Anna et Martha

Anna et Martha de Dea Loher, traduction de Laurent Muhlheisen, mise en scène de Robert Cantarella.

 

visuel-Anna-et-MarthaImaginez que des bonnes, celles de Genet, aient pris le temps de vieillir, et de coller Madame, évidemment ancienne pute, (elles parlent comme ça) convertie en veuve bourgeoise, riche et inculte, dans un congélateur un peu défaillant. Derrière elles, erre le chauffeur « joué par son chien » – l’auteur y tient. Pour rien : on ne part pas, rien ne peut bouger, tant que Madame n’est pas entièrement morte, et il faut que rien ne bouge, si le deux bonnes veulent échapper au tsunami qui suivrait tout de suite la mort attestée de Madame. Métaphore d’un monde bloqué par un capitalisme mort et tout puissant ?
Martha a passé sa vie d’esclave côté cuisine, et Anna, côté couture. Elles ont, en-dessous, une femme de ménage venue de l’Est (excellente Valérie Vivier), qu’elles peuvent maltraiter à leur tour, mais qui a aussi son jardin secret : son petit bout de liberté ? Les deux vieilles s’aiment, s’engueulent, se castagnent et rêvent : Martha à l’amour du chauffeur (fidèle à sa défunte épouse), et Anna, à l’image de son fils, jeune, beau, et mort. Et elles se déchirent l’une et l’autre leurs rêves en question. Des monstres.
Robert Cantarella a donné cette partition violente à deux monstres sacrés de la scène, Catherine Ferran (Martha) et Catherine Hiegel (Anna). On en attendait des sommets, on reste sur terre, content, mais pas emporté. On en attendait une touche de surréalisme (le chauffeur joué par son chien ) : elle n’y est pas. La mise en scène reste à la porte de la monstruosité, qui est pourtant le socle de cette écriture.
Dea Loher fait partie de ces dramaturges en colère, pour qui le théâtre est un amplificateur. Pas forcément sous forme épique : elle peut se permettre, comme ici, une sorte de lyrisme répétitif, avec rancœur et espoirs déçus. Ses personnages sont des victimes non consentantes, révoltées, juste riches de leurs manques et de leurs déceptions. Et alors ? Ça ressemble bien à des destinées banales. Et l’un des façons de dépasser cette banalité, c’est la monstruosité.
Fallait-il s’en priver ?

 

Christine Friedel

 

Théâtre 71 Malakoff, T : 01 55 4 91 00, jusqu’au 13 mars.

 

Les textes de Dea Loher sont publiés aux éditions de l’Arche.

 


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