La Maison de Bernarda Alba

 La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca, mise en scène de Carole Lorang

 

22_la_maison_de_bernarda_alba_c_mani_mullerLa Maison de Bernarda Alba, écrite par Lorca en 1936, quelques mois avant son exécution à Grenade par les Franquistes, est le dernier volet d’une trilogie dramatique de la terre  andalouse, commencée avec Noces de sang en 1932,  et poursuivie avec Yerma en 1934.
Mais la pièce, un mélodrame rural, aborde aussi des thèmes comme la tyrannie tout à fait contestable de quelques-uns,  la soumission de tous les autres,  en particulier de la femme encore entravée et  qui souffre ainsi d’une double peine.
Ces aliénations sont heureusement mises à bas, de temps à autre, par un esprit révolté, aux allures de printemps et de renaissance qui font rêver.
Bernarda Alba  (Sylvie Jobert), forte femme, vient d’enterrer son époux et revient à la maison entourée de ses filles qu’elle enferme chez elle pour un deuil de huit ans! Cloches d’église, cris rapaces d’oiseaux, passage bruyant de joyeux moissonneurs, telle est la vie sonore de la rue qui perce à travers les volets  en bois.
Mais nulle échappatoire en perspective pour ces jeunes séquestrées qui doivent obéir aux règles de la religion et d’une morale stricte, sauf l’aînée, la plus âgée, Angustia, fille d’un premier mariage, et dont la dot est conséquente.Et interprétée par Jérôme Varanfrain: Carole Lorang veut en effet souligner les décalages, les déplacements existentiels de la véritable nature des personnages qui ne savent jamais vraiment qui ils sont,  ou bien, qui n’osent pas assumer leurs désirs.
La sœur aînée est promise à Pepe le Romano, qui s’est fiancé par intérêt mais qui n’a d’yeux en fait  que pour la plus jeune, la belle et rebelle Adela (Bach-Lan Lê-Ba Thi) qui, seule, reste attentive et donne prise à ses envies personnelles, au nom des vertus de la nature, de l’amour et de la liberté. Il y a aussi, entre ces deux sœurs, une troisième, Martirio (Rita Reis), jalouse de ne pas se savoir aimée par le très demandé Pepe le Romano,  et qui n’ose s’opposer à sa marâtre de mère.
Le public pourrait esquissé un sourire de mépris pour ces réalités familiales et sociales, obsolètes et réactionnaires qui n’ont guère plus cours aujourd’hui en Occident mais qui sévissent encore dans les pays du Proche et du Moyen Orient. Les élans de la nature sont paradoxalement combattus par un aveuglement haineux maternel. Bernarda épouse donc dans cette posture virile les signes identifiables de l’homme,  avec une volonté de pouvoir et de puissance irraisonnée. L’insubordination des faibles est vécue par elle comme un outrage et une non-reconnaissance de la force en majesté  qu’elle  impose aussi  de la même façon aux domestiques  :  Poncia (Anne Lévy) et la jeune Magdalena (Renelde Pierlot) sont extraordinaires de justesse dans le recul qu’elles se donnent face à leur maîtresse.
Ces « filles de maison » exploitées témoignent des troubles sociaux de 1936. Quant à la grand-mère, Maria-Josefa (Véronique Nosbaum), c’est une vraie folle, enfermée elle aussi, mais elle chante à merveille la vérité et la liberté. Pourtant, les paroles restent âpres et dures comme la chaleur dans les champs de blé et la sécheresse des pierres qui ont lapidé une jeune voisine enceinte.
La mise en scène de Carole Lorang laisse pénétrer par les volets de la maison des rayons de feu que l’on devine douloureux tandis que les lignes de l’espace scénique sont strictement géométriques et ne donnent nulle chance à la respiration d’êtres vivants réduits à des figures vides dont l’âme meurt de ne pas exister.
Un spectacle juste dans l’analyse et l’exposition des souffrances.

 Véronique Hotte

 Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu’au 15 février. Tél : 01 46 07 34 50


Archive pour 13 février, 2014

La Maison de Bernarda Alba

 La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca, mise en scène de Carole Lorang

 

22_la_maison_de_bernarda_alba_c_mani_mullerLa Maison de Bernarda Alba, écrite par Lorca en 1936, quelques mois avant son exécution à Grenade par les Franquistes, est le dernier volet d’une trilogie dramatique de la terre  andalouse, commencée avec Noces de sang en 1932,  et poursuivie avec Yerma en 1934.
Mais la pièce, un mélodrame rural, aborde aussi des thèmes comme la tyrannie tout à fait contestable de quelques-uns,  la soumission de tous les autres,  en particulier de la femme encore entravée et  qui souffre ainsi d’une double peine.
Ces aliénations sont heureusement mises à bas, de temps à autre, par un esprit révolté, aux allures de printemps et de renaissance qui font rêver.
Bernarda Alba  (Sylvie Jobert), forte femme, vient d’enterrer son époux et revient à la maison entourée de ses filles qu’elle enferme chez elle pour un deuil de huit ans! Cloches d’église, cris rapaces d’oiseaux, passage bruyant de joyeux moissonneurs, telle est la vie sonore de la rue qui perce à travers les volets  en bois.
Mais nulle échappatoire en perspective pour ces jeunes séquestrées qui doivent obéir aux règles de la religion et d’une morale stricte, sauf l’aînée, la plus âgée, Angustia, fille d’un premier mariage, et dont la dot est conséquente.Et interprétée par Jérôme Varanfrain: Carole Lorang veut en effet souligner les décalages, les déplacements existentiels de la véritable nature des personnages qui ne savent jamais vraiment qui ils sont,  ou bien, qui n’osent pas assumer leurs désirs.
La sœur aînée est promise à Pepe le Romano, qui s’est fiancé par intérêt mais qui n’a d’yeux en fait  que pour la plus jeune, la belle et rebelle Adela (Bach-Lan Lê-Ba Thi) qui, seule, reste attentive et donne prise à ses envies personnelles, au nom des vertus de la nature, de l’amour et de la liberté. Il y a aussi, entre ces deux sœurs, une troisième, Martirio (Rita Reis), jalouse de ne pas se savoir aimée par le très demandé Pepe le Romano,  et qui n’ose s’opposer à sa marâtre de mère.
Le public pourrait esquissé un sourire de mépris pour ces réalités familiales et sociales, obsolètes et réactionnaires qui n’ont guère plus cours aujourd’hui en Occident mais qui sévissent encore dans les pays du Proche et du Moyen Orient. Les élans de la nature sont paradoxalement combattus par un aveuglement haineux maternel. Bernarda épouse donc dans cette posture virile les signes identifiables de l’homme,  avec une volonté de pouvoir et de puissance irraisonnée. L’insubordination des faibles est vécue par elle comme un outrage et une non-reconnaissance de la force en majesté  qu’elle  impose aussi  de la même façon aux domestiques  :  Poncia (Anne Lévy) et la jeune Magdalena (Renelde Pierlot) sont extraordinaires de justesse dans le recul qu’elles se donnent face à leur maîtresse.
Ces « filles de maison » exploitées témoignent des troubles sociaux de 1936. Quant à la grand-mère, Maria-Josefa (Véronique Nosbaum), c’est une vraie folle, enfermée elle aussi, mais elle chante à merveille la vérité et la liberté. Pourtant, les paroles restent âpres et dures comme la chaleur dans les champs de blé et la sécheresse des pierres qui ont lapidé une jeune voisine enceinte.
La mise en scène de Carole Lorang laisse pénétrer par les volets de la maison des rayons de feu que l’on devine douloureux tandis que les lignes de l’espace scénique sont strictement géométriques et ne donnent nulle chance à la respiration d’êtres vivants réduits à des figures vides dont l’âme meurt de ne pas exister.
Un spectacle juste dans l’analyse et l’exposition des souffrances.

 Véronique Hotte

 Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu’au 15 février. Tél : 01 46 07 34 50

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