Installation NUIT

Installation NUIT  par la compagnie Ouïe/Dire.

  Cela se passe  au LIFE, situé dans l’ancienne base de sous-marins de Saint-Nazaire où  Athénor et le LIFE ont invité Marc Pichelin, Jean-Léon PallandreLNU et Laurent Sassi en résidence. Ils ont puisé leur matière sonore dans le  Saint-Nazaire nocturne, puis en ont composé une pièce électro-acoustique, qu’ils ont installée dans les 160 m3 du LIFE. Un défi..  hybride, entre art contemporain, théâtre auditif,  poésie,  bruits et  musique.
  À l’entrée, sont disponibles d’étranges objets mous, apparemment destinés à nous maintenir la tête. Quand nous sommes arrivés sur place, il n’y avait rien à voir: l’espace est plongé dans l’obscurité. Ça et là, émane une discrète lumière de blocs géométriques, et on peut s’allonger pour profiter pleinement de l’expérience. L’étrange objet mou de l’entrée, très confortable, prend alors tout son sens.
  La position allongée favorise le glissement dans l’expérience: le son est partout et nous plongeons dans une dimension poético-bruitiste, en suspension, où des sons, d’habitude reconnaissables, se mêlent ensemble de façon étrange, créant ainsi une nouvelle réalité, à la fois familière et impossible. Un paysage sonore qui imprime sa présence sur notre corps, avec des vibrations tantôt légères et  par petites touches, tantôt intenses et à la limite de l’inconfort.
 Le travail de spatialisation du son est remarquable et ouvre à d’étonnantes sensations, comme celle d’entendre le bruit de la mer,  comme si nous étions au centre du son, expérience impossible dans la réalité,  à moins de flotter à la surface de l’eau sur une planche. Il n’y a rien à regarder, mais les images affluent derrière nos paupières.
La boucle entière dure quarante cinq minutes et se joue à l’infini, en  alternant deux crescendos-decrescendos. Un moment à vivre plus qu’à raconter: l’expérience se joue corporellement, dans l’intimité de chacun… Trente minutes environ nous ont suffi à éprouver l’ensemble du travail, mais difficile de quantifier cette dimension parallèle qui n’obéit pas aux lois en vigueur de notre espace-temps!

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The calling, 2013 2014, installation, technique mixte, courtesy lisson gallery londres photo marc Domage.

  Après une petite marche, revigorés par l’air de la mer, nous avons  fait une  visite  aux installations sonores de Random Acces Recall  au Grand Café, Centre d’Art Contemporain. Nous découvrons le travail de l’artiste londonien Haroon Mirza qui vient chatouiller la limite de notre expérience auditive, en nous faisant prendre conscience que nous sommes baignés dans un monde sonore standardisé.
Dans trois installations, Haroon Mirza met en place, non sans une certaine malice, différents dispositifs qui nous font expérimenter le son comme une matière sonore vibrante, tridimensionnelle et vivante, qu’il se plait à apprivoiser et à sculpter, bousculant au passage le confort de nos habitudes, pour notre plus grand bien…
Si vous passez par là, nous vous recommandons cette promenade en terrain sonore non-identifié qui a la vertu d’ouvrir nos oreilles à des contrées singulières et enrichissantes. Laissez-vous transporter, et livrez-vous à l’expérience !

Laurie Thinot

LIFE Base de sous-marins, Alvéole 14,  Boulevard de la Légion d’Honneur. 44600 Saint Nazaire  jusqu’au 16 mars, du mercredi au dimanche, de 14h à 19h. Entrée  gratuite.

Le Grand Café – Centre d’Art Contemporain Place des Quatre z’HorlogesF-44600 Saint-Nazaire T 02 44 73 44 00 jusqu’au 4 mai, tous les jours (sauf le lundi)  de 14h à 19h; le mercredi de 11h à 19h.  Entrée gratuite.


Archive pour 1 mars, 2014

Clinique d’un Roi

Clinique d’un Roi, poèmes, peintures,  performance d’Antoine Pickels, avec des fragments copiés-collés dans (ou traduits de Le Ballet comique de la Reine de Balthazar de Beaujoyeux, La Guisisade de Pierre Mathieu, Massacre à Paris de Christopher Marlowe, Bussy d’Amboise et Le Revanche de Bussy d’Amboise de George Chapman, Henri III et sa cour d’Alexandre Dumas et Margot d’Edouard Bourdet.

clinique Les présentations: Antoine Pickels, se définit comme (sic):  « artiste visuel, performer, cinéaste expérimental, peintre de décor, éclairagiste, scénographe, metteur en scène, dramaturge, auteur dramatique, essayiste arpentant ainsi des milieux aussi divers que le rock, la littérature, le théâtre, la danse, le cinéma, la mode, les arts plastiques »…Et fut directeur de la Maison du Spectacle-la Bellone à Bruxelles.
Le Ballet comique de la Reine, est le premier grand  ballet de cour, imprimé en France et  créé en 1581 au Louvre. La Guiziade, est une tragédie de plus de 2.500 vers en cinq actes (1589) où comme son nom l’indique, Henri III a le projet d’assassiner Guise, ce qu’il va finir par faire. Massacre à Paris,la célèbre pièce de Marlowe, (1593) a été  jadis mise en scène par Chéreau,  et  il y  traite des massacres de la Saint-Barthélémy.
Quant aux deux pièces de George Chapman, ce sont celles d’un poète érudit, ami de Shakespeare et de Ben Jonson qui a écrit quelque dix-sept pièces. L’Henri III et sa Cour et Margot témoigne de l’intérêt que n’a cessé, trois siècles plus tard de produire ce personnage de roi français auprès d’autres dramaturges comme Alexandre Dumas, puis Edouard Bourdet (1935) qui parle lui, de Marguerite de France, dite Marguerite de Navarre, qui, après son mariage avec Henri IV, aurait éprouvé pour son frère, Henri III, une passion anormale qu’il partageait inconsciemment.
Cette « performance » se passe dans la salle de la rue des Cordes remodelée avec trois gradins en fer à cheval pouvant accueillir une  centaine de spectateurs sur des fauteuils dits coques, de sinistre mémoire,  capables vite fait de vous casser le dos. Au centre de la petite aire de jeu, un lit où repose un corps nu, sans doute agonisant, celui du roi Henri III de Valois,  juste recouvert d’un drap blanc avec au-dessus, un écran vidéo.
Henri III ( 1551-1589) fut roi de Pologne à peine deux ans puis devint, à la mort de son frère, roi de France de 1574 à 1589, dernier de la dynastie des Valois, auquel succéda son cousin Henri IV. Le personnage était connu pour être d’une rare distinction mais très dépensier: aimant les plaisirs et les spectacles comme la danse, les beaux vêtements… Fils d’Henri II et de Catherine de Médicis, marié à Louise de Lorraine, il était amateur de chair fraîche féminine et eut de très nombreuses maîtresses. Il aurait eu aussi un goût prononcé pour les garçons. Côté politique, il dut s’affronter à de nombreux ennemis politiques, dont le parti de protestants, au cours de quatre guerres de religion, et mourut poignardé par un moine.
Clinique d’un roi n’est pas une illustration de cette vie qui a donc  inspiré de nombreux dramaturges: ce n’est pas le propos d’Antoine Pickels qui  a senti le danger et qui, avec ce spectacle/performance  » veut,dit-il, convoquer en un endroit singulier plusieurs champs d’exploration: l’image de l’homosexualité, l’histoire du théâtre, la question du transgenre et l’observation de la mort médicalisée ».
Antoine Pickels est là nu, allongé sur un lit d’hôpital  contemporain qu’il peut mettre en différentes positions grâce à une télécommande. Et quand on entre, on est frappé par la beauté picturale de cette image qui rappelle de nombreux tableaux classiques représentant un homme agonisant. Même si on devine bien qu’il s’agit ici comme d’un exorcisme de la mort d’un proche, en l’occurrence sa mère.
Avec aussi, le recours à des images sur écran où sont recréés onze tableaux; ce ne sont pas des copies mais des sortes d’interprétations qu’il analyse sous nos yeux. Sont aussi convoqués, dans une sorte de tissu très compliqué, des extraits des textes écrits par des dramaturges qui se sont emparés de la vie du célèbre roi français et des voix enregistrées avec lesquelles dialogue Antoine Pickels.
Aucun doute là-dessus: la proposition, même un peu confuse, ne manque pas d’intérêt et tout du début jusqu’à la fin, est d’une écriture très soignée sur le plan plastique. Oui, mais voilà, cela ne fonctionne pas vraiment entre image et parole: cette dramaturgie assez prétentieuse se révèle faiblarde: la fable qui nous est contée dans ce monologue sans fil rouge autre que ce corps allongé, part dans tous les sens, et cette convocation de six dramaturges se révèle être le type même de la fausse bonne idée.
Quant au dispositif des plus statiques, il atteint vite ses limites. Malgré de bons moments, comme ce merveilleux moment musical de Jurgen de Bruyn au luth, (mais filmé),  ou  ce dialogue surréaliste, avec la tête d’un gros chien noir, absolument remarquable, ou encore, quand, à la fin, Antoine Pickels nu, enfin debout, se travestit en femme: il y a là, en quelques minutes, une véritable émotion qui surgit à propos de la recherche de cette identité  qui lui tient à cœur.
Mais tout se paye dans la vie, et le bien, c’est plus cher, disait Céline. Et il faut mériter ces instants  au prix d’une insupportable logorrhée de trois heures,  d’un ennui accablant, auquel quelques-uns des trente spectateurs n’ont pas résisté et sont sortis; les autres, pour la plupart étudiants, sont restés, nous aussi mais n’ont pas non plus applaudi frénétiquement, c’est le moins que l’on puisse dire, et certains commentaires, à la sortie n’étaient pas des plus tendres…
Désolé mais rien à faire, tout ou à peu près nous a laissé éloigné de cette Clinique d’un Roi qui ne se revendique d’ailleurs pas comme spectacle, mais comme un Poème, peintures, performance, alors que nous sommes quand même priés de tenir assis sagement trois heures sans entracte bien sûr, sur ces affreux sièges inconfortables!  La performance, dans ce cas précis, est sans doute davantage du côté du public, pour sa patience et sa résiistance à cette épreuve physique! En fait tout se passe comme si Pickels semblait avoir confondu- volontairement sans doute, mais qu’importe-  spectacle et performance, alors que les règles en sont bien différentes.
Marcel Duchamp disait que le propre du happening était lié à un certain ennui mais ici, Pickels  en a rajouté une bien grande louche! En confondant allègrement déconstruction  et exploration le temps d’une performance c’est à dire une heure ou guère plus, ce qui peut être intéressant, et construction d’un véritable spectacle. Et là on ne sait pas très bien où l’on va.
On voit bien qu’il nous parle et avec sincérité de l’amitié, de la mort, de la solitude du pouvoir,etc… mais le performeur qu’il est, n’a rien d’un acteur et, de toute façon, personne n’arriverait à tenir un public attentif pendant trois heures, même avec des images vidéo qui, une fois de plus, ne servent pas à grand chose, sinon à donner une petite respiration  à ce déluge verbal. A l’impossible, nul n’est tenu.
On va sans doute nous dire que c’était la seconde représentation, mais que la troisième était nettement meilleure! Pas si sûr! Comme Antoine Pickels ne voudra sans doute jamais trouver une durée d’environ une heure, et une dramaturgie mieux  adaptées l’affaire parait mal engagée. Dommage!

Philippe du Vignal

Comédie de Caen  du 24 au 28 février

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