Au Pont de Pope Lick

Au Pont de Pope Lick de Naomi Wallace, traduction de Dominique Hollier, mise en scène d’Anne Courel.

pontpope9794 Une découpe de lumière grillagée projette sur Dalton les barreaux d’une prison. Il esquisse des ombres chinoises sur les murs, comme son père le lui a appris avant de sombrer dans le chômage et la dépression. Dans l’attente de son procès, l’adolescent revit les événements tragiques qui l’on conduit là. Un défi lancé par Pace, à dix-sept ans, au Pont de Pope Lick : traverser en courant les voies de chemin de fer avant l’arrivée du train en échange d’un baiser. En contre-bas, la rivière est à sec.
“ – Pace: … si tu ne le fais pas ta vie passera exactement comme tu l’imagines : vite, sale et froide. – Dalton : Après l’école je pourrais partir à l’université. – Pace : Tu n’iras pas à l’université. Aucun de nous ne va aller à l’université.” La jeune fille ne lui laisse pas le choix. S’il veut vivre, s’il veut gagner son amour.
La pièce procède, par aller-et-retour, entre la prison et le Pont de Pope Lick, un décor vertigineux, créé par des projections de pylônes de viaduc. Tout au long du spectacle, on entend par intermittence, siffler le train et cracher la locomotive à vapeur. Monstre aveugle et omniprésent, fascinant et menaçant. Une bête humaine broyant les individus, génération après génération, comme la crise a brisé les parents de Dalton, présentés dans quelques scènes, en contre-point.
Pour mieux laisser entendre les dissonances de la société d’aujourd’hui, Naomi Wallace, autrice engagée, situe le drame au fin fond du Kentucky, dans l’Amérique des années trente, terrassée par la grande dépression économique. ‘‘On est comme des pommes de terre oubliées dans le noir”, dit justement l’un des protagonistes.
Malgré sa noirceur, et grâce à une écriture toute en finesse et en poésie, Au Pont de Pope Lick met en scène le vertige des amours adolescentes, avec des points lumineux et des moments émouvants et drôles, quand les mots viennent à manquer et les gestes se font maladroits; on se repousse, alors qu’on aurait envie de s’étreindre pour se sentir exister.
Anne Courel, a su apporter suffisamment de légèreté et de distance au spectacle pour offrir aux adolescents à qui sont destinées quelques joyeuses respirations et il y a là, en tout cas, matière à réflexion.

Mireille Davidovici

Théâtre de Vienne (Isère) le 27 février; au Grand Angle,Voiron (38) le 25 mars à 14h 30 et  20h. La Ferme de Bel-Ebat à Guyancourt (78) le  4 avril à 14h et  20h 30.

 Le texte est publié aux Editions Théâtrales

 


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