À pas contés

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A Pas contés: Festival international jeune et tous publics à Dijon.

 

Pour sa quatorzième édition, ce festival international fait la part belle à la création. Parmi les trente spectacles présentés sur deux semaines (15-27 février), il a invité, entre autres, des compagnies québécoises et belges. Il y en a pour tous les âges : petits, moyens, grands et au-delà. Il y en a aussi pour tous les goûts : théâtre, marionnettes, danse, musique, et même cinéma, sont au programme !  L‘événement investit une dizaine de salles de spectacle, dont un nouveau lieu dédié au Théâtre jeunesse : La Minoterie.

 

la_minoterieD’anciens bâtiments militaires dans le quartier de l’Arsenal, au bord du canal de Bourgogne, ont été convertis en un lieu artistique ouvert depuis peu. Une vaste halle flanquée de quatre salles s’ouvre sous un toit en verrières aux belles poutres métalliques. L’architecte a habillé les murs de bois, façon Kapla, rappelant les jeux de construction enfantins et rendant ce bâtiment industriel plus chaleureux.
Imaginée par Christian Duchange, directeur de la compagnie l’Artifice, la Minoterie se veut une maison des artistes, une plate-forme de travail et d’échanges ouverte à tous les publics. Elle
a accueilli pendant le festival des installations, des représentations, et le sixième salon international du livre jeunesse présentant une vingtaine de petits éditeurs d’albums peu connus du grand public. Et des lectures et des rencontres dont une rencontre autour de l’association Labo 07***, le 21 février.

 Les écritures dramatiques jeunesse

 Chambre de résonance de l’émergence d’une littérature dramatique pour la jeunesse, Labo 07 créé en 2007 s’attache à la diffusion internationale des écritures dramatiques jeunesse d’aujourd’hui. Ses activités découlent d’un comité de lecture, constitué d’une quinzaine de professionnels, qui sélectionne des pièces françaises et étrangères que l’association diffuse dans l’hexagone et au-delà pour qu’elles trouvent le chemin de la scène.
Aujourd’hui ces écritures sont vivaces et d’une grande variété, allant du voyage initiatique à la saga familiale ou à des pièces plus intimistes. Il n’y a pas de différence formelle entre le théâtre jeunesse et son aîné, on y retrouve les mêmes tendances : depuis l’éclatement des formes jusqu’à l’écriture épique ou chorale. On constate de même une parole forte et sans concession sur les réalités du monde ; un souci de la musicalité et du rythme de la langue, une liberté de ton défiant la censure ou l’autocensure.
Ce théâtre écrit par des adultes (y compris des auteurs dit « généralistes ») porte sur le monde un regard neuf et offre, de ce fait, une approche à la fois ludique et tragique des situations. Ce détour en terre d’enfance engendre un répertoire d’une grande richesse, que ce soit pour les enfants, les éducateurs, les parents, les metteurs en scène et les comédiens.
Il constitue aussi une manne pour les éditeurs de théâtre (Très Tôt théâtre créé dès1987 par Dominique Bérody, l’Ecole des loisirs, Lansman, Actes sud, Théâtrales jeunesse, l’Arche, Espace 34…) car les chiffres de vente jeunesse dépassent largement ceux du « théâtre généraliste ». Dans ce domaine en pleine expansion, Labo 07 s’est donné plusieurs missions. Sélectionner des pièces francophones ou de langues étrangères rassemblées dans des « valises» à destination des professionnels : metteurs en scène, enseignants, bibliothécaires. Promouvoir des comités de lecture d’élèves en France et à l’étranger. Favoriser autour de cette littérature théâtrale des échanges entre les professionnels et les jeunes de différents pays. Organiser des événements dans les festivals.Dernièrement, il a publié une anthologie du théâtre jeunesse européen, fruit de ses nombreuses lectures.

 Étonnantes écritures européennes pour la jeunesse

Le recueil propose, sous forme d’extraits, 31 pièces regroupées par thématiques et représentant vingt-quatre pays. Pour se repérer dans le foisonnement de textes venus de l’étranger, les coordinatrices de l’ouvrage, Karine Serres et Marianne Ségol, ont opéré par  coups de cœur, en s’attachant au côté novateur et théâtral de l’écriture,et  en optant pour des pièces récentes et originales, déjà représentées dans leur pays d’origine. On constate que, contrairement aux idées reçues, aucun sujet n’est impossible à aborder : amour, sexualité, genre, immigration, suicide et même la Shoah… Mais ces pièces n’ont pas la noirceur du répertoire généraliste car il ne faut pas priver d’espoir les enfants.
Alors qu’en France, l’écriture théâtrale pour la jeunesse se caractérise par un recherche sur la langue, une poétique et la création d’images, la plupart des textes étrangers abordent les mêmes sujets mais de manière plus réaliste, plus documentaire, évoquant les problèmes de l’enfance de  façon plus frontale. Des analyses et des textes théoriques sur la dramaturgie pour la jeunesse viennent compléter ce panorama ouvert sur l’Europe.

 Mireille Davidovici

 

A pas contés : T. 03 80 30 98 99 ; www.apascontes.fr La Minoterie 75 avenue Jean Jaurès 21000 Dijon Tramway T2, arrêt JeanJaurès
Compagnie L’Artifice, responsable de la coordination et du développement. T : 03 80 48 03 22 / 06 82 54 19 64 ,
accueil.laminoterie@gmail.com

Labo 07 :Labo 07 : http://laboo7.eu/

 Etonnantes écritures européennes pour la jeunesse, éditions Théâtrales, 400 pages, 25 euros.

 


Archive pour 5 mars, 2014

Anna et Martha

Anna et Martha de Dea Loher, traduction de Laurent Muhlheisen, mise en scène de Robert Cantarella.

 

visuel-Anna-et-MarthaImaginez que des bonnes, celles de Genet, aient pris le temps de vieillir, et de coller Madame, évidemment ancienne pute, (elles parlent comme ça) convertie en veuve bourgeoise, riche et inculte, dans un congélateur un peu défaillant. Derrière elles, erre le chauffeur « joué par son chien » – l’auteur y tient. Pour rien : on ne part pas, rien ne peut bouger, tant que Madame n’est pas entièrement morte, et il faut que rien ne bouge, si le deux bonnes veulent échapper au tsunami qui suivrait tout de suite la mort attestée de Madame. Métaphore d’un monde bloqué par un capitalisme mort et tout puissant ?
Martha a passé sa vie d’esclave côté cuisine, et Anna, côté couture. Elles ont, en-dessous, une femme de ménage venue de l’Est (excellente Valérie Vivier), qu’elles peuvent maltraiter à leur tour, mais qui a aussi son jardin secret : son petit bout de liberté ? Les deux vieilles s’aiment, s’engueulent, se castagnent et rêvent : Martha à l’amour du chauffeur (fidèle à sa défunte épouse), et Anna, à l’image de son fils, jeune, beau, et mort. Et elles se déchirent l’une et l’autre leurs rêves en question. Des monstres.
Robert Cantarella a donné cette partition violente à deux monstres sacrés de la scène, Catherine Ferran (Martha) et Catherine Hiegel (Anna). On en attendait des sommets, on reste sur terre, content, mais pas emporté. On en attendait une touche de surréalisme (le chauffeur joué par son chien ) : elle n’y est pas. La mise en scène reste à la porte de la monstruosité, qui est pourtant le socle de cette écriture.
Dea Loher fait partie de ces dramaturges en colère, pour qui le théâtre est un amplificateur. Pas forcément sous forme épique : elle peut se permettre, comme ici, une sorte de lyrisme répétitif, avec rancœur et espoirs déçus. Ses personnages sont des victimes non consentantes, révoltées, juste riches de leurs manques et de leurs déceptions. Et alors ? Ça ressemble bien à des destinées banales. Et l’un des façons de dépasser cette banalité, c’est la monstruosité.
Fallait-il s’en priver ?

 

Christine Friedel

 

Théâtre 71 Malakoff, T : 01 55 4 91 00, jusqu’au 13 mars.

 

Les textes de Dea Loher sont publiés aux éditions de l’Arche.

Vaterland/Le pays du père

Vaterland/Le pays du père, d’après le récit de Jean-Paul Wenzel, en collaboration avec Bernard Bloch, adaptation et mise en scène de Cécile Backès.

 

90b36206b8115ea140d0244dd152fbb5 Saint-Etienne, 1944 : par amour pour une jeune fille et pour la vie en France, le soldat allemand Wilhelm Klutz échange ses papiers d’identité avec ceux de Louis Duteil, copain de beuverie tué au cours d’une bagarre. Sous son nom, il épouse Odette et devient père du petit Jean. Une famille parfaite, mais… Henri Duteil, revenu de captivité, part à la recherche de son frère, découvre l’usurpation et poursuit Wilhelm Klutz jusqu’en Allemagne. Premier suspense. Le second suspense commence en 1882 : Jean saisit l’occasion d’une tournée en Allemagne avec son groupe de rock pour partir, armé des lettres d’Henri, en quête de son géniteur.
En 1984, aux rencontres de Hérisson, Jean-Paul Wenzel et Bernard Bloch, avec une vraie troupe, avaient créé une histoire collective transfrontalière.
Cécile Backès, en resserrant la focale sur l’histoire intime n’efface pas cette dimension, mais la fait reculer en arrière-fond. La France de l’après guerre, l’Allemagne en ruines et occupée à son tour, sont présentes, à hauteur d’homme, dans le quotidien difficile, les trains interminables… Les quatre récits, de Klutz, d’Odette, d’Henri, de Jean, se complètent se croisent, se rencontrent, s’évitent.

Chacun nous tient en haleine, sans préférence pour l’un ou pour l’autre, ou avec l’envie de les préférer tous les quatre. Ce dont on peut remercier les comédiens, comme, de leurs apparitions collatérales.
La scénographie, très réussie, s’empare de l’idée de «road-movie », avec une succession d’écrans de cinéma emboîtés dans la profondeur du plateau, et débordés (côté cour et côté jardin) par leurs hors-champ à vue. Les projections vidéo n’illustrent pas les voyages de Klutz, d’Henri, de Jean, mais le mouvement, la quête, presque la boiterie de l’insatisfaction, en images brumeuses, rêveuses. Sur fond d’une Allemagne qui pourrait être nulle part, le rock très doux de Jean n’est pas non plus illustratif, il fait partie du mouvement, de la tournée.
C’est la limite de ce spectacle: il a quelque chose de trop doux, et il nous manque juste une ou deux taches d’encre bien noire sur l’écran, une petite déchirure, pour que ce spectacle d’une très grande qualité, qui emmène bien le public, prenne toute sa hauteur…

 

Christine Friedel


Théâtre de l’Aquarium, 01 43 74 99 61, jusqu’au 16 mars.

 

Le texte est publié aux Éditions Théâtre Ouvert, collection Enjeux.

Le tireur occidental

Le Tireur occidental,  de William Pellier, mise en scène de Michel Cochet.

 

Chez les acteurs, entre autres, Clovis Cornillac qui reprend La Contrebasse, Grégory Gadebois  à  Hébertot, Fabrice Lucchini au Théâtre Antoine, ou Wjadi Mouawad, et bien entendu Philippe Caubère depuis une trentaine d’années, et bientôt, le tout à fait remarquable solo de Serge Maggiani dont nous vous reparlerons. Chez les actrices: Laurence Vielle, Hélène Vincent, Stéphanie Bataille, etc… Bref, le monologue, souvent rebaptisé solo, fait partie, pour le meilleur ou pour le pire,  du paysage théâtral contemporain. Avec aussi, le plus souvent, avec une scénographie réduite à l’essentiel.
  En fait, le monologue  appartient à  une vieille tradition du théâtre occidental; venu de la tragédie grecque, il a, depuis le Moyen-Age et ses conteurs, abondamment prospéré, et Molière comme Shakespeare  puis Büchner, comme Hugo l’ont souvent employé. Et, au vingtième siècle, il est presque devenu un genre à part, à côté du monologue intérieur au cinéma, comme chez Beckett avec La dernière Bande  ou chez Dario Fo.
William Pellier  n’est pas un inconnu au bataillon des jeunes  dramaturges et, en 1999, La Vie de marchandise, avait été mise en scène par Claire Rengade au Théâtre des Clochards célestes à Lyon et en 2010, Grammaire des mammifères avait été créée par  Thierry Bordereau au Théâtre des Ateliers, également à Lyon.
Le Tireur occidental est une sorte de fable sous forme de monologue sur l’attitude des démocraties occidentales, encore récemment colonisatrices et encore très influentes sur le plan économique comme culturel, donc volontiers arrogantes et donneuses de leçons, face à un monde le plus souvent mal connu et donc à priori suspect…
  Rodolphe est un jeune ethnologue qui est parti rejoindre aux confins des terres civilisées un homme dit le Tireur occidental dont le travail consiste à barrer la route aux peuples barbares qui pourraient menacer notre intégrité, et donc à tuer sans aucun état d’âme. Quant à Rodolphe, il est là pour observer et étudier les méthodes du tireur. Aussi enthousiaste que naïf, il apprend aussi la solitude de tout combattant et à comprendre qu’il existe aussi des hommes qui n’ont pas eu sa chance, et qui sont voués leur vie durant, à connaître la misère et la faim. Le tireur occidental mourra d’une fièvre mystérieuse et Rodolphe, lui,  rencontrera Rad-jik un autochtone qu’il recueillera. Xavier Banju est seul, sanglé dans un uniforme blanc, comme en portaient les explorateurs sur les photos prises dans la jungle africaine. Assis au sommet d’un poste d’observation, ou un moment allongé, il dit, avec beaucoup d’élégance,  ce texte bien écrit mais pas facile qui tient  du récit de voyage ethnologique d’autrefois et qui rappelle parfois Dino Buzzati. Autour de lui, quelques petites statues en bois et en rafia de Cyrille Bosc évoquant des totems africains.
Avec cette particularité: le texte de William Pellier, on ne s’en aperçoit pas au début, ne possède aucun verbe. Technique que s’était déjà appropriée Diderot: ce type de phrase nominale privilégie l’imaginaire, les métaphores qui semblent alors plus vraies, et les impressions, plutôt que les idées généralement conduites  dans un texte par des verbes, locomotives d’une pensée. Et on est donc ici plus proche du langage parlé, donc d’une certaine façon de la parole au  théâtre et c’est tout à fait  agréable à entendre,  surtout comme c’est le cas ici, quand Xavier Péju s’en empare avec une impeccable diction et une belle énergie…
Mais cela « fait-il théâtre » comme aurait dit Antoine Vitez? Malgré la bonne direction d’acteurs de Michel Cochet, il est permis d’en douter, et le spectacle a quelque chose d’assez sec et de démonstratif. L’écriture de William Pellier, sans doute respectable, tient du parti pris et de la prouesse technique.
Ce n’était sans doute pas le bon soir (et c’est injuste pour le comédien) mais quand il n’y a qu’une dizaine de spectateurs, le courant a forcément du mal à passer… Le théâtre, on l’oublie parfois, c’est avant tout un vrai public, surtout pour un solo…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire à Paris

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