Le tireur occidental

Le Tireur occidental,  de William Pellier, mise en scène de Michel Cochet.

 

Chez les acteurs, entre autres, Clovis Cornillac qui reprend La Contrebasse, Grégory Gadebois  à  Hébertot, Fabrice Lucchini au Théâtre Antoine, ou Wjadi Mouawad, et bien entendu Philippe Caubère depuis une trentaine d’années, et bientôt, le tout à fait remarquable solo de Serge Maggiani dont nous vous reparlerons. Chez les actrices: Laurence Vielle, Hélène Vincent, Stéphanie Bataille, etc… Bref, le monologue, souvent rebaptisé solo, fait partie, pour le meilleur ou pour le pire,  du paysage théâtral contemporain. Avec aussi, le plus souvent, avec une scénographie réduite à l’essentiel.
  En fait, le monologue  appartient à  une vieille tradition du théâtre occidental; venu de la tragédie grecque, il a, depuis le Moyen-Age et ses conteurs, abondamment prospéré, et Molière comme Shakespeare  puis Büchner, comme Hugo l’ont souvent employé. Et, au vingtième siècle, il est presque devenu un genre à part, à côté du monologue intérieur au cinéma, comme chez Beckett avec La dernière Bande  ou chez Dario Fo.
William Pellier  n’est pas un inconnu au bataillon des jeunes  dramaturges et, en 1999, La Vie de marchandise, avait été mise en scène par Claire Rengade au Théâtre des Clochards célestes à Lyon et en 2010, Grammaire des mammifères avait été créée par  Thierry Bordereau au Théâtre des Ateliers, également à Lyon.
Le Tireur occidental est une sorte de fable sous forme de monologue sur l’attitude des démocraties occidentales, encore récemment colonisatrices et encore très influentes sur le plan économique comme culturel, donc volontiers arrogantes et donneuses de leçons, face à un monde le plus souvent mal connu et donc à priori suspect…
  Rodolphe est un jeune ethnologue qui est parti rejoindre aux confins des terres civilisées un homme dit le Tireur occidental dont le travail consiste à barrer la route aux peuples barbares qui pourraient menacer notre intégrité, et donc à tuer sans aucun état d’âme. Quant à Rodolphe, il est là pour observer et étudier les méthodes du tireur. Aussi enthousiaste que naïf, il apprend aussi la solitude de tout combattant et à comprendre qu’il existe aussi des hommes qui n’ont pas eu sa chance, et qui sont voués leur vie durant, à connaître la misère et la faim. Le tireur occidental mourra d’une fièvre mystérieuse et Rodolphe, lui,  rencontrera Rad-jik un autochtone qu’il recueillera. Xavier Banju est seul, sanglé dans un uniforme blanc, comme en portaient les explorateurs sur les photos prises dans la jungle africaine. Assis au sommet d’un poste d’observation, ou un moment allongé, il dit, avec beaucoup d’élégance,  ce texte bien écrit mais pas facile qui tient  du récit de voyage ethnologique d’autrefois et qui rappelle parfois Dino Buzzati. Autour de lui, quelques petites statues en bois et en rafia de Cyrille Bosc évoquant des totems africains.
Avec cette particularité: le texte de William Pellier, on ne s’en aperçoit pas au début, ne possède aucun verbe. Technique que s’était déjà appropriée Diderot: ce type de phrase nominale privilégie l’imaginaire, les métaphores qui semblent alors plus vraies, et les impressions, plutôt que les idées généralement conduites  dans un texte par des verbes, locomotives d’une pensée. Et on est donc ici plus proche du langage parlé, donc d’une certaine façon de la parole au  théâtre et c’est tout à fait  agréable à entendre,  surtout comme c’est le cas ici, quand Xavier Péju s’en empare avec une impeccable diction et une belle énergie…
Mais cela « fait-il théâtre » comme aurait dit Antoine Vitez? Malgré la bonne direction d’acteurs de Michel Cochet, il est permis d’en douter, et le spectacle a quelque chose d’assez sec et de démonstratif. L’écriture de William Pellier, sans doute respectable, tient du parti pris et de la prouesse technique.
Ce n’était sans doute pas le bon soir (et c’est injuste pour le comédien) mais quand il n’y a qu’une dizaine de spectateurs, le courant a forcément du mal à passer… Le théâtre, on l’oublie parfois, c’est avant tout un vrai public, surtout pour un solo…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire à Paris

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