces rues commerçantes, la rue Arbat où on peut   voir la statue d’Alexandre Pouchkine, considéré comme le fondateur de la langue littéraire russe moderne.
Rimas Tuminas est lituanien, diplômé en 1978  de   de l’école du GITIS à Moscou, (l’équivalent de notre Conservatoire National).  Il se fait d’abord connaître dans son pays, avant de devenir directeur artistique du théâtre Vakhtangov en 2007, et   va  vite être reconnu, en particulier pour son formidable Oncle Vania (2009).
Pour son adaptation  d’Eugène Onéguine,  il a travaillé avec les jeunes interprètes de l’école Choukine située dans ce théâtre, et avec les comédiens permanents, comme quelques actrices âgées, véritables icônes de la scène moscovite, dont l’étonnante Ludmila Maksakova,  dans le rôle de la nounou de Tatiana,  et de la professeur de danse.
Mieux vaut mieux connaître au préalable la fable de ce roman, car le surtitrage au-dessus du cadre de scène n’est pas toujours aisé à suivre, d’autant plus que le metteur en scène procède souvent par tableaux successifs  avec des mimodrames, dansés ou chantés,  d’une grande intensité dramatique, dans cette fresque de trois heures vingt!
Un jeune dandy, Eugène Onéguine, lassé de sa vie à Saint-Petersbourg, part pour la campagne, et y rencontre un poète, Vladimir Lenski qui doit épouser la jeune Olga. Et Tatiana, sa
sœur ainée (l’exceptionnelle  Olga Lerman)  tombe éperdument amoureuse d’Eugène, (alors que lui, feint de l’ignorer), dans une très belle scène sans paroles où les regards se croisent, tout en délicatesse. Au cours d’un bal pour l’anniversaire de Tatiana, Eugène joue les séducteurs auprès d’Olga.
Mais Vladimir  sera tué par Eugène dans le duel consécutif à cet affront. Eugène quittera la campagne, et Tatiana s’installera à Moscou où elle se marie, par intérêt,  à un vieux général. Des années plus tard, Eugène retrouve Tatiana, et prend conscience de son  amour pour elle, mais trop tard… Le fameux temps russe s’est écoulé, (symbolisé par les pages de plusieurs livres  effeuillées par le vent), et a brisé tous les espoirs; reste la seule nostalgie…
Rimas Touminas  a mis en abyme ce récit en le transposant dans une salle de répétition de danse, dont l’architecture pourrait correspondre à une partie du théâtre Vakhtangov, avec,  au fond du plateau, une barre  et un immense miroir;  il y a, à cour, un piano, des chaises;  et on voit le bout  d’une table de banquet.
Les musiques de Chostakovitch, Tchaïkovski et Offenbach sont très présentes, et cela complète  cette adaptation du roman, réalisée avec intelligence. Les personnages d’Onéguine et de Lenski ont leurs doubles: des narrateurs pour le récit, auquel s’ajoute un troisième narrateur. Les trois comédiens ont un jeu remarquable et emportent le public dans les palais et la neige des hivers  russes. Un groupe de danseuses, (un peu trop présent dans ses interventions! ) rythme la succession des différents tableaux. L’on rit, l’on danse, l’on pleure beaucoup comme souvent chez les Russes, mais chaque sentiment paraît vrai, tant le jeu est juste et précis.
Le soir de la première, le public,en majorité russe, retrouvant  son imaginaire romanesque, s’est levé, au moment du salut final. Pari donc réussi pour  Rimas Tuminas  que l’on a pu  découvrir en France, grâce à Patrick Sommier, le directeur de la MC 93; gageons qu’il y reviendra très vite avec d’autres spectacles…

 

Jean Couturier

A la Maison de la Culture MC 93 de Bobigny jusqu’au 5 février

 


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